Villa du jardin fleuri: une guerre de tranchées

Si la Villa du jardin fleuri abritait environ... (Olivier Croteau)

Agrandir

Si la Villa du jardin fleuri abritait environ 65 résidents avant la révocation de son certificat de conformité, les départs ont depuis été nombreux.

Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Lamy
Le Nouvelliste

(Québec) La Villa du jardin fleuri et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) se sont livrés à un véritable marathon juridique vendredi au Tribunal administratif du Québec. Les avocats de la résidence et du CIUSSS ont en effet passé plus de dix heures et demie devant la juge administrative Lise Bibeau. La Villa avait présenté une demande de sursis concernant la révocation de son certificat de conformité par le CIUSSS.

Avant même le début de l'audience, le nombre de juristes présents dans la salle laissait présager un débat étoffé. En tout, six avocats avaient fait le voyage à Québec: la Villa du jardin fleuri était représentée par Mes Sylvain Dorais et Jocelyn Ouellette, alors que le CIUSSS avait désigné Mes Pierre Larrivée et Marie-Christine Côté pour plaider en son nom. Les deux avocats du CIUSSS étaient également accompagnés de Mes Patricia Lagacé et Louis Brunelle. Rappelons que ce dernier est directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS.  

C'est finalement aux environs de 9 h que la juge Bibeau a ouvert l'audience. En introduction de la cause, Me Dorais a rappelé qu'il était urgent de se prononcer sur le sursis. «Je serai très transparent avec vous, Mme la juge: aujourd'hui, ici devant vous, se joue l'avenir de la Villa du jardin fleuri. Si le sursis n'est pas accordé, il n'y aura plus de résidence», a-t-il lancé. 

La Villa et le CIUSSS ont ensuite indiqué à la juge qu'ils avaient chacun trois témoins à interroger. Les témoins de la Villa du jardin fleuri étaient Johanne Bolduc, directrice de l'établissement, Abraham Kaufman, gestionnaire de la résidence, et Kathy Pelchat, responsable des soins. 

Des départs qui font mal

Lors de son témoignage, Mme Bolduc a lancé un cri du coeur. «Nous voulons la sécurité et le bien-être des résidents. Nous voulons leur donner un milieu de vie. Les gens pleurent au moment de partir. Ça fait 20 ans qu'ils habitent la résidence, et ils veulent y rester», soutient-elle.

Mme Bolduc a aussi reproché au CIUSSS la brutalité avec laquelle il a traité les résidents. «La manière dont la fermeture a été annoncée a causé beaucoup de tort aux résidents. Les travailleurs sociaux du CIUSSS sont arrivés en délégation un matin, et nous n'étions même pas au courant», raconte-t-elle. Selon Mme Bolduc, une dizaine d'employés du CIUSSS auraient en effet cogné aux portes des résidents pour leur demander de quitter l'établissement avant le 31 octobre. «C'est la manière dont la nouvelle nous a été annoncée. Ils étaient froids, et ont exercé de la pression sur nous pour vider la résidence», ajoute la directrice. 

Toutefois, Mme Bolduc avait déjà l'intention d'entamer des procédures légales contre le CIUSSS au moment où est survenu cet épisode. Elle a ainsi pu utiliser cet argument pour convaincre les résidents d'attendre avant de déménager. Cet argument a cependant été invalidé par la décision de la Cour supérieure du Québec de ne pas accorder de sursis à la résidence. «Après le refus de la Cour supérieure, la confiance a commencé à tomber. Les gens ont commencé à envoyer des résiliations de bail», se désole Mme Bolduc.

Si la Villa du jardin fleuri abritait environ 65 résidents avant la révocation de son certificat de conformité, les départs ont depuis été nombreux. En fait, neuf patients à risque d'errance ont dû être transférés, une personne a pris la décision de quitter la Villa, 13 résidents ont résilié leur bail, deux personnes ont été hospitalisées, deux baux ont été annulés en raison de la révocation, et une dizaine de bénéficiaires ont indiqué qu'ils allaient transmettre leur avis de résiliation sous peu. Ainsi, la résidence ne compte plus qu'entre 30 et 40 résidents.

Évidemment, ces départs ont un impact sur les finances de la Villa. Interrogé par les avocats, M. Kaufman a estimé que les frais mensuels d'exploitation de la résidence se situaient autour de 80 000 dollars. Avec la baisse du nombre de résidents, le bilan de l'établissement est passé d'un revenu brut se situant entre 100 000 et 120 000 dollars par mois à un déficit se situant entre 20 000 et 30 000 dollars par mois. M. Kaufman a ajouté qu'à ce rythme, la résidence ne pourrait pas rester ouverte bien longtemps.

Collaboration difficile

Du côté du CIUSSS, les personnes interrogées étaient Chantal Bournival, directrice adjointe à l'assurance qualité, à la gestion des mécanismes d'accès et au soutien, Caroline Brière, chef d'administration de programme au soutien à domicile, et Hélène Gervais, professionnelle à la certification.

Mme Bournival a mentionné dans son témoignage que la Villa du jardin fleuri avait fait l'objet de 25 plaintes entre 2012 et 2017. Aussi, ce sont cinq suivis de gestion qui ont mené au dernier renouvellement du certificat de conformité de la résidence, en mars 2016. Il avait cependant été clairement indiqué à la résidence que les non-conformités devaient être corrigées. Pourtant, en avril suivant, Thérèse Roberge est décédée en se retrouvant enfermée à l'extérieur de sa chambre en pleine nuit. Elle fut suivie en février 2017 par André Bourassa, qui est mort de froid dans des circonstances similaires.

«La résidence n'est pas certifiée pour admettre des résidents avec des profils d'errance. Ce n'est pas dans son offre de services, et surtout, les dispositifs nécessaires pour assurer la sécurité, donc pour s'assurer que les résidents ne puissent pas sortir de la résidence ou du terrain, ne sont pas mis en place. Accueillir une clientèle à risque d'errance sans avoir les prérequis conduit nécessairement à des événements tragiques, tels des décès ou des fugues», rappelle Mme Bournival. 

Après le décès de M. Bourassa, la Villa du jardin fleuri a affirmé qu'elle n'abritait pas d'autres patients à risque d'errance. Après examen, le CIUSSS en a toutefois identifié neuf. «Lorsqu'on révoque un certificat, ce n'est pas une décision qui est prise à la légère. C'est une décision exceptionnelle, et lorsqu'on arrive à une telle décision, c'est parce qu'on n'a pas de doutes», assure Mme Bournival.  

Pour sa part, Mme Brière a raconté ce qu'on lui a dit sur la résidence lorsqu'elle est entrée en fonction. «On m'a présenté la Villa du jardin fleuri comme étant une résidence où il y avait des difficultés au niveau de la collaboration», se souvient-elle. Afin d'illustrer ses propos, Mme Brière a indiqué que le CIUSSS n'avait été avisé du décès de M. Bourassa que cinq jours après sa mort. 

À la suite de ces événements, le CIUSSS a envoyé un gardien de sécurité veiller en tout temps sur les patients à risque d'errance. La chef d'administration a mentionné que Mme Bolduc l'avait remerciée de lui avoir envoyé de l'aide. Mme Brière lui avait cependant répondu que ce n'était pas de l'aide, mais une mesure de sécurité.

Enfin, Mme Gervais a expliqué à la juge que la résidence ne remplissait que partiellement (et parfois pas du tout) ses rapports incident-accident. Des erreurs de médicaments n'auraient ainsi jamais été documentées. En outre, la professionnelle à la certification a fait remarquer que la résidence n'arrive pas à maintenir l'application des normes qu'elle doit respecter. «J'ai rappelé à Mme Bolduc qu'elle était l'exploitante, et que lorsqu'on exploite une résidence, ça vient avec des responsabilités et des obligations», conclut Mme Gervais. 

À suivre

Au final, l'audience s'est terminée peu après 20 h 30. La juge Bibeau n'a pas rendu sa décision, mais a affirmé qu'elle statuerait le plus tôt possible.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer