Quand ça fait boule de... laine

Ghislaine Laprise (à l'avant), est au nombre des... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Ghislaine Laprise (à l'avant), est au nombre des tricoteuses qui ont confectionné bénévolement plus de 400 foulards ayant pour but d'aider Albatros Centre-Mauricie à poursuivre sa mission. Également sur la photo, Jacinthe Marchand, présidente de l'organisme, et Louise Bellemare, accompagnatrice et tricoteuse.

Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Parfois, il faut côtoyer la mort de près pour avoir le goût de se mettre au tricot. Une maille à l'endroit, une maille à l'envers... Les rangs s'enfilent et le temps défile entre deux aiguilles à tricoter. C'est la même chose pour la vie. Elle est faite de boucles qui s'entrecroisent jusqu'à ce que la dernière soit bouclée.

Une centaine de femmes ont tricoté pour l'organisme Albatros Centre-Mauricie dont la mission, encore méconnue après 30 ans d'existence, paraît toute simple alors qu'elle change tout.

Albatros, c'est une main tendue à un homme ou à une femme dont les mois, les semaines ou les jours sont comptés. C'est également un bras compatissant autour de l'épaule de ses proches confrontés à la fatalité de la mort.

Depuis le printemps dernier, plus de 400 foulards ont été confectionnés pour l'organisme à but non lucratif dont la campagne de financement annuelle vient de prendre tout son sens. En échange de votre soutien, on vous offre un sentiment de bienveillance à vous enrouler autour du cou.

Le projet a pris forme par hasard, au terme d'une conversation entre la présidente d'Albatros Mauricie, Jacinthe Marchand, et une amie tricoteuse à ses heures. Touchée par la vocation du mouvement qui apporte du réconfort dès l'annonce du grave diagnostic, la copine a proposé une trentaine de ses plus beaux foulards à Mme Marchand tout en lui suggérant ceci: «En retour, tu pourrais avoir des dons pour ton organisme?»

L'idée a, comment dire, fait boule de laine. Jacinthe Marchand s'est tournée vers ses quelque 125 bénévoles en soins palliatifs, des femmes pour la grande majorité, en leur demandant s'il y avait des tricoteuses parmi elles. Des mains n'ont pas tardé à se lever, dont celles de Ghislaine Laprise et Louise Bellemare.

Puis le bouche à oreille a fait son oeuvre. La nièce de l'une, la voisine de l'autre, la belle-soeur, l'amie de la belle-soeur et ainsi de suite. Au final, une centaine de tricoteuses sont sorties du placard pour répondre à l'appel d'Albatros et des aiguilles à tricoter.

Et il n'y a pas d'âge pour bien faire. Aux Jardins du Campanile, au Domaine Cascade et aux Résidences Deschênes, des dames dont les mains témoignent du poids des années se sont mises à l'ouvrage avec une énergie contagieuse. Ici aussi, les pelotes de laine qui leur ont été fournies gratuitement sont disparues dans le temps de le dire, et ce, pour prendre la forme de foulards de tous les styles et de toutes les couleurs.

Dans le cadre des Journées de la culture, près de la moitié des cache-cou ont trouvé preneurs en échange de dons laissés à la générosité de chacun. Jacinthe Marchand est aux anges. La campagne de financement d'Albatros Centre-Mauricie vient de prendre un second souffle et sa véritable signification. L'accompagnement, comme un foulard, amène douceur, chaleur et apaisement.

Ghislaine Laprise en a tricoté une douzaine. Louise Bellemare, dix-huit. Elles ont renoué avec le tricot tout en continuant d'accompagner des personnes en fin de vie. Mme Laprise est devenue bénévole au sein d'Albatros il y a sept ans, deux ans après le décès de son mari. Mme Bellemare est accompagnatrice depuis dix ans, soit depuis sa retraite en tant qu'infirmière auxiliaire.

«J'avais ça dans l'âme», explique celle qui, à l'instar de Mme Laprise, a suivi une formation de 36 heures pour mieux saisir la profondeur de son action auprès des personnes mourantes. Les deux femmes les aident à traverser les derniers moments le plus sereinement possible. Elles reçoivent des confidences, se replongent dans leurs souvenirs, partagent leur musique... Parfois, elles sont là, sans rien dire et sans rien faire, aux côtés de celui ou celle qui, se sachant compris, accepté et aimé, apprivoise le silence.

«Jusqu'à la fin, nous accompagnons des vivants», souligne Jacinthe Marchand avant de rappeler qu'Albatros Centre-Mauricie se déplace à domicile, en centre hospitalier, dans les résidences pour personnes âgées et CHSLD.

D'ici les froideurs de l'hiver, l'organisme entend mettre sur pied des points de vente pour exposer les foulards, continuer de faire connaître sa mission et chercher d'autres balles de laine à transformer en chaleur humaine.

Des tricoteuses ont déjà exprimé leur hâte de retrouver leurs aiguilles et de prendre la vie une maille à la fois.

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