«Je suis resté droit, envers et contre tous»

Après 29 ans comme greffier à l'hôtel de... (François Gervais)

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Après 29 ans comme greffier à l'hôtel de ville, Gilles Poulin a récemment pris sa retraite.

François Gervais

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(Trois-Rivières) C'est une véritable page d'histoire qui s'est tournée dernièrement à la Ville de Trois-Rivières, avec le départ à la retraite du greffier Gilles Poulin, en poste depuis les 29 dernières années. Un départ qui s'est fait dans la plus grande discrétion, sans toutefois laisser qui que ce soit indifférent à l'hôtel de ville. Un peu à l'image du personnage, finalement...

Pour une ville comme Trois-Rivières, le greffier, c'est un peu le «gardien de la norme», celui qui agira en toutes circonstances dans la plus grande objectivité, dans un milieu où la politique et les affaires ne font pas toujours bon ménage avec la neutralité systématique. Gilles Poulin ne s'en cache pas: durant toute sa carrière, il aura été autant aimé que détesté des gens qu'il a pu côtoyer sous les différentes administrations qui se sont succédé.

«Je n'ai pas cherché à être aimé. J'ai cherché à être respecté. Je suis resté droit, envers et contre tous, en tentant d'agir avec le plus de tact et de diplomatie possible. Je me suis toujours vu comme un diffuseur de démocratie», confie d'emblée l'homme qui, tout au long de sa carrière, s'est maintes fois retrouvé au coeur des dossiers les plus chauds et controversés de la scène municipale et ce, en étant toujours dans l'ombre. Combien de fois aura-t-il fait sourire de par sa rigueur légendaire et son souci excessif du détail?

Sous Gilles Beaudoin les deux dernières années de son mandat, sous Guy LeBlanc et sous Yves Lévesque, Gilles Poulin a été greffier, responsable de l'accès à l'information, président d'élection et, évidemment, responsable de toutes les signatures de registres, dont certaines auront marqué l'histoire de la Ville. Son baptême de feu, il l'a connu en 1989, quelques mois après son arrivée en poste, où une vive opposition s'était fait sentir contre un changement de zonage pour déboiser une partie des terres du cimetière Saint-Michel, le long du boulevard des Récollets.

«Ça faisait la file jusqu'à la rue des Forges pour signer le registre. Nous avions eu presque 1000 personnes en une seule journée», se souvient-il. Un scénario qui s'est répété à trois reprises en 2008, 2010 et 2013 pour des règlements d'emprunt concernant le développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Deux de ces trois règlements avaient été retirés en raison du trop grand nombre de signatures. Le conseil de l'époque avait plutôt choisi de financer le projet avec des surplus accumulés.

«Lorsque ça se produit, les gens qui viennent signer ne veulent pas juste signer, ils veulent ventiler. On se retrouve au beau milieu d'une marée de critiques et de commentaires, mais moi je ne peux rien dire. Je dois demeurer le plus neutre possible», explique le notaire de formation.

C'est d'ailleurs pour assurer cette neutralité qu'il a toujours cessé de présider les séances du conseil municipal dès le mois de juin lors des années électorales, pour assumer son rôle de président d'élection. «Il faut le moins possible que les gens m'associent comme étant l'homme du conseil actuel. D'ailleurs, en général, j'ai toujours cherché à garder une distance avec les élus, je n'ai jamais voulu être intime avec eux», relate celui qui estime que l'élection de 2013, avec 75 candidats, a été la plus intense de sa carrière.

L'affaire Louise Panneton

Une seule fois, le greffier Gilles Poulin se sera retrouvé au coeur de l'actualité, lors du procès dans l'affaire Louise Panneton, une affaire qui avait éclaboussé l'hôtel de ville en raison d'allégations de demandes politiques pour faire annuler des constats d'infraction. Gilles Poulin avait eu à témoigner dans cette affaire, un témoignage clé du procès.

«Je n'ai pas cherché à couvrir personne. D'ailleurs, le procureur avait soulevé des questions bien avant l'affaire Panneton dans cette histoire. Après mes deux jours de témoignage, je me souviens être revenu au bureau, et je me suis effondré au sol. J'ai pleuré, j'ai tellement pleuré, j'étais inconsolable. C'était la pression qui retombait, mais je me rendais compte aussi que je venais probablement d'incriminer tout le monde», confie Gilles Poulin, visiblement encore très émotif lorsqu'il est question de ce dossier. 

D'autres dossiers auront également marqué sa carrière, comme celui de la fluoration de l'eau potable, ou encore la saga du boisé des Plateaux où, au beau milieu d'une séance du conseil on ne peut plus tendue, douze policiers en civil se trouvaient dans la salle pour maintenir l'ordre et intervenir au moindre débordement.

Des administrations différentes

N'ayant que très peu connu l'ère Gilles Beaudoin, le greffier maintenant retraité ne se gêne toutefois pas pour tracer une différence claire entre les administrations de Guy LeBlanc et Yves Lévesque. «Sous Guy LeBlanc, on gérait avec rigueur et austérité. Il y avait un contexte économique plus difficile aussi, avec de nombreuses fermetures d'entreprises, si bien que la Ville dépensait chaque sou comme si c'était le dernier. À l'arrivée d'Yves Lévesque et des fusions, c'était un autre style de développement, où on dépensait avec désinvolture. Ça a été pour moi un choc culturel, de voir avec quelle facilité on pouvait dépenser l'argent», constate Gilles Poulin.

Toutefois, malgré l'image que certains auront conservée de «l'austère greffier» comme il aime plaisanter, Gilles Poulin estime avoir été privilégié d'occuper cette fonction aussi longtemps. «Je ne pense pas qu'on aura encore souvent des greffiers qui resteront en poste aussi longtemps. J'ai été privilégié. J'ai servi du mieux que j'ai pu en faisant du mieux possible avec les ressources disponibles», clame-t-il.

Et si les premiers mois de la retraite serviront à rattraper un peu de sommeil perdu, Gilles Poulin entend consacrer les prochaines années à faire du bénévolat, notamment avec de l'aide aux devoirs pour les plus jeunes ou encore de l'accompagnement auprès des personnes âgées seules.




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