Entrepreneuriat à Shawinigan: Morin demeure l'homme fort

Le maire de Shawinigan, Michel Angers.... (Sylvain Mayer)

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Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Sylvain Mayer

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Quatre mois après son discret départ du Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins de Shawinigan, Denis Morin demeure la référence dans ce domaine et il devrait poursuivre son implication à la Communauté entrepreneuriale, tout en travaillant à titre de directeur-conseil en entrepreneuriat à la Commission scolaire de l'Énergie jusqu'à sa retraite, en 2019.

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Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l'Énergie.

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Son avenir ne paraissait pas aussi clair en début d'année, en raison de nombreux témoignages d'employés et d'incubés qui n'en pouvaient plus de subir le style dictatorial et les sautes d'humeur de M. Morin. Le conseil d'administration du CEADS et la Ville de Shawinigan ont jonglé un bout de temps avec la patate chaude. Finalement, le 20 mars dernier, le comité exécutif de la Ville de Shawinigan adoptait une résolution pour autoriser «la terminaison du contrat de prêt de service entre la Commission scolaire de l'Énergie et le Centre local de développement de Shawinigan», sans plus d'explication.

Cette entente prévoyait que la CS de l'Énergie «prête» M. Morin au CLD afin qu'il occupe le fauteuil de directeur général du Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins. Cette nomination avait été annoncée par communiqué le 4 novembre 2014. 

Denis Morin a connu une ascension fulgurante à Shawinigan à partir du moment où le mot «entrepreneuriat» s'est intégré dans les discours de reconversion économique. Tous lui reconnaissent des qualités pédagogiques indiscutables dans ce domaine. Il se trouve à la source de nombreuses initiatives pour développer l'entrepreneuriat à Shawinigan et même ailleurs dans la région.

À l'intérieur du CEADS, son étoile brillait un peu moins. Il est défini comme un gestionnaire colérique, parfois porté sur le dénigrement et obsédé par le contrôle. Pendant deux mois, Le Nouvelliste a recueilli une quinzaine de témoignages d'employés, d'incubés et d'intervenants économiques qui ont subi ses foudres. Personne ne veut toutefois être identifié sur la place publique, de peur d'être ostracisé. Pour certains, le départ de M. Morin est accueilli comme une libération et il ne sert à rien de rebrasser des cendres parfois encore brûlantes.

Rien de dramatique  

Au début 2016, la Ville de Shawinigan a commandé un diagnostic organisationnel du CEADS au Groupe SCE de Trois-Rivières. Certaines conclusions exprimeraient «sans équivoque» les tensions entre M. Morin et plusieurs employés ou jeunes entrepreneurs. 

«Dans n'importe quel milieu, il peut y avoir des divergences d'opinion», fait remarquer Luc Arvisais, président du conseil d'administration du CEADS. «Une fois que c'est dit, c'est fini et on passe à autre chose.»

Le maire, Michel Angers, précise que ce diagnostic, comme il s'en commande régulièrement à la Ville, visait un «repositionnement». Il ne veut pas dévoiler ce que ce document mentionnait à propos du leadership de M. Morin. Mais il rappelle les circonstances de son arrivée au CEADS.

«Je lui ai pas mal tiré sur la manche pour qu'il prenne ce poste», confesse le maire. «J'ai insisté énormément, parce que nous étions en démarrage du centre d'entrepreneuriat, on voyait des opportunités. Denis est un homme avec beaucoup de rigueur. J'avais besoin qu'on se donne un nouvel élan.»

Le maire assure que les plaintes concernant les relations tendues n'ont pas joué un très grand rôle dans la décision de la Ville de mettre fin au prêt de service. En fait, la version des divers dirigeants interrogés sur ce dossier est bien accordée: M. Morin avait une lourde charge sur les épaules.

«Je le sentais fatigué», raconte M. Angers. «Il me disait que ça allait, mais à un moment donné, notre équipe de développement économique est arrivée au CEADS. Mon intention était qu'elle en prenne la charge. La disponibilité de Denis devenait de plus en plus restreinte et il fallait faire un choix.»

«À force d'accumuler, peut-être qu'il a eu des pertes de patience», avance le maire. «Mais rien de dramatique et ce n'est surtout pas la raison pour laquelle on lui a demandé de s'en aller. Il a bien fait son travail.»

Denis Lemaire, directeur général de la Commission scolaire de l'Énergie, fait remarquer qu'en deux ans et demi, le nombre d'entreprises à l'ancienne Wabasso est passé de sept à une soixantaine. Maintenant que le CEADS a pris son envol, M. Morin peut remettre ses vieilles pantoufles.

M. Lemaire prétend que son organisation n'a pas eu à gérer les allégations sur le comportement insinué. Du reste, il assure que Denis Morin possède un «dossier irréprochable» à la commission scolaire, où il a occupé des postes d'enseignant et de directeur d'école dans le passé.

«Nous avons fait un gros pas en avant à Shawinigan», observe-t-il. «Qu'il y ait eu des problèmes que je ne peux pas qualifier parce que je ne suis pas au courant, ça peut arriver, mais il ne faut pas que ça entache tout le progrès qu'il y a eu.»

En raison de ses fonctions, M. Morin peut être naturellement appelé à fréquenter le CEADS, même s'il n'assume plus sa direction générale. 

«Dans le cadre de rencontres qu'il organise pour la communauté entrepreneuriale, c'est normal que ça se fasse au centre d'entrepreneuriat», mentionne M. Arvisais. «Mais il n'a plus de bureau au centre d'entrepreneuriat. Son bureau est à la commission scolaire.»

Luc Arvisais, président du conseil d'administration du CEADS.... (Sylvain Mayer) - image 2.0

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Luc Arvisais, président du conseil d'administration du CEADS.

Sylvain Mayer

CEADS: un nouveau président à l'automne

Depuis le départ de Denis Morin du Centre d'entrepreneuriat Alphonse-Desjardins de Shawinigan, le mandat de gestion échoit au directeur du service de développement économique de la Ville, Luc Arvisais. Or, le même homme occupe la présidence du CEADS.

Le principal intéressé convient sans hésitation qu'il s'agit d'une situation temporaire.

«Nous allons faire des modifications au conseil d'administration», assure-t-il. «Ça ne peut pas être comme ça. Le président du conseil d'administration doit être quelqu'un d'autre et non pas moi, qui assume la gestion du centre d'entrepreneuriat. Les modifications se feront sans doute à l'automne. Ça a même été annoncé verbalement en conseil d'administration pour ne pas mêler les cartes.»

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, corrobore un changement dans un avenir prévisible.

«Éventuellement, il y aura un ajustement», indique-t-il. «Ce n'est qu'une question de temps.»

M. Angers avait annoncé, en janvier 2016, qu'il prendrait la présidence des conseils d'administration du DigiHub et du CEADS. Dans le premier cas, il a effectivement pris la relève de Nancy Déziel. La présidence du CEADS est toutefois demeurée à M. Arvisais.

«À un moment donné, notre objectif était de regarder pour ne former qu'une seule entité», explique le maire. «Mais le DigiHub a pris tellement d'ampleur que nous avons décidé de garder les deux entités juridiques, surtout que ça donne des opportunités en tant qu'organisme à but non lucratif, en subventions, par exemple. Mais essentiellement, ce sont les mêmes personnes.»

Difficile, pour le moment, de savoir qui prendra la place de M. Arvisais à l'automne. Chose certaine, si la tendance se maintient, un représentant de la Ville occupera cette fonction. 

M. Angers avoue candidement qu'il souhaite suivre de très près tout ce qui concerne les activités à l'ancienne Wabasso. En novembre dernier, la Communauté entrepreneuriale de Shawinigan s'est officiellement constituée en vertu de la Loi sur les compagnies. La présidence de cet organisme a été confiée à François St-Onge, directeur des communications à la Ville.

«La très grande majorité des montants d'argent (pour ces organisations) viennent de la Ville», rappelle M. Angers. «Nous avons construit le CEADS, nous le pilotons, nous mettons de l'argent pour le financement... Ce sont de beaux succès, mais les bailleurs de fonds sont plutôt rares.»

«Ce n'est pas une question de contrôle», ajoute-t-il. «Nous avons plusieurs partenaires autour de la table. Mais à la direction, j'ai voulu m'assurer qu'on se donne les orientations nécessaires pour se déployer.»




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