De Maude à Janik en passant par Hermaphrodite

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Janik Bastien-Charlebois

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Maude Hubert ne s'est jamais baignée dans une fontaine près d'Halicarnasse, pas plus qu'elle n'a été enlacée par la nymphe de la source. L'adolescente trifluvienne n'est pas l'enfant d'Hermès et d'Aphrodite. Elle n'est pas un personnage mythique, encore moins une statue avec des seins et un pénis.

Nous ne sommes plus au temps de la Grèce Antique, mais le mot «hermaphrodisme» est encore utilisé pour désigner le phénomène biologique entourant l'être humain né homme-femme.

Janik Bastien-Charlebois est professeure en sociologie à l'Université du Québec à Montréal. Plusieurs de ses travaux portent sur l'intersexualité et les personnes intersexes.

Hermaphrodisme, intersexualité, personne intersexuée, intersexe... Mme Bastien-Charlebois reconnaît que la confusion est inévitable devant les termes qui ont été adoptés au fil des décennies, voire des siècles.

L'universitaire sait de quoi il en retourne. Elle est venue au monde avec un corps sexuellement ambigu. Dans le jargon médical d'aujourd'hui, on dirait qu'elle est née avec un «désordre du développement sexuel».

Les statistiques varient selon les critères, mais il n'est pas faux d'avancer que les personnes intersexuées forment 1,7 % de la population mondiale.

«J'ai été chanceuse, ma mère a insisté pour que je ne subisse pas d'intervention chirurgicale à ma naissance», souligne la dame de 39 ans qui, à 17 ans, a néanmoins décidé d'entreprendre un processus visant à normaliser son corps.

Elle le regrette aujourd'hui puisque son choix a été dirigé par la pression médicale et sociale.

«Le docteur était très poli, mais tu sens le malaise, que ton cas est complexe et compliqué.  Pour moi, mon corps était bien correct avant de sentir ce regard-là.»

Comme la très grande majorité des personnes intersexes, elle revendique son droit à la différence. «On est tellement habitué de voir le monde en deux catégories, homme et femme, et de s'en tenir à des points de repère classiques», fait-elle remarquer.

À moins d'une urgence médicale ou des risques importants de complications, il est possible à son avis de vivre avec les deux et entre les deux. Janik Bastien-Charlebois s'oppose aux chirurgies correctives qui sont trop souvent imposées au bébé qui, comme Maude Hubert, naît ni fille, ni garçon.

«Les médecins sont convaincus d'avoir la meilleure approche. Difficile pour eux de reconnaître qu'il s'agit d'une invasion sur le corps d'un enfant. C'est un vol de son consentement et de son intégrité.»

Selon les recherches de Mme Bastien-Charlebois, l'approche du psychologue et sexologue américain John Money a longtemps influencé des médecins.

«Money disait que pour que le psychisme se développe de façon positive, son corps doit correspondre clairement à celui d'un homme ou d'une femme», résume-t-elle avant  d'ajouter que selon ce paradigme, l'opération corrective devait se faire avant l'âge de trois ans, pendant que le corps de l'enfant est «encore malléable»...

Ensuite, les parents devaient être conséquents dans leur façon de s'adresser à celui qui avait été classé comme un garçon ou, majoritairement, à celle qui avait été assignée comme une fille.

«Pour éviter la confusion, ils devaient lui en dire le moins possible à l'enfant, quitte à mentir. Par exemple, lui raconter qu'il avait dû se faire opérer pour une appendicite», décrit la professeure.

Difficile de savoir si on opte toujours pour cette approche dans les hôpitaux. Au Québec, les établissements qui prennent en charge les enfants intersexes sont le Centre hospitalier de l'Université Laval, l'Hôpital Sainte-Justine et le Montreal Children's Hospital.

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