«C'est la moindre des choses que la résidence ferme»

Pour François Bourassa, dont le père est décédé... (Stéphane Lessard)

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Pour François Bourassa, dont le père est décédé à la Villa du jardin fleuri, il est évident que la résidence doit fermer ses portes.

Stéphane Lessard

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Michel Lamy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans la nuit du 26 février dernier, André Bourassa s'est retrouvé enfermé à l'extérieur de la Villa du jardin fleuri. Incapable de retourner à l'intérieur, il a fini par succomber au froid mordant de l'hiver. Lorsqu'il a appris que le CIUSSS MCQ voulait révoquer le certificat de conformité de l'établissement, le fils de M. Bourassa, François Bourassa, a senti qu'il s'agissait d'un premier pas vers la justice.

En entrevue avec Le Nouvelliste, M. Bourassa n'a pas mâché ses mots à l'égard de la Villa du jardin fleuri. «C'est tellement catastrophique là-bas. Ça n'a aucun sens à quel point ils peuvent être déconnectés de la réalité. Il y a eu deux morts en moins d'un an à cause de la même porte. C'est déjà incroyable que les portes n'aient pas été verrouillées, mais en plus, ça a causé non pas un, mais deux décès. C'est épouvantable», s'indigne-t-il. 

Rappelons qu'en plus d'André Bourassa, Thérèse Roberge est décédée en avril 2016 dans des circonstances similaires. Pour François Bourassa, la résidence doit être punie pour avoir laissé ses résidents mourir. «C'est la moindre des choses que la résidence ferme. Si deux personnes mouraient chez vous, vous seriez dans le pétrin», lance-t-il.

Poursuivant sur sa lancée, M. Bourassa s'est dit convaincu que la fermeture de la Villa du jardin fleuri serait une bonne chose pour la soixantaine de résidents qui y habitent. Il a spécifié que de multiples accidents graves avaient eu lieu à cause du problème des portes, et que des résidents avaient dû être transportés en ambulance vers les soins intensifs. M. Bourassa a également ajouté qu'il était convaincu que d'autres accidents allaient se produire si les choses ne changeaient pas. «Il peut encore arriver des choses graves. Les catastrophes s'accumulent là-bas. Le plus vite ils fermeront, le mieux ce sera», soutient-il.

Pour illustrer à quel point il trouve la situation désastreuse, M. Bourassa a évoqué l'attitude de la direction de la Villa du jardin fleuri à l'égard des 78 infractions qui lui ont été reprochées par le CIUSSS. «Ils disent avoir apporté des corrections, mais ils sont encore tellement loin du compte que le CIUSSS veut leur retirer leur permis de façon permanente. Pourtant, ils ne comprennent pas encore. Ils ne trouvent pas que l'endroit est dangereux, et ils ne comprennent pas à quel point ce qui se passe est grave. Ils considèrent que c'est de l'acharnement bureaucratique. Ce n'est pas de l'acharnement bureaucratique, c'est de la négligence criminelle causant la mort», déplore-t-il.

Au moment du décès de son père, François Bourassa voulait intenter une poursuite contre les propriétaires de la résidence. Interrogé sur la question, il a répondu qu'il ne passerait pas à côté de l'occasion. «Nous sommes à la veille de déposer la poursuite. Ça fait plusieurs fois que je rencontre un avocat, et nous avons réalisé une grosse somme de travail. Nous avons monté un dossier imposant et solide: beaucoup de gens sont venus nous aider dans ce dossier», affirme-t-il. À cet égard, M. Bourassa a expliqué qu'il avait été en contact avec plus d'une centaine de personnes reliées de près ou de loin à la résidence, et que ceux-ci, outrés par la situation en cours à l'établissement, voulaient l'aider.

En poursuivant la Villa du jardin fleuri, M. Bourassa espère avoir un impact sur la loi provinciale, voire sur la législation fédérale. «Mon but est d'avoir une loi et des gens pour la faire appliquer. Il semble qu'il faut écrire ça sur une feuille pour que ce soit compris. Ça prend des inspecteurs pour aller visiter», soutient-il. M. Bourassa a aussi rappelé que, conformément à un règlement adopté en 2013, les résidences pour aînés semi-autonomes comptant entre 100 et 199 unités peuvent garder aussi peu que deux préposés aux bénéficiaires pendant le quart de nuit. Selon lui, cette norme est inacceptable, étant donné la quantité de patients qui se retrouvent alors à leur charge. 

M. Bourassa était par ailleurs satisfait de voir le CIUSSS prendre des actions contre la Villa du jardin fleuri. «Je suis très content des mesures prises par le CIUSSS. C'est un pas concret vers l'avant, vers un changement. Ça va fermer la résidence, et mettre en lumière les actions des dirigeants. Il faut mettre un terme aux bassesses qu'ils font subir à leurs résidents. Mais pour mettre de l'ordre dans tout ça, il faut que d'autres alimentent la cause. Même le ministre Barrette pourrait intervenir», espère-t-il.

Au terme de l'entrevue, M. Bourassa a invité les gens qui connaîtraient d'autres victimes décédées dans l'une des résidences du groupe Delatyn à le contacter sur Facebook. «Je vais parler et travailler avec eux afin d'essayer de rendre une justice pour le tort qui a été causé», assure-t-il. Au final, M. Bourassa a mentionné que, malgré la douleur, il voulait honorer la mémoire de son père. «C'est la seule chose à laquelle mon père peut contribuer, car il est mort. On va essayer d'éveiller la population, mais c'est tout ce à quoi son décès peut servir», conclut-il.




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