Un homme et sa mission

Missionnaire en Afrique, le père blanc Réal Doucet... (Photo: François Gervais)

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Missionnaire en Afrique, le père blanc Réal Doucet profite de quelques semaines de vacances à Saint-Célestin où il a grandi.

Photo: François Gervais

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Bécancour) Réal Doucet parle sept langues, dont le swahili et le zoulou. À chacune de ses missions en Afrique, il adopte le dialecte du pays. Question de politesse et de survie.

«Quand on connaît la langue d'un peuple, son coeur s'ouvre», soutient le père blanc rencontré entre deux messes qu'il célèbre ces jours-ci à l'église de Saint-Grégoire, à Bécancour. Originaire de Saint-Célestin, Réal Doucet, 66 ans, est en vacances dans la région. Le religieux vient de passer les quatre dernières années dans la République démocratique du Congo et s'apprête à repartir pour trois ans en Afrique du Sud. Il renouera avec le zoulou, une langue... à clics!

Spontanément, le missionnaire se met à prononcer des mots en émettant des sons gutturaux. Le claquement de la langue ou du palais est essentiel pour saisir toutes les nuances du zoulou. Dans la bouche d'un monsieur qui a grandi dans un sympathique village en bordure de l'autoroute 55, le résultat est aussi étrange que fascinant.

Et dire qu'au départ, le missionnaire ne souhaitait pas se raconter en entrevue. «Je m'en voudrais de vous faire perdre votre temps», avait-il prévenu avant - béni soit-il - de se laisser convaincre du contraire. Son apostolat est digne de celui d'un grand aventurier.

Porté par ses convictions religieuses, Réal Doucet a accepté d'affronter les pires dangers sur un continent qu'on associe trop souvent à des images d'extrême pauvreté, de sécheresse, de famines, de guerres civiles, de pandémies...

Pour le missionnaire, l'Afrique n'est pas que misère. Là comme ici, tout n'est pas noir et tout n'est pas blanc. Le père Doucet se considère même comme un témoin privilégié de sa beauté du monde et de sa richesse spirituelle. Il y retourne toujours avec le plaisir de rentrer chez soi.

Plus jeune, Réal Doucet s'est rendu plusieurs fois dans les villages isolés de la brousse africaine pour partager sa bonne nouvelle et offrir un coup de main. Jamais le missionnaire ne s'est fait piquer par les nombreux serpents croisés sur sa route, pas plus qu'il s'est retrouvé nez à nez avec les lions dont il pouvait entendre les rugissements en écho. «Dieu est grand», sourit celui qui a cependant été gravement affecté par l'hépatite A, communément appelé jaunisse. Cette fois-là, M. Doucet a eu peur de mourir, mais pas autant qu'en avril 1994, lorsqu'il s'est retrouvé au Rwanda plongé en plein cauchemar.

Le sourire bienveillant du missionnaire s'efface. Des larmes coulent malgré lui. Vingt ans se sont écoulés depuis ce génocide où le père Doucet a fui de justesse la violence barbare des Hutus. Assis sur son lit, le père blanc a entendu, terrorisé, les coups de massue dans la porte d'une maison où il avait trouvé refuge avec d'autres prêtres et des religieuses dont certaines, d'origine tutsi, étaient menacées d'être enlevées puis tuées.

«Des soldats hutus sont arrivés à temps pour nous sortir de là et nous escorter jusque dans les bureaux diocésains, en haut d'une colline», raconte M. Doucet qui a assisté impuissant à des gestes de vandalisme, a accueilli des hommes et des femmes blessés à coups de machette et, surtout, a vu la rage meurtrière dans les yeux de la foule.

«Nous étions comme dans un film, mais c'était bien réel. Il n'y avait aucune possibilité de s'en sortir. On se préparait à mourir», poursuit le missionnaire qui a prié Dieu et sa propre mère alors décédée pour échapper à ce massacre dont les images le hantent encore, parfois, après toutes ces années.

Lorsqu'on évoque la force en lui, le père blanc rétorque en murmurant: «Non. Je suis très émotif...»

Le missionnaire n'a jamais pensé plier bagage pour revenir chez lui, à Saint-Célestin. Aujourd'hui encore, il refuse de condamner les acteurs de cette tuerie sans nom. «Quand on connaît la situation là-bas...», laisse-t-il tomber, songeur.

Et à ceux qui, devant de telles horreurs, remettent en question l'existence d'un Dieu juste et bon, le missionnaire répond simplement: «Dieu fait ce qu'il peut et pleure aussi avec les gens.»

D'un positivisme à rude épreuve, Réal Doucet préfère s'attarder sur les scènes d'entraide auxquelles il a pu assister durant cette période sombre de l'histoire africaine. «Des Hutus ont protégé des Tutsis. Certains ont caché des enfants», souligne le père blanc qui dont le dernier mandat consistait à oeuvrer auprès de futurs prêtres dans un centre universitaire de théologie de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.

À compter de janvier prochain, il occupera des fonctions similaires, cette fois, en Afrique du Sud, pour une période d'environ trois ans.

«En Afrique, notre relève est composée de 490 jeunes hommes âgés de 20 à 35 ans. La grande majorité d'entre eux souhaitent devenir prêtres», précise celui qui, vacances ou non, a déjà hâte de les retrouver pour leur enseigner à devenir à leur tour des messagers d'espoir, et ce, dans la haine comme dans la paix.

Le père blanc pourrait aussi leur partager ce qu'il a écrit dans son cahier de finissants de 1968 du Séminaire de Nicolet, alors qu'il se savait déjà futur missionnaire: «La vie, c'est une recherche du bonheur et consiste à faire, d'une façon extraordinaire, les choses ordinaires de la vie.»

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