Esprit de famille

Jacinthe Geoffroy est mère d'une famille d'accueil composée... (Sylvain Mayer)

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Jacinthe Geoffroy est mère d'une famille d'accueil composée uniquement d'adolescents, un rôle dont elle partage ici ses trucs et conseils.

Sylvain Mayer

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'adolescence n'a plus beaucoup de secret pour Jacinthe Geoffroy. Quatre garçons âgés entre 13 et 16 ans vivent sous son toit. Les états d'âme en montagne russe, c'est son manège préféré. Le vertige? Connaît pas.

«J'aime tous les enfants. Pas juste les miens», dit-elle comme si c'était une évidence pour tout le monde.

«Elle nous aime beaucoup même!», précise Steve, 13 ans, les yeux rieurs.

«Les enfants, ça ne me fatigue pas», précise la dame comme pour se justifier.

«Même quand on se chicane!», se réjouit le garçon en s'accrochant à son cou.

À l'occasion de la Semaine des familles d'accueil, le Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec a fait appel à Mme Geoffroy et à son clan pour dépeindre leur quotidien. La rencontre se déroule dans les bureaux administratifs du boulevard du Carmel où on peut ressentir toute l'affection qui unit la dame à trois de ses protégés qui l'accompagnent pour l'occasion.

Invités à partager leur recette d'une famille d'accueil épanouie, mère et fils s'en tiennent à un seul ingrédient: l'amour. Comme tous les ados en poussée de croissance, Fab, Max et Steve en réclament une double, voire une triple portion. 

Dans la région comme ailleurs au Québec, les centres jeunesse sont en recherche constante de nouvelles familles d'accueil. Les adolescents ne font pas exception. À l'instar des plus jeunes, ils ont besoin d'un milieu sécuritaire, chaleureux, stable et encadrant.

Mère de trois garçons aujourd'hui adultes, Jacinthe Geoffroy s'est portée volontaire pour devenir famille d'accueil il y a neuf ans, lorsque son plus jeune était âgé de 13 ans. Aux prises avec une relation familiale conflictuelle, un ami de son fils avait besoin de répit. Pour l'aider dans ses démarches, Mme Geoffroy s'est tournée vers la Direction de la protection de la jeunesse qui, à son tour, a sollicité son hospitalité. 

Jacinthe Geoffroy et son conjoint n'ont pas tardé à faire leurs preuves. Rapidement, ils se sont retrouvés avec trois autres adolescents à accompagner du mieux possible jusqu'à l'âge adulte. Dès qu'un oiseau quittait le nid, un nouveau y faisait sa place. Aujourd'hui, c'est au tour de Fab, Max et Steve de grandir avec la résidente de Drummondville qui les considère comme ses propres fils.

Steve est le plus jeune, mais aussi le plus ancien des ados sous la responsabilité de Mme Geoffroy. Il avait 9 ans lorsqu'elle l'a pris sous son aile. Le garçon en était malheureusement à sa xième famille d'accueil depuis sa tendre enfance. Reconnu pour ses troubles de comportement, il lui a servi cet avertissement en  franchissant la porte: «Tu vas voir, moi, je suis tannant.»

Il l'était en effet. Beaucoup. Habituellement, Mme Geoffroy se donne de trois à six mois pour découvrir qui se cache sous l'enfant qu'on lui confie, pour apprivoiser en quelque sorte cet oiseau blessé. Dans le cas de Steve, cette période d'adaptation s'est étirée pendant plus d'un an. «Il nous frappait pour nous dire qu'il était content», raconte Jacinthe avant de l'enlacer pour lui ébouriffer les cheveux. 

Max, 14 ans, se souvient de son arrivée chez Jacinthe, il y a deux ans. Au début, c'était la lune de miel. «J'étais super gentil pour me faire accepter», dit-il avant d'ajouter que l'étape suivante a consisté à «tester» cette relation encore naissante. Mme Geoffroy a eu droit aux «Tu n'es pas ma mère» et «Je ne t'aime plus» et a compris que Max avait, dans le fond, cruellement besoin d'une maman et de son amour. 

«C'est sûr que tu es désorienté lorsque tu arrives dans une famille d'accueil. Tu ne connais pas ces nouveaux parents. Ils font leur possible pour que tu te sentes bien, mais toi, tu n'es pas toujours prêt à recevoir leur amour. Tu as toujours la petite crainte de devoir repartir...», avoue le jeune homme doté d'une grande maturité.

Jacinthe rappelle que ces jeunes ont eu une vie avant de se retrouver sous son toit, que leur colère peut cacher une blessure, mais aussi de l'ennui. D'ailleurs, lorsque l'occasion se présente, la maman n'hésite pas à recevoir les frères et soeurs biologiques de ses enfants d'accueil. 

«Je me vois mal dire à Fab que je ne veux pas qu'il revoit sa soeur, que je ne suis pas payée pour ça, que je ne veux pas qu'il l'aime», laisse tomber Mme Geoffroy qui, au contraire, apprécie tout ce beau monde qui trouve refuge dans sa chaumière. 

«C'est tellement gratifiant de sentir l'affection qu'ils ont entre eux», dit-elle avant de mentionner que c'est souvent pendant le repas de famille que ses membres se passent le sel tout en partageant leurs bons coups, mais aussi leurs erreurs de la journée. Les parents ne font pas exception. 

«Il faut être capable de rire de nos niaiseries et de s'excuser quand on n'est pas dans la bonne voie», soutient Jacinthe Geoffroy qui revient toujours au principe de base: «La clé d'une famille d'accueil réussie, c'est l'amour. Il n'y a pas d'autre solution que celle-là.»

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