L'agriculture et l'urbanisme à la croisée des chemins

La viabilité de la relève passe par l'agrandissement... (Sylvain Mayer)

Agrandir

La viabilité de la relève passe par l'agrandissement de ses installations à la ferme Massicotte-Holstein. Sur la photo, trois générations de fermiers: Roger, Thomas et Pier-Luc Massicotte.

Sylvain Mayer

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Albert Brunelle
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le projet est sur la table. Un million de dollars pour accroître la capacité production de la ferme familiale Massicotte-Holstein. Or, les règlements de zonage et une opposition citoyenne empêchent le propriétaire, Roger Massicotte, d'aller de l'avant.

L'agriculteur souhaite obtenir une dérogation au règlement de zonage afin de permettre l'agrandissement de son étable aux abords de la route 138.

Cependant, lundi soir, sous la recommandation du comité consultatif d'urbanisme de la municipalité de Champlain, l'agriculteur a décidé de ne pas soumettre son projet au conseil municipal.

Selon ce qui était initialement prévu, le cheptel de la ferme devait passer de 200 à près de 400 vaches. «C'était un débat corsé. On a eu de l'opposition, mais beaucoup de gens se sont levés pour défendre les agriculteurs», relate Roger Massicotte, propriétaire de la ferme.

Après que le Comité consultatif lui ait demandé de refaire ses devoirs, M. Massicotte a réduit de 100 têtes sa proposition. «Une fois qu'on a annoncé notre amendement, on a senti que les conseillers étaient plus à l'écoute qu'avant sur nos précisions et détails», souligne l'agriculteur.

Roger Massicotte doit repasser devant le comité consultatif dans la semaine du 20 août pour l'étude de la proposition amendée. Elle sera ensuite soumise au conseil municipal le 5 septembre afin qu'il décide si, oui ou non, il permet la dérogation. 

Du côté de la Municipalité, on explique que M. Massicotte a retiré son projet alors que le comité consultatif d'urbanisme de la Municipalité s'apprêtait à émettre une recommandation négative au conseil.

Jean Houde, secrétaire-trésorier de la Municipalité, a toutefois précisé que le conseil municipal n'est pas lié par les recommandations du comité. «Le conseil est libre de suivre ou non la recommandation. Il ne s'est cependant pas prononcé lundi en raison du retrait du projet par M. Massicotte», témoigne M. Houde.

Lait, fromage et zonage

Le problème remonte à 2008 lorsqu'une nouvelle règlementation sur le zonage était adoptée à Champlain. La nouvelle mesure prévoit qu'un périmètre urbain longe désormais la route 138, éliminant du même coup le droit des agriculteurs d'agrandir leurs infrastructures aux abords de la chaussée à moins d'obtenir une dérogation.

Tant que la demande de production laitière restait stable, les producteurs pouvaient continuer de composer avec la taille de leurs installations. Toutefois, depuis trois ans, on note une croissance marquée de la demande de lait, de fromage, de yogourt et de beurre.

«La façon dont fonctionne le système de la gestion de l'offre n'est pas tellement compliquée. Il suit la demande du consommateur. Plus la demande est forte, plus nos quotas augmentent», explique Roger Massicotte.

Le contexte actuel a donc fait grimper les quotas de 20 % sur trois ans, de quoi exercer une pression sur les producteurs laitiers pour satisfaire la demande des consommateurs.

«On a de la pression. Il faut bâtir avant l'hiver. Actuellement, on ne fait pas nos quotas. Il faut être en mesure de se donner les moyens de produire plus et ça va être le cas pour beaucoup de producteurs. Juste à Champlain, il y a quatre ou cinq projets d'agrandissement de ferme», ajoute M. Massicotte.

Si elle a réussi à accroître son rendement de 15 %, la ferme Massicotte-Holstein a atteint la limite de ce que ses installations actuelles lui permettent de produire. «L'étable est pleine, il faut espacer les bêtes. Il a même fallu sortir huit bêtes à l'extérieur et leur faire un enclos. Si la demande pour les produits laitiers continue d'augmenter, il faut être préparé», estime-t-il.

Dans l'état actuel des choses, supposant que l'agriculteur voulait aller de l'avant en respectant les règlements de zonage, il devrait construire l'étable à plus de 400 mètres de la route. Selon lui, cette éventualité est inenvisageable puisqu'elle le forcerait à multiplier par deux ses équipements nécessaires à la production.

«C'est injustifiable, on n'a pas les capacités financières pour le faire. Ça ajouterait un autre million au projet et nos créanciers n'en veulent pas», indique Roger Massicotte.

De toute façon, les règlements de la Fédération des producteurs de lait du Québec ne permettent pas le dédoublement d'installations à moins d'en faire la demande. Or, une telle demande nécessite un long processus d'étude du dossier et ne procure aucune garantie de réussite.

Une relève qui a besoin d'espace

Selon M. Massicotte, la MRC des Chenaux se doit de faire la promotion de l'agriculture, puisqu'elle représente sa principale source de revenus. «Ils doivent mettre de la pression pour assurer la relève. Moi, j'ai un jeune de 28 ans qui est prêt et motivé à reprendre, mais ça prend de l'espace pour pouvoir faire face à la croissance du marché», explique-t-il.

C'est son fils qui, déjà impliqué dans l'entreprise familiale, devrait reprendre les rênes.

L'actuel propriétaire discrédite également les craintes de résidents qui soulèvent une possible perte de la valeur des propriétés comme argument. «Les citoyens disent qu'ils ont peur pour la valeur de leur maison. Mais quand j'ai demandé si leur maison en avait perdu, personne n'a répondu. Des propriétés sur le bord du fleuve, ça ne perd pas de valeur, ça en prend», termine-t-il.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer