La petite fille malade devenue étudiante en médecine

Âgée de 26 ans, Élyse Potvin est étudiante... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Âgée de 26 ans, Élyse Potvin est étudiante en médecine au campus Mauricie de l'Université de Montréal. Atteinte de la maladie de Crohn, elle souhaite véhiculer un message d'espoir aux autres jeunes qui en souffrent.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Élyse Potvin aimerait être un exemple pour les autres et de la façon dont elle est partie, la jeune femme de 26 ans y arrive déjà.

L'étudiante en médecine du campus de l'Université de Montréal en Mauricie pense avoir trouvé sa voie: adoucir la douleur de son prochain. Comment le sait-elle? Atteinte de la maladie de Crohn depuis son enfance, Élyse connaît trop bien le sentiment d'inquiétude et la sensation de malaise qui affectent une personne malade.

Élyse Potvin vient de mériter l'une des dix bourses d'études de 5000 $ octroyées par l'organisme Crohn et colite Canada et AbbVie sur les MII (maladies inflammatoires de l'intestin). Originaire de Montréal, Élyse était la candidate toute désignée pour lever le voile sur ces maladies, mais aussi renverser cette statistique voulant que 69 % des étudiants qui en souffrent soient forcés de remettre leurs études postsecondaires à plus tard.

Pas très grande, une mèche rosée dans ses longs cheveux dorés, mais surtout, la poignée de main franche et chaleureuse, Élyse Potvin dégage l'image du bon docteur, celui qui prend le temps d'écouter et de répondre. Un mélange de compétence et de compassion.

Élyse avait six ans lorsque les symptômes sont apparus. Le diagnostic a été posé deux ans plus tard. Ça a beau faire vingt ans, elle se souvient de sa tristesse en réalisant qu'elle allait devoir composer avec la maladie de Crohn pour le restant de sa vie.

À l'âge de 12 ans, sa santé allant de mal en pis, on a dû l'opérer. «On m'a enlevé le bout de l'intestin qui était le plus atteint», explique-telle avant de préciser que depuis, c'est «la super forme».

N'empêche. La jeune femme avoue ne pas savoir ce que lui réserve demain. «Je pourrais être très malade et ça pourrait changer complètement mon parcours», admet celle qui, tous les trois ou quatre mois, rencontre son gastroentérologue pour assurer le suivi de son état et de sa médication.

Étudiante en quatrième année au doctorat de premier cycle en médecine, Élyse a amorcé au mois d'août dernier ses stages au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières. Lorsqu'elle est passée par le département de pédiatrie, la future médecin n'a pu faire autrement que de se revoir parmi les quelques enfants rencontrés, peu importe la cause de leur hospitalisation.

«Je sais c'est quoi le feeling de te faire installer un soluté dans ton petit bras. Je sais c'est quoi la sensation d'avoir un tube nasogastrique, qui part du nez jusqu'à ton estomac», rappelle Élyse qui devine également l'inconfort que ressent l'homme ou la femme qui subit une colonoscopie. Elle est passée par là.

Dans son curriculum vitae, sous la section expériences, Élyse Potvin pourrait inscrire patiente, tout comme infirmière et préposée aux bénéficiaires.

Avant de répondre à l'appel de la médecine, la jeune femme a fait un baccalauréat en sciences infirmières à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Pendant ses études, elle été préposée aux bénéficiaires pour rembourser ses frais de scolarité.

«Tous les médecins devraient être obligés de faire au moins une journée de préposé pendant leur formation, apprendre c'est quoi déplacer un patient dans son lit, lui frotter le dos avec de la crème, le laver, le nourrir, etc. Tu as une proximité avec un patient que personne d'autre ne peut vivre. Ça prend du coeur pour faire ce travail. Je respecte tellement cette profession comme celle d'infirmière. Je l'ai aussi pratiquée», poursuit Élyse Potvin qui avait commencé sa carrière à l'Institut de cardiologie de Montréal lorsqu'elle a décidé d'entreprendre des études en médecine.

«J'adore ça! J'ai des grosses journées, mais elles me confirment que je veux faire ce travail et en donner toujours plus. Je pense que je suis à ma place», lance-telle avec enthousiasme, grandement motivée par les encouragements du programme de bourses AbbVie.

Au-delà de la bourse, elle y voit une façon de devenir un modèle pour les plus jeunes qui sont confrontés à un diagnostic comme celui qu'elle a reçu.

Enfant, elle aurait aimé rencontrer une personne atteinte, comme elle, de la maladie de Crohn. «J'avais un nuage noir audessus de ma tête. Je me disais que j'allais toujours être malade, que j'étais trop faible ou pas assez forte... Même si je réussissais très bien à l'école, ces pensées négatives m'ont poursuivie pendant longtemps», admet Élyse qui, heureusement, a fini par transformer ses difficultés en un combat personnel.

En partageant son histoire, l'étudiante en médecine souhaite rejoindre des jeunes qui souffrent de la maladie de Crohn, qui doivent s'absenter de l'école, se priver d'activités entre amis, qui songent peut-être à abandonner leurs études.

«Je peux comprendre que ce soit décourageant, mais si je peux convaincre une seule personne que c'est possible malgré tout, mon message en aura valu la peine!», dit-elle en souriant.

La maladie de Crohn peut affecter n'importe quelle partie du tube digestif. Il s'agit d'une maladie chronique. Parmi les symptômes, on retrouve: douleurs abdominales, crampes, diarrhées, nausées, vomissements, perte de poids et baisse d'énergie. Les symptômes sont actifs, entrecoupés de périodes de rémission.

Environ 25 % des personnes atteintes de la maladie de Crohn développent des lésions dans la région périnéale. Les risques de rechute dans la même année sont de l'ordre de 30 %. Il n'existe pas pour le moment de traitement spécifique de la maladie de Crohn. La médication, des habitudes de vie saines et une alimentation adaptée arrivent à soulager les symptômes. Il n'y a pas deux cas identiques, encore moins de traitement universel qui s'applique à tous.Source: Crohn et Colite Canada

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