Limite d'alcool à 0,05: «Un selfie législatif»

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Lise Lebel montre ici sa fille Katherine, tuée par une conductrice ivre au volant.

Sylvain Mayer

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Un selfie législatif.» C'est ce que pense Hubert Sacy, le directeur général d'Éduc'Alcool, de l'idée lancée par  Ottawa de faire passer la limite d'alcool au volant de 0,08 à 0,05.

M. Sacy déplore que ce débat arrive au beau milieu des vacances d'été et que des organismes comme le sien ne disposent que de six semaines pour répondre à la consultation.

«On fait partie des organismes qui ont reçu la lettre (de la ministre de la Justice) à la fin de juin pour laquelle on nous demande une réponse pour la mi-août», dit-il, la pire période pour faire des consultations, estime-t-il.

«C'est la même méthode que la marijuana», analyse-t-il.

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Hubert Sacy, directeur général d'Éduc'Alcool.

Le Soleil

Pour Hubert Sacy, il est clair que «moins les gens boivent avant de conduire, mieux ça vaut.» Toutefois, pour lui, la vraie question n'est toutefois ni le 0,08, ni le 0,05. «La question est plutôt de savoir quels sont les moyens les plus efficaces pour réduire la conduite avec les facultés affaiblies», plaide-t-il.

Lise Lebel, de la Fondation Katherine-Beaulieu, avoue que zéro alcool serait, dans le meilleur des mondes, mieux encore que cinq milligrammes et que même à 0,05, «c'est sûr qu'on applaudirait.»

Toutefois, dit-elle, «je crois fermement que de sensibiliser les individus, à la base, demeure important.»

La Fondation, créée à la suite du décès de sa fille Katherine, en 2010, provoqué par une conductrice en état d'ébriété, fait chaque année de la sensibilisation auprès des finissants des écoles secondaires en vue des bals de fin d'année. Il ne faut pas toutefois pas viser seulement les jeunes, plaide Mme Lebel. La conductrice à l'origine de l'accident «était une mère de deux enfants âgée de 35 ans», rappelle-t-elle.

«Il faut travailler sur le terrain avec les gens pour les éduquer», dit-elle. «Il faut plus de sensibilisation.»

Hubert Sacy est d'avis que le seul fait d'abaisser le taux d'alcool permis ne changera pas grand-chose. «Il faut des mesures intégrées», croit-il fermement.

Une solution, selon lui, serait d'«augmenter la perception qu'on va se faire arrêter si l'on viole la loi.» Pour cela, il faudrait créer des barrages policiers aléatoires à n'importe quel moment», estime-t-il.

Le conseiller municipal Daniel Cournoyer, responsable du dossier de la Sécurité publique à la Ville de Trois-Rivières, mentionne que c'est exactement ce qui se fait à Trois-Rivières depuis quelques années et les résultats sont plus que probants. «On est passé de 450 contraventions pour des facultés affaiblies, il y a quelques années à 275, dans le bilan de 2016, soit une réduction de presque 50 %», dit-il. Les barrages routiers des policiers trifluviens sont faits de façon aléatoire.

Ce qui préoccupe beaucoup plus la Sécurité publique de Trois-Rivières, dit-il, c'est la légalisation de la marijuana comme veut le faire le gouvernement Trudeau. C'est que la détection des facultés affaiblies est beaucoup plus complexe, donc beaucoup plus coûteuse pour les payeurs de taxes, qu'avec l'alcool puisqu'il faut bien plus qu'une petite machine pour démontrer l'état de la personne.

Dans un communiqué de presse émis mardi à ce sujet, le CAA partage cette position. La légalisation du pot, d'ici un an, viendra en rajouter sur le travail de coercition et de prévention, prévient l'organisme. «Nous croyons que la bouchée sera trop grosse pour les gouvernements et la pilule, trop difficile à avaler pour les automobilistes», fait valoir le CAA. L'organisme plaide lui aussi en faveur de l'accroissement des barrages routiers, une mesure que le CAA juge «dissuasive et extrêmement efficace.»

M. Sacy estime que le cours Action Service créé par l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec qui permet au personnel des bars et restaurants de dépister les gens qui ont trop bu et de gérer la situation pour éviter l'irréparable «devrait être obligatoire au Québec».

Cette simple mesure, croit-il, ferait baisser le taux de conduite avec facultés affaiblies de 25 %.

Daniel Cournoyer, conseiller responsable du dossier de la... (François Gervais) - image 3.0

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Daniel Cournoyer, conseiller responsable du dossier de la Sécurité publique à la Ville de Trois-Rivières.

François Gervais

Au centre-ville de Trois-Rivières, à la suggestion d'un restaurateur, le conseil municipal a aussi décidé d'allonger les heures pour les stationnements sous-terrain, la nuit. D'ici quelques jours, au lieu de se terminer à 8 h du matin, le billet à 7  $ permettra désormais de récupérer sa voiture aussi tard qu'à midi, indique Daniel Cournoyer. Ceci évitera que des personnes avec facultés affaiblies soient tentées de partir avec leur voiture en pleine nuit pour éviter de recevoir une contravention à 8 h du matin, dit-il.

Selon La Presse, la ministre fédérale cite l'Irlande pour étayer sa position sur le 0,05 en mentionnant que l'abaissement du taux d'alcool permis, combiné à un dépistage obligatoire, a donné lieu à une diminution de 50% des accidents mortels sur la route dans ce pays.

«On nous compare ça avec l'Australie, l'Irlande et la France. Or en Australie et en Irlande, la culture de l'alcool n'est pas la même que chez nous», plaide M. Sacy. «En Australie et en Irlande, ils ont aussi pris une série de mesures toutes intégrées ensemble dans le cadre de la culture qui est la leur», explique-t-il.

«En France», précise-t-il, «on s'est contenté de faire passer la limite de 0,08 à 0,05. Or, la conduite avec facultés affaiblies a augmenté de 10 %», souligne-t-il.




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