Plus grande que nature

Du haut de ses 4 pieds et 3... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Du haut de ses 4 pieds et 3 pouces, Kathleen Bibeau mène fièrement une vie à sa mesure.

Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La véritable stature d'une personne ne se voit pas toujours au premier coup d'oeil. Kathleen Bibeau en est un bel exemple. Haute comme trois pommes, elle arrive à s'élever au-dessus des obstacles, incluant la petitesse des gens.

L'Association québécoise des personnes de petite taille nous apprend qu'octobre est le mois du nanisme. Soit. Mais encore? On nous dit aussi qu'en 2014, les préjugés sont tenaces.

Forte de ses 131 centimètres (ou 4 pieds et 3 pouces), la Trifluvienne de 40 ans est bien placée pour nous décrire une vie qu'elle réussit à mettre à sa portée.

À peine est-on entré dans son logement adapté de la rue Louis-Pasteur qu'elle s'empresse de nous le faire visiter. La voilà qui ouvre les portes du garde-manger pour témoigner de l'accessibilité des conserves, qui fait un arrêt à la salle de bain pour exhiber la barre de douche ajustable, qui passe devant sa chambre où on peut entrevoir un tabouret lui permettant d'atteindre son lit sous lequel vient de disparaître son compagnon le chat.

Kathleen Bibeau privilégie la formule «personne de petite taille» pour la présenter. «Le mot nain fait souvent penser aux lutins, à des lutteurs, aux personnages de films fantastiques, à des artistes du cirque...» énumère la dame qui hausse les épaules avec impuissance lorsque j'évoque timidement aussi l'existence de concours du lancer du nain.

Kathleen Bibeau rêve de vivre un jour le grand et véritable amour. Pas évident. Sur les sites de rencontre qu'elle fréquente dans l'espoir d'y rencontrer l'âme soeur, des gars lui font de l'oeil pour mieux lui confier leur fantasme de coucher avec une naine...

«Oui, tu peux l'écrire!», laisse tomber Mme Bibeau qui, malgré ses limitations physiques, a toujours vécu sans complexe et sans tabou.

Kathleen Bibeau est née à Sorel dans un monde de grands. Pour ses parents, ce fut un choc de réaliser que leur enfant grandirait sans suffisamment grandir.

L'achondroplasie est la forme la plus courante du nanisme et elle est généralement détectée à la naissance en raison de la morphologie du visage du poupon: tête arrondie et disproportionnée par rapport au reste du corps, front saillant, nez écrasé à la racine, entre les deux yeux.

«Allez-vous la placer en institution? Allez-vous l'envoyer dans une école pour personnes handicapées? Allez-vous faire ceci ou faire cela?»

La parenté et les voisins avaient le don de poser ce genre de questions aux parents de Kathleen qui ont fait fi des avis de tout le monde pour l'élever comme sa grande soeur et l'inscrire à l'école de quartier. Kathleen était peut-être (très) petite, mais ils voyaient grand pour elle. Enfin presque.

Kathleen s'amuse de sa propre candeur en racontant qu'adolescente, elle aspirait à devenir hôtesse de l'air. Sur les conseils de sa mère qui lui a fait subtilement comprendre que les agentes de bord ont, pour la plupart, des jambes interminables, la pensionnaire au Collège Marie-de-l'Incarnation a pris la direction du Cégep de Trois-Rivières où elle a étudié en technique d'architecture.

Diplôme en main, la jeune femme a été recrutée par l'organisme Bail Mauricie où elle a travaillé jusqu'à ce que de sévères maux de dos l'obligent à quitter définitivement son travail. C'est aussi ça le nanisme: un handicap qui entraîne d'importantes conséquences sur le quotidien, notamment sur la santé physique.

Comme c'est le cas de nombreuses personnes achondroplases, Mme Bibeau a dû, à trois reprises, subir une laminectomie qui consiste en une délicate intervention chirurgicale sur la colonne vertébrale. À chaque fois, le risque de paralysie augmentait dangereusement. D'ailleurs, il n'y aura pas de quatrième opération. La Trifluvienne qui marche avec une canne n'a pas envie de forcer sa chance, encore moins son dos qui demeure extrêmement fragile.

Ce qui ne l'empêche pas de continuer d'avoir des projets. Kathleen Bibeau profite du mois du nanisme pour lancer un documentaire réalisé avec un cinéaste en devenir, Martin Sénécal, 14 ans. Malgré un important retard de croissance, ce fier ado de Montréal refuse lui aussi de se replier sur soi.

Au cours des derniers mois, le duo a voyagé à travers le Québec pour rencontrer des personnes de petite taille de tous les âges. Intitulé Vu d'en bas, le documentaire présente les différentes formes de nanisme et ses impacts dans toutes les sphères de vie de ceux qu'on regarde encore parfois de haut.

D'ailleurs, Kathleen Bibeau souhaite que cette vidéo prochainement disponible sur Youtube soit éventuellement reprise par une grande chaîne télévisée. Déterminée à faire réfléchir les gens sur sa réalité, la Trifluvienne n'a qu'un seul objectif en tête: prouver qu'il possible de vivre heureux et épanoui avec le nanisme. Suffit de se montrer à la hauteur du défi.

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