Les lunettes de Maxime

Après avoir connu son lot d'embûches, Maxime Morinville,... (Émilie O'Connor)

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Après avoir connu son lot d'embûches, Maxime Morinville, 25 ans, est fier de ce qu'il devient.

Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les lunettes améliorent la vision. En porter ne devrait pas justifier des insultes et des coups de pied.

À l'école primaire, Maxime Morinville, 25 ans, a eu le malheur d'avoir besoin de lunettes. «Malheur» parce que des garçons profitaient de l'inattention des adultes pour s'en moquer allègrement, allant même jusqu'à le frapper. 

Craintif et réservé, Maxime n'a jamais rien raconté à ses parents. Ils n'ont jamais su non plus qu'au secondaire, leur fils pouvait se faire dire que ses vêtements étaient laids ou qu'il était la cible de commentaires déplacés. Tous les jours ou presque, c'était la même rengaine, il s'exposait à la risée. Des jeunes ont jusqu'à profité de l'absence momentanée du prof d'éducation physique pour l'asseoir sur une chaise, lui retenir les mains dans le dos, le gifler et lui balancer: «Tout ce que tu mérites, c'est de mourir». 

Maxime a fini par les croire. À 13 ans, l'élève du secteur Cap-de-la-Madeleine s'est mis à avoir des idées suicidaires et, inévitablement, à démontrer pas mal moins d'intérêt pour les études. Ses notes ont chuté à la même vitesse que sa confiance en lui et son amour propre.

Forcé de redoubler son deuxième secondaire, Maxime a commencé à montrer les poings. Un gars l'écoeurait? Il frappait. Le gars en rajoutait? Il frappait plus fort.

Pour oublier ses problèmes et gagner l'estime des autres, l'adolescent de 15 ans s'est laissé tenter par la consommation de pot et d'alcool. Rapidement, le hasch, le speed, l'ecstasy, la cocaïne («deux ou trois fois») et les champignons magiques ont gelé le reste de son existence.

«Mon entourage croyait que je n'allais pas m'en sortir vivant», admet Maxime qui envoyait promener tout le monde, incluant l'école. Lorsqu'il a claqué les portes de l'Académie les Estacades à l'âge de 17 ans, le jeune homme avait toujours l'équivalent d'un deuxième secondaire en main.

À ce rythme, Maxime fonçait tout droit dans le mur en face de lui. «J'essayais de m'en sortir, mais ce n'était pas évident», avoue celui qui, condamné au malheur, a vu sa copine de l'époque être emportée par un cancer foudroyant. Anéanti par la violence du mot tumeur, Maxime a voulu mourir à son tour. Sur son lit de mort, la jeune femme de 17 ans a cependant eu la force de s'opposer. 

«Pour sa dernière volonté, elle m'a demandé de rester en vie et de changer de vie», raconte Maxime qui a fait tatouer leur brève histoire sur son avant-bras afin de ne jamais oublier de tenir sa promesse.

À partir de ce jour, Maxime Morinville a peu à peu délaissé les drogues et l'alcool. L'esprit plus clair, il s'est intéressé au monde des affaires. Inspiré par les succès d'entreprises, il a eu le goût de passer à l'action. Persuadé d'avoir trouvé sa voie, il ne se lasse pas aujourd'hui de répéter le mot passion.

Maxime a repris le chemin des classes, d'abord pour compléter son quatrième secondaire à l'éducation des adultes et ensuite pour se diriger vers le centre de formation professionnelle Bel-Avenir où il vient d'obtenir un diplôme en comptabilité et une attestation en démarrage d'entreprise.

Sitôt diplômé, il a été engagé à titre de chargé de projets pour l'organisme Vélos de quartiers, en plus d'être membre du conseil d'administration du Carrefour d'aide aux non-syndiqués (CANOS). 

En quête d'expériences professionnelles enrichissantes sur le plan personnel, Maxime entretient plus que jamais son objectif de devenir un brillant et respectable entrepreneur, mais aussi un modèle pour son fils. Pour y arriver, il est prêt à faire tous les efforts. 

Le jeune homme ne consomme plus drogues et alcool depuis le jour où il a appris que sa fiancée attendait un enfant. Le petit Anzo, qui aura bientôt 2 ans, grandit auprès d'un papa qui marche la tête haute.

Le 21 octobre prochain, Maxime Morinville s'adressera aux participants de la Journée «101 façons de prendre ta place» organisée par la Démarche des premiers quartiers, en collaboration avec plusieurs partenaires. On a spontanément pensé à lui pour lancer cette activité visant à encourager le retour à l'emploi.

Son histoire en est une de lunettes, d'intimidation et de descente aux enfers, mais fort heureusement aussi de rencontres déterminantes, de courage et d'acharnement. Maxime Morinville aimerait que les gens, jeunes et moins jeunes, réalisent l'importance d'avoir des rêves et de les entretenir. 

«Quand tu as un but, tu arrêtes d'avoir peur et tu arrives à te sortir de n'importe quelle

situation. Et si tu te plantes, ce n'est pas parce que tu n'es pas bon. Ça veut dire que tu es en train d'apprendre et que tu vas rebondir», nous enseigne celui dont le regard s'anime sous les petites lunettes qu'il n'a jamais cessé de porter.

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