Un navire sans capitaine

Francis Langlois, spécialiste de la question américaine et... (Stéphane Lessard)

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Francis Langlois, spécialiste de la question américaine et membre de la Chaire Raoul-Dandurand.

Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Démissions, congédiements, gazouillis enflammés et injures à la Maison-Blanche font la manchette presque quotidiennement. Francis Langlois, membre de la Chaire Raoul-Dandurand, spécialiste de la question américaine et enseignant en histoire au Cégep de Trois-Rivières estime que rien ne va plus à la barre des États-Unis. «C'est tellement grossier qu'on dirait un roman de John le Carré mal écrit», résume-t-il.

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Donald Trump

PHOTO SAUL LOEB, archives AFP

Le pays ressemble à un navire sans capitaine, analyse-t-il. «Il y a un sérieux problème de leadership», constate M. Langlois. Ce dernier perçoit toutefois que le 45e président commence à perdre peu à peu de son emprise sur son entourage, signe qu'un prochain coup de balai à Washington pourrait le toucher directement.

Ce ne serait toutefois pas avant la mi-mandat, au moins, qu'on pourrait voir démissionner ou être destitué Donald Trump, prévoit-il.

«À moins qu'il y ait une catastrophe, qu'un document ou un témoignage sorte pour démontrer en noir sur blanc qu'il a commis un impair impardonnable qui permettrait à la Chambre des représentants de le mettre en accusation, il va rester là au moins jusqu'à la mi-mandat», croit M. Langlois.

C'est que la procédure permettant de destituer un président «est complexe», dit-il. Pour l'instant, les Républicains sont toujours derrière Trump, «mais on commence à avoir des craques dans le Parti républicain et je pense que ça va aller en augmentant», prévoit le spécialiste.

La chose est si complexe qu'il n'y a jamais eu, en fait, de destitution d'un président dans l'histoire des États-Unis, rappelle-t-il. Richard Nixon avait démissionné et ça avait pris deux ans à le mener là, signale-t-il. «Nixon s'était fait prendre la main dans le sac et il y avait des preuves», dit-il, tandis que dans le cas de Trump, il y a négation «et il peut mettre des bâtons dans les roues aux multiples enquêtes qui sont sur son dos», indique M. Langlois.

Rappelons que des informations veulent qu'il y ait eu intervention de la Russie dans les dernières élections américaines. 

Or, rappelle Francis Langlois, la justice américaine interdit formellement à tout politicien d'obtenir de l'aide de l'étranger pour se faire élire.

«L'affaire de Donald Trump Junior n'est pas loin», rappelle l'analyste. «Jared Kushner, le gendre, était là. Paul Manafort, qui était le directeur de campagne à ce moment-là, a reçu beaucoup d'argent sans le déclarer de différentes sources russes pour se faire payer avant l'élection de Trump. Est-ce que ces gens avaient des connexions, des influences, recevaient - je ne sais pas - des courriels ou avaient des conversations téléphoniques? C'est possible. C'est ce qu'on cherche», dit-il.

Mardi, le Washington Post affirmait que Trump Père avait écrit les récentes déclarations de Donald Junior, lui dictant quoi dire au sujet de sa rencontre avec une avocate russe en 2016.

Trump a toutefois de moins en moins d'ascendant, analyse M. Langlois. «Il y a eu un vote la semaine dernière sur le remplacement de l'Obamacare et ça n'a pas passé. Un certain nombre de sénateurs républicains n'ont pas voté pour ça. Il n'est plus capable de les menacer. Il n'est plus capable de les forcer à faire ce qu'il veut à coups de tweets insultants», constate l'expert.

Le Sénat a même récemment voté en faveur de limiter les pouvoirs de Donald Trump afin de l'empêcher de lever les sanctions contre la Russie comme il en aurait normalement eu la prérogative présidentielle. «Ça montre qu'ils n'ont plus peur de lui», dit-il.

Pendant ce temps, la Corée du Nord menace le pays en annonçant que «tout le territoire américain est à notre portée» (de tir).

La menace, bien qu'elle doit être prise au sérieux, n'est pas nouvelle. Kim Jong-Un «fait des tests de façon systématique aux élections présidentielles, tout ça pour attirer l'attention vers lui. Trump a voulu embarquer la Chine dans la lutte contre la puissance nucléaire nord-coréenne, mais la Chine n'a pas autant de leviers qu'il pense. On dirait vraiment qu'il pense que tout se négocie comme lorsqu'il achète des terrains à New York», constate M. Langlois.

Certaines actions du gouvernement Trump pourraient avoir de graves répercussions, tant pour le peuple américain que pour les Canadiens qui achètent leurs produits. Il y a par exemple des discussions autour de l'idée de compliquer ou d'empêcher les recours collectifs contre les entreprises, illustre M. Langlois.

On sait que le gouvernement Trump a coupé de 95 % les budgets pour la restauration des Grands Lacs, ce qui va affecter le Canada. La gestion de l'offre, en agriculture, est aussi dans la mire de cette administration et fera très mal aux producteurs laitiers tandis que le bois d'oeuvre canadien est encore sous attaque et que Trump veut renégocier l'ALÉNA.

Fort heureusement, plusieurs États américains ont des intérêts avec le Canada. «Au moins 35 États font affaire avec le Canada et 10 % du PIB de quatre d'entre eux est directement en lien avec le Canada», rappelle Francis Langlois sur une note d'espoir.




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