La vie... à la Maison Le Far

Directrice générale de la Maison Le Far, Johanne... (Photo: Stéphane Lessard)

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Directrice générale de la Maison Le Far, Johanne Lemay soutient que la lutte à la violence conjugale concerne chacun de nous.

Photo: Stéphane Lessard

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Évidemment, en pareilles circonstances, on partirait dès les premiers signes. Plongée dans un climat de tension permanente, toute femme claquerait la porte bien avant l'explosion de violence. Jamais, on n'accepterait de faire l'objet d'une quelconque menace ou, pire encore, d'une agression. Monsieur saurait à quoi s'en tenir. Il pourrait garder ses distances et ses excuses pour lui. Notre départ serait sans retour.

C'est avec ce sentiment de certitude que j'ai franchi les portes de la Maison Le Far, un lieu d'hébergement et de ressources externes pour des femmes en difficulté ou victimes de violence. J'en suis ressortie quelques heures plus tard, ébranlée par la souffrance et la dignité des filles rencontrées. À la fois meurtries et en voie de guérison, elles m'ont vite fait comprendre que personne ne peut se prétendre à l'abri. Et trop facile, soutiennent-elles avec fermeté, de blâmer la collègue, la voisine ou la meilleure amie qui décide de rester auprès du gars qui personnifie sa peur au ventre.

«On le sait, quand on se couche le soir, que ça n'a pas de bon sens. Même si c'est une toute petite voix de rien, on le sait...», affirme Monique* qui se demande encore aujourd'hui à quel moment elle a bien pu se perdre, au point de se retrouver pendant de nombreuses années à partager sa vie avec un homme dangereux pour elle. «Peu importe ton niveau social, tes études, tes responsabilités professionnelles ou tes voyages à l'autre bout, tu peux toucher le fond», affirme la dame avant de rappeler que la violence conjugale ne se résume pas à un coup de poing dans la figure. Elle est physique, mais aussi verbale, psychologique, financière, sexuelle et religieuse. En d'autres mots, elle est insidieuse et elle fait mal.

Subventionnée par l'Agence de santé et des services sociaux, la Maison Le Far affiche un taux d'occupation de 140 %. L'adresse demeure secrète pour des raisons évidentes de sécurité. Dix femmes et treize enfants / adolescents sont actuellement hébergés dans les dix chambres disponibles. Des bambins et des ados arrivés en catastrophe avec une mère complètement détruite... L'image est à des années-lumière de la photo de famille accrochée sur le mur du salon. Elle est plutôt le triste portrait d'une détresse longtemps camouflée derrière une façade entretenue par l'agresseur, sa victime et parfois même, par les gens de leur entourage.

«Le plus difficile, c'est de franchir la porte», affirme d'un ton rassurant la directrice de la Maison Le Far, Johanne Lemay. Les femmes qui se présentent à la résidence sont souvent persuadées qu'il est trop tard pour modifier le cours de leur existence, pour se libérer d'un homme qui a tissé son emprise comme une toile d'araignée. Et pourtant. Durant son séjour à la Maison Le Far, chaque pensionnaire s'offre ni plus ni moins une pause, un temps de réflexion pour reprendre sa vie en main. Durant la journée, différents cours, ateliers et rencontres individuelles lui sont proposés afin qu'elle puisse retrouver l'estime, la confiance et les projets abandonnées à coup d'insultes de toutes sortes. Graduellement, les résidentes pansent leurs blessures et prennent conscience du cycle de la violence conjugale dans lequel elles étaient plongées ou qu'elles risquent encore de retomber.

L'autre matin, une quinzaine de femmes hébergées et en externe participaient à un atelier où les rêves oubliés étaient au programme. «Combien de fois, les filles, avez-vous mis vos objectifs de côté?», a demandé l'intervenante sans attendre la réponse. Elle leur a plutôt distribué des piles de magazines tout en les invitant à découper et à coller sur un grand carton des images et des phrases qui représentent ce à quoi elles aspirent, ici et maintenant.

Invitées à reprendre du pouvoir sur leur vie en se nourrissant de leurs nouvelles résolutions, les participantes ont fabriqué des «roues de fortune» dans une atmosphère empreinte de quiétude, mais aussi de franche camaraderie. Car on sourit beaucoup, malgré les larmes, entre les murs de la Maison Le Far. Johanne Lemay assure que les mères et leurs enfants savent s'adapter à cet entre-deux. D'autant plus que dans cette maison, ça sent bon le macaroni à la viande. La douce musique est omniprésente et les confidences, inévitablement douloureuses, mais avant tout porteuses d'espoir.

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