La route sans obstacle de René Goyette

Le parcours de vie du conseiller municipal René... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Le parcours de vie du conseiller municipal René Goyette a façonné l'homme qu'il est aujourd'hui.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) René Goyette a mieux à faire que de se projeter dans le futur et de redouter d'éventuels obstacles. Il préfère mettre un pied devant l'autre et ne laisser rien ni personne l'arrêter ou même le ralentir.

Pour la première fois, le conseiller municipal de Trois-Rivières parle publiquement de la maladie qui fragilise sa façon de marcher. René Goyette dit être «rendu là» dans son parcours, à vouloir nous partager sa philosophie qui consiste à ne pas s'enfarger dans les fleurs du tapis.

Mais avant même d'aborder le sujet délicat de son handicap, René Goyette, 61 ans, souhaite parler de ses origines. «Elles permettent de mieux comprendre qui je suis et pourquoi j'ai toujours mis autant d'ardeur au travail», souligne-t-il.

René Goyette est né d'une jeune femme célibataire et d'un homme qui n'a jamais voulu reconnaître sa paternité. Placé en adoption à la crèche de Trois-Rivières, le bébé avait six mois lorsqu'il a d'abord été confié aux bons soins de Donat Goyette et de Marie Massicotte. Le couple de Saint-Luc-de-Vincennes avait déjà mis au monde douze enfants dont neuf étaient vivants. En devenant famille d'accueil, il continuait de donner de l'amour au centuple tout en bouclant plus facilement les fins de mois.

René était un petit garçon heureux et épanoui lorsque, cinq ans plus tard, les services sociaux se sont pointés à la porte des Goyette. Le temps était venu pour leur jeune protégé de prendre la direction d'une autre famille d'accueil.

Donat et Marie se sont opposés. «On va l'adopter», ont-ils répondu sur un ton non négociable.

René Goyette devient très ému en racontant comment un homme et une femme sont devenus ses parents et pourquoi il leur en est si reconnaissant. En faisant de lui leur fils, ils lui ont prouvé qu'il était né sous une bonne étoile.

«Ces gens-là ne voulaient que mon bien. Ils n'avaient pas beaucoup d'argent, mais ils ont été travaillants toute leur vie pour que leurs enfants ne manquent de rien. Ils n'ont pas été capables de me faire instruire, mais ils m'ont donné une éducation. Ils m'ont appris que si je suis capable de courir un mille, c'est parce que je peux, en faisant un effort supplémentaire, me rendre à 1,2 mille...», expose M. Goyette qui, partant de ce principe, a banni le mot perdant de son vocabulaire.

«Mon handicap dans les deux jambes et mes traitements à l'hôpital ne sont pas des obstacles. Ça me motive à continuer d'avancer», soutient René Goyette. L'homme dit s'entourer instinctivement de personnes qui croient en ses capacités à aller de l'avant, et ce, peu importe la manière ou le temps qu'il met pour atteindre son but.

Les premiers symptômes sont apparus vers 1995. Sans raison et sans avertissement, René Goyette s'est mis à perdre pied. Au début, c'était le gauche. «Il débarquait, alors je tombais», raconte le conseiller du district de la Madeleine reconnu comme un gars d'action.

De médecin en spécialiste, le Trifluvien a fini par se retrouver au Centre universitaire de santé McGill, à Montréal. Les mots «Multifocal Motor Conductor Bloc» ont été prononcés, un diagnostic qui se traduit par une atteinte des fibres nerveuses. «L'électricité ne se rend pas dans les extrémités», résume M. Goyette dont les jambes et les mains manquent de résistance. 

Deux fois par mois, le vétéran de la politique se présente au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières afin d'y recevoir des immunoglobulines intraveineuses. À force de fréquenter l'endroit depuis les quinze dernières années, il est devenu un habitué des lieux. «Je suis invité au party quand des infirmières prennent leur retraite!», rigole-t-il en exagérant à peine.

René Goyette relève les manches de sa chemise pour montrer ses avant-bras. Depuis le temps qu'il se fait piquer, il n'y a plus une veine de disponible. On lui a donc installé un cathéter veineux juste au dessus du coeur. C'est par ce petit tube dissimulé sous la peau qu'on lui administre sa médication pour retarder la lente progression de la maladie.

Pour le moment, le traitement est efficace et c'est ce qui compte. Une fois de plus, René Goyette préfère dresser la liste des petites et grandes choses qu'il réalise ici et maintenant plutôt que de chercher à savoir comment il marchera dans trois ans.

«Pour moi, ce n'est pas un handicap, ça fait partie de mon quotidien», affirme celui qui a tellement à faire dans une journée qu'il en arrive à oublier la maladie et ses entraves.

«C'est une question d'attitude. C'est à moi de décider ce que je veux faire de ma vie, si je veux la rendre agréable ou non», insiste-t-il avant d'annoncer, tout souriant, qu'il a récemment fait l'acquisition d'un triporteur portatif. La liberté retrouvée! Grâce à cet engin, René Goyette et sa compagne, Colette Grandmaison, ont pu visiter Boston comme ils n'auraient jamais osé le faire auparavant.

Depuis peu, le conseiller municipal fixe également sur sa voiturette de golf un drapeau avisant les autres joueurs qu'il est un golfeur à mobilité réduite. Cette vignette lui permet de s'approcher des verts, de sauver des pas, d'éviter la fatigue et, au bout de dix-huit trous, de gagner des points.

«Cet été, j'ai joué le même score que lorsque j'avais mes deux jambes!», s'amuse à raconter avec fierté M. Goyette.

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