Des Français menacés d'expulsion

Pascal Bourdot et Anne Cordier ont vu leur... (Sylvain Mayer)

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Pascal Bourdot et Anne Cordier ont vu leur demande de permis d'étude refusé par le gouvernement fédéral. Ce refus pourrait entraîner leur expulsion du Canada.

Sylvain Mayer

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Michel Lamy
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Pascal Bourdot et Anne Cordier, deux immigrants français résidant à Sainte-Flore, devront vraisemblablement quitter le Québec d'ici le 30 août. Le gouvernement fédéral a en effet refusé leur demande de permis d'étude, de sorte que leur visa actuel arrivera bientôt à échéance.

Installé au Québec depuis février 2016, le couple Bourdot-Cordier a adopté Sainte-Flore comme nouvelle terre d'accueil. Depuis leur arrivée, et même bien avant, les deux Français se sont efforcés de s'intégrer à la communauté et de contribuer à son développement. Il n'en fallait pas plus pour que les citoyens de Sainte-Flore les accueillent à bras ouverts. Or, le gouvernement fédéral souhaite maintenant renvoyer le couple en France, car la demande qu'il lui a présentée ne répondait pas aux exigences administratives.

Sachant que leur visa arrivait à échéance à la fin du mois d'août, M. Bourdot et Mme Cordier avaient choisi de demander un Certificat d'acceptation du Québec et un permis d'étude du gouvernement fédéral. Ces documents leur auraient permis de continuer à résider au Canada en toute légalité. Si la demande au provincial a été acceptée, le gouvernement fédéral a refusé de délivrer un permis d'étude. Dans sa lettre de refus datée du mois de juillet, le gouvernement a expliqué que la demande avait été faite en sol canadien, alors que celle-ci aurait dû provenir du pays d'origine des demandeurs.

Devant ce problème, M. Bourdot et Mme Cordier ont décidé de tenter une nouvelle fois leur chance, en expliquant leur situation. «Nous avons refait un dossier, et nous avons donné toutes nos références reliées à la France: notre adresse fiscale, notre adresse administrative, etc. Le dossier nous a été retourné quatre semaines plus tard, avec le même motif de refus, car les fonctionnaires estiment que nous ne sommes pas sortis du territoire», déplore M. Bourdot. 

Ainsi, le couple doit absolument retourner en France s'il veut voir sa demande acceptée. Toutefois, la situation de santé de Mme Cordier vient écarter cette possibilité. «Quand nous sommes arrivés, je suis venu parce qu'on m'a proposé un emploi, qui ne s'est finalement pas concrétisé. Ma compagne, qui est agente d'État, est actuellement en congé de longue durée à cause d'un épuisement professionnel. Ses patrons l'ont laissée sortir du territoire pour m'accompagner, mais si nous revenons en France, je ne crois pas qu'ils la laisseront partir une seconde fois», explique M. Bourdot.

Une lettre signée par le médecin de Mme Cordier atteste par ailleurs que «pour la patiente vivant au Québec, un retour en France et la reprise de son activité professionnelle seraient préjudiciables à sa santé». 

Sachant que le temps presse, les deux Français ont envoyé une demande de prolongation du statut de visiteur le 1er août dernier. Cette solution pourrait leur donner davantage de temps pour trouver une façon de rester. «Il y a tellement de programmes au niveau de l'immigration. Ce que nous demandons au gouvernement, ce n'est pas de nous prendre en charge, mais plutôt de nous orienter vers le bon programme», soutient M. Bourdot.

«Nous voulons pouvoir nous installer, et être comme tout le monde: aimer sa région, développer sa région, et puis participer», ajoute-t-il. Le couple rappelle également qu'il est autonome financièrement, qu'il investit dans la vie locale, et qu'il est porteur de projets qui sont soutenus par la population. Au final, les immigrants ont simplement affirmé qu'il fallait garder le moral. 

Coup de foudre

Avant de s'installer à Sainte-Flore, M. Bourdot et Mme Cordier ont habité la région parisienne, ainsi que le Médoc, à proximité de Bordeaux. Ils ont voyagé au Québec pour la première fois à l'automne 2012, où ils se sont arrêtés au lac Chrétien. Ils ont aimé l'endroit au point d'y retourner à l'hiver 2013, ainsi que tous les hivers qui ont suivi.   

«Depuis que nous étions partis du Québec en 2012, nous avions l'impression d'être en vacances en France. Dès que nous réatterrissions à Montréal, et que nous prenions notre voiture de location, c'est comme si nous rentrions à la maison», raconte M. Bourdot.

Cet amour de la région les a amenés à acheter à l'été 2015 l'une des plus vieilles maisons de Sainte-Flore, qu'ils ont baptisé «La Vieille Dame». Ils y ont emménagé en février 2016. Riches d'une expérience professionnelle des entreprises et d'une connaissance approfondie du milieu communautaire, les deux Français ont ensuite entrepris de contribuer à la revitalisation de Sainte-Flore. C'est ainsi qu'ils se sont lancés dans de nombreux projets, tels la création d'une couveuse d'artisans locaux, la création d'une radio Internet, une réflexion sur un pôle média numérique, l'accompagnement à la revitalisation d'un commerce, l'accompagnement à la création d'une radio Internet 100 % littéraire, et le développement d'ententes franco-québécoises. 

Pour mener à bien tous ces projets, Mme Cordier a même suivi un cours au Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins. Mais pour que toutes ces initiatives soient viables, le couple rappelle qu'il lui faut du temps, et un statut autre que celui de visiteur. «Ça serait dommage de devoir partir, car nous avons donné beaucoup d'amour et de dynamisme à Sainte-Flore. Je pense que nous sommes des rassembleurs, car nous avons réussi à trouver de six à huit artisans pour redynamiser le village», lance Mme Cordier.

L'appui de la communauté

Quand les gens de Sainte-Flore ont appris la situation du couple français, une pétition a commencé à circuler pour demander au gouvernement fédéral de ne pas expulser M. Bourdot et Mme Cordier. Sylvie Boucher, l'instigatrice de la pétition, a commenté que le couple faisait beaucoup pour l'artisanat à Sainte-Flore, et qu'il ne demandait jamais d'argent pour son implication.

Le conjoint de Mme Boucher fait partie des gens qui, comme les Français, veulent revitaliser Sainte-Flore. Alors que le gouvernement accueille des réfugiés en masse, Éric Ladouceur s'indigne de la situation du couple. «Ce que je trouve aberrant de la part de notre gouvernement fédéral, c'est d'importer autant de gens qui vont vivre aux crochets de la société canadienne, alors que pour une formalité, ils veulent refouler deux Français qui essaient de s'intégrer, qui dépensent ici et qui achètent ici», dénonce-t-il.

Selon M. Ladouceur, le monde politique se serait également mobilisé, alors que le maire de Shawinigan, Michel Angers, et le député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, ont entendu l'appel de détresse du couple.

Il est possible de signer la pétition au www.petitions24.net/couple_de_francais_en_detresse.




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