Un homme et son héros

Pierre Frappier est extrêmement reconnaissant envers Keven Lacoursière... (Émilie O'Connor)

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Pierre Frappier est extrêmement reconnaissant envers Keven Lacoursière qui lui a sauvé la vie.

Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Saint-Alexis-des-Monts) Tout le monde connaît tout le monde à Saint-Alexis-des-Monts. Cette évidence saute encore plus aux yeux quand un gars de la place est sauvé d'une mort certaine par un fils du coin.

Depuis le 25 août dernier, il se passe rarement une journée sans que Pierre Frappier et Keven Lacoursière se fassent saluer d'une tape dans le dos ou d'un pouce levé. Au travail, sur la rue, à l'épicerie, au garage ou au dépanneur, la bonne nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. Pierre est vivant et Keven, un héros.

C'était un lundi matin comme les autres. Employés du marchand de matériaux de construction FP, sur la rue Notre-Dame, Pierre Frappier, 61 ans, et Keven Lacoursière, 26 ans, vaquaient à leurs tâches habituelles dans la cour à bois du commerce.

M. Frappier venait plus précisément d'aider un client à déposer quelque 200 planches, une demi-douzaine à la fois, dans son véhicule.

Pierre Frappier travaille chez Matériaux FP depuis 30 ans. Des planches de seize pieds, il en a soulevé couramment, même en paquet de six. Ce matin-là par contre, c'était manifestement plus difficile. Le souffle court, Pierre n'a rien dit au client qui est reparti avec son chargement. C'est en marchant vers le lift que l'homme à tout faire s'est soudainement senti très étourdi. Pour la suite du récit, il faut demander à Keven...

Celui-ci faisait du ménage dans le garage lorsque son regard s'est tourné distraitement vers son collègue à l'extérieur, seul et debout à côté du chariot élévateur. La seconde d'après, Pierre était étendu au sol, en proie à des convulsions.

Faisant ni un ni deux, Keven a composé le 9-1-1, a crié à un client d'alerter ses patrons et a entrepris les manoeuvres de réanimation. Le jeune homme n'oubliera jamais ces images. Pierre est devenu raide mort. Son corps et son visage n'exprimaient plus aucun signe de vie.

«Il ne respirait plus. Il était parti», raconte Keven qui a alterné les compressions thoraciques et les techniques de respiration artificielle jusqu'à ce que son ami retrouve un début d'inspiration et qu'il soit pris en charge par les ambulanciers.

Transporté d'urgence à l'hôpital de Louiseville avant d'être aussitôt transféré à l'Institut de cardiologie de Montréal, Pierre Frappier a été très chanceux d'avoir un Keven Lacoursière à côté de lui pour réagir au quart de tour. Chaque seconde de gagnée a fait la différence dans cet aller-retour entre la mort et la vie.

Sans ce jeune collègue qui a gardé son calme malgré le drame qui se jouait, Pierre ne serait probablement pas en train de nous dire lui-même qu'il avait «la valve du coeur bouchée à 90 %» et qu'à l'Institut de cardiologie, on a lui «débloqué» l'artère obstruée en lui introduisant un cathéter au niveau du poignet.

Pour un homme qui se disait gêné à l'idée de partager son histoire, le voilà solide sur ses deux pieds, affichant le sourire infatigable du monsieur heureux d'être toujours vivant. 

Keven l'écoute attentivement, préférant attendre qu'on lui pose une question pour parler. Visiblement fier de lui, le futur papa ne sait pas trop comment réagir lorsque Pierre Frappier et tout le monde à Saint-Alexis-des-Monts louangent ses réflexes et sa bravoure. Modeste, il devra s'habituer.

Pendant ces dix minutes où Keven avait le destin de Pierre entre ses mains, il a gardé son sang-froid, ne pensant à rien d'autre qu'à répéter les manoeuvres de réanimation qu'il ne maîtrisait alors qu'en théorie.

«Quand tu suis un cours de RCR, tu espères de ne jamais avoir à t'en servir», fait remarquer avec justesse celui qui combine son emploi chez Matériaux FP à celui de pompier volontaire.

En convalescence jusqu'à la fin du mois de novembre, Pierre Frappier a déjà hâte de reprendre la routine du boulot. Chaque jour ou presque, l'employé profite de sa marche de santé pour se rendre là où le 25 août dernier, il a laissé toute sa gang en état de choc, Keven le premier.

Le sympathique gaillard peut bien le dire maintenant: quand l'ambulance a quitté la cour à bois avec Pierre à son bord, l'adrénaline est redescendue et les larmes sont montées. Il était à la fois soulagé et inquiet, une sensation qu'il n'est pas près d'oublier.

Ce jour-là, le commerce est demeuré ouvert, mais personne n'avait le coeur ni la tête à l'ouvrage. Les clients n'ont pas insisté avant de revenir pour s'enquérir de l'état de santé de l'un et offrir leurs félicitations à l'autre.

Tout le monde connaît tout le monde à Saint-Alexis-des-Monts où pour le plus grand bonheur de tous, la vie continue.

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