Inondations: «l'aide promise n'arrive pas»

Les sinistrés des inondations du printemps dernier devront... (François Gervais)

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Les sinistrés des inondations du printemps dernier devront être patients.

François Gervais

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Michel Lamy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les sinistrés des inondations du printemps dernier devront prendre leur mal en patience; le ministère de la Sécurité publique est littéralement débordé par l'ampleur de la tâche et l'analyse de l'ensemble des dossiers ne sera complétée que dans cinq semaines, selon le ministre Coiteux.

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Jean-François Blais

Stéphane Lessard

Martin Coiteux a convoqué les médias à la hâte, mardi matin, au lendemain de consultations publiques dans 17 municipalités où la grogne des sinistrés s'est bruyamment manifestée par moments. «On a bien entendu les citoyens qui sont préoccupés par rapport à la question des délais et, franchement, je les comprends. Ils ont vécu un drame très difficile», a reconnu le ministre lors du point de presse tenu dans le lobby de la Tour de la Bourse, là où est situé son bureau montréalais.

La grogne est toutefois loin de s'être estompée, notamment en ce qui concerne le décret sur les zones inondables du ministre Coiteux. «Je trouve ça décevant. C'est casser du sucre sur le dos des sinistrés, s'indigne Jean-François Blais, sinistré et instigateur du spectacle Inondés d'amour. L'aide promise n'arrive pas. J'ai trouvé que c'était une tactique sournoise de la part du gouvernement. Je me suis aperçu que le but premier du gouvernement était d'exproprier des gens.» 

«J'avais rencontré le premier ministre pendant la crise. Il m'avait dit qu'il n'oublirait pas les sinistrés une fois que les caméras porteraient leur attention ailleurs. Mais je croyais qu'il serait là pour nous aider à reconstruire, pas à démolir», note-t-il.

M. Coiteux a dit comprendre la frustration et l'impatience des sinistrés, mais il a précisé que son ministère avait embauché 90 personnes additionnelles au cours des dernières semaines pour traiter les dossiers. «On fait vraiment le maximum», a-t-il affirmé, invoquant l'ampleur inédite de la catastrophe naturelle - 5000 résidences inondées, 4000 personnes évacuées dans 278 municipalités - pour tenter d'expliquer les délais. 

Pour certains toutefois, cette explication ne suffit pas. «Compte tenu du fait que les gens étaient déjà dans le besoin, je trouve ça irrespectueux. Le gouvernement consacre sont temps à débattre sur les zones inondables, alors que les gens ont peur», remarque M. Blais. «Après avoir pris connaissance du décret, j'ai pensé aux gens de Gatineau et de l'Île Bizard, qui sont n'ont toujours pas accès à leur maison, et qui doivent se débrouiller sans la présence des autorités», ajoute le sinistré.

Inspections, rapports et attente

La Mauricie n'échappe pas aux retards annoncés par le ministre, alors que de nombreux riverains sont encore loin d'un retour à la normale. Claude Buisson, un sinistré d'Yamachiche, travaillait toujours sur son terrain lorsqu'il a été joint par Le Nouvelliste. Il a raconté avoir une imposante corvée de nettoyage à terminer, en plus de devoir s'attaquer à son terrassement et à son aménagement paysager. «J'ai 77 ans et je fais ça tout seul. J'ai cherché de l'aide, mais je n'en ai pas trouvé», a déploré M. Buisson. 

En fait, le riverain a expliqué devoir consacrer toutes ses journées au rétablissement de son terrain. 

M. Buisson a également mentionné que ses voisins avaient dû travailler jusqu'à la semaine dernière pour enfin finir de réparer les dommages causés par les inondations du printemps. 

Du côté de M. Blais, les choses avancent tout aussi lentement. «Dans mon quartier, c'est encore boueux. Tout le monde s'occupe tranquillement de son terrain. Par contre, je sens que les gens ont peur de réclamer. Est-ce à cause du décret? Je pose la question», laisse-t-il entendre.

En vertu des procédures prévues, les sinistrés doivent faire évaluer les dommages par un inspecteur reconnu par le ministère, attendre le rapport d'inspection qui évaluera l'étendue des dommages et les coûts nécessaires aux rénovations, puis demander un permis à la municipalité avant d'aller de l'avant. M. Coiteux a indiqué que, jusqu'ici, 92 pour cent des sinistrés avaient eu la visite d'un inspecteur, que 400 rapports d'inspection ont été remis aux citoyens et que les dossiers sont traités au rythme de 500 par semaine. Le ministère a également ouvert des bureaux permanents dans les régions les plus touchées, soit à Montréal, Rigaud et Gatineau pour répondre à toutes les questions des citoyens.

En ce qui concerne la Mauricie, la visite des inspecteurs semble toutefois se faire attendre. M. Buisson a d'ailleurs affirmé que ceux-ci n'avaient jamais cogné à sa porte. Plusieurs citoyens présents à l'assemblée consultative de lundi soir ont eux aussi fait un constat semblable. Décidé mais fatigué, M. Buisson a exprimé un état d'âme qu'il semble partager avec bien des citoyens du Québec. «Je sais que ça va finir, mais c'est long», a-t-il commenté.

«C'est la loi»

Par ailleurs, le ministre a rappelé que les restrictions de reconstruction prévues à la loi et qui existaient bien avant les crues du printemps dernier ne changeront pas: les résidences qui sont situées dans une zone 0-20 ans (probabilité de 5 pour cent qu'une inondation se produise chaque année) et qui sont considérées comme une perte totale ne pourront pas être reconstruites. «À l'heure actuelle, sans décret, personne n'a le droit de reconstruire une maison dans un secteur 0-20 ans lorsque c'est une perte totale. Personne. C'est la loi», a martelé M. Coiteux devant les journalistes.

Cette provision a provoqué la colère de nombreux citoyens, inquiets de ne pouvoir se réinstaller là où ils habitaient, notamment à Gatineau où certains disent craindre la disparition de quartiers entiers. M. Coiteux a cependant précisé que le projet de décret présenté en juin par son gouvernement pour gérer la situation de crise laisse une place aux circonstances exceptionnelles et que les consultations menées la veille feront partie de la réflexion entourant le décret qui doit être adopté à l'automne. «On peut s'attendre à ce qu'on ait un décret qui s'adapte à un certain nombre de considérations qui ont été soulevées lors des consultations, mais comme société, il faut s'assurer qu'on protège les populations.»

Il a d'ailleurs averti que Québec n'a aucune intention de jouer à l'autruche et «de permettre (à des municipalités) de faire comme si ce n'était pas des zones inondables et de reconstruire tel quel». «Il faut qu'on tienne compte de l'impact des changements climatiques sur la fréquence de tels épisodes d'inondation. On ne peut pas faire semblant que ça n'existe pas», a insisté le ministre.

Avec la collaboration de La Presse canadienne

Communication manquée, selon la CAQ

Au lendemain des consultations publiques sur le projet de décret sur les zones inondables du ministre Coiteux, plusieurs représentants de la Coalition Avenir Québec se sont plaints du déroulement de ces assemblées. Ils ont notamment critiqué le faible taux de participation aux réunions, et le manque de réponses de la part des porte-paroles du gouvernement.

Pour le député de Nicolet-Bécancour et leader parlementaire de la CAQ, Donald Martel, le gouvernement libéral a manqué aux règles fondamentales de ce genre de consultation. «Je trouve ça décevant que le gouvernement convoque les gens pour qu'ils posent leurs questions, mais qu'il ne soit pas en mesure de leur donner des réponses. M. Coiteux a promis de régler la situation rapidement. Pourtant, il semble qu'il y ait eu des problèmes en ce qui concerne la convocation. C'est un manquement de la part du gouvernemnt, car lors de ce genre de rencontres, les gens doivent être là», a-t-il remarqué.

D'autres députés de la CAQ se sont joints à M. Martel pour attaquer la gestion du parti Libéral. «C'est irrespectueux de la part du gouvernement libéral de convoquer les citoyens à des réunions où on n'a pas de réponses à leur donner. Je demande au ministre Coiteux de prendre les choses en main rapidement et d'annoncer ce que son gouvernement fera dans les prochaines semaines pour venir en aide aux sinistrés», a lancé Mario Laframboise, député de Blainville. «Arrêtons de parler aux sinistrés de décret, de règlement et de tout ce charabia bureaucratique, et donnons leur des réponses claires», a ajouté Sylvie D'Amours, députée de Mirabel. Notons que la CAQ a également repproché au gouvernement le fait que les sinistrés soient encore dans l'ignorance quant aux indemnités auxquelles ils auront droit. 

Fait surprenant, certains députés semblent ne pas avoir reçu d'information relative au décret avant la tenue des assemblées de lundi. M. Martel ignorait d'ailleurs encore la nature du décret lors de son entrevue avec Le Nouvelliste mardi après-midi. «Je vais attendre les détails avant de me prononcer sur le décret. Je n'ai rien reçu. Les choses n'ont pas changé, les libéraux improvisent, et ne passent pas de la parole aux actes», a mentionné M. Martel.




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