ABI: les étudiants... équivalents?

Les procureures de l'ABI ont pris la parole... (François Gervais)

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Les procureures de l'ABI ont pris la parole pendant de longues heures, mercredi, afin d'éviter à l'entreprise de perdre un procès qui pourrait lui coûter des millions de dollars.

François Gervais

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Albert Brunelle
Le Nouvelliste

(Montréal) Le salaire des étudiants de l'ABI passera-t-il à 40 $ de l'heure? C'est ce que tente d'éviter l'employeur alors que les avocates de la défense ont entamé leurs plaidoiries dans le dossier qui les oppose à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. La cause a pris naissance après le dépôt d'une plainte par 160 étudiants pour discrimination en raison de leur statut.

Mercredi, les procureures de l'aluminerie ont pris la parole pendant de longues heures afin d'éviter à l'entreprise de perdre un procès qui pourrait lui coûter des millions de dollars. Cherchant à obtenir un salaire égal aux employés réguliers, les étudiants, actuellement rémunérés à un taux horaire de 31 dollars, ont vu la défense s'opposer farouchement aux prétentions de leur avocat.

C'est Me Louise Laplante qui a ouvert les plaidoiries en opposant ses arguments à ceux des avocats de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. «Les étudiants n'ont jamais fait et ils ne feront jamais, jamais, jamais les mêmes tâches qu'un employé régulier», martèle Me Laplante. S'appuyant sur la documentation de l'entreprise, l'avocate a soutenu qu'aucun étudiant n'effectue plus de 80 % des tâches remplies par un employé régulier ou occasionnel.

Rappelons que l'avocat des étudiants, Me Drapeau, soutient que les étudiants ont droit au même salaire que les employés réguliers puisque, selon lui, ils effectuent un travail équivalent.

Toujours selon Me Laplante, le travail qu'ils effectuent ne peut pas non plus être considéré comme équivalent puisque les étudiants détiennent une formation moins poussée que celle des employés occasionnels. L'avocate a expliqué à la juge Magali Lewis que les plaignants ne sont formés que pour des travaux de base «parce qu'on sait qu'ils ne sont que de passage dans l'entreprise». 

La juge a alors questionné l'avocate sur la raison pour laquelle, pendant les deux premières semaines de formation, qui sont par ailleurs conjointes pour les deux groupes, ils ne sont pas rémunérés à la même hauteur. «Ce raisonnement me fait penser à celui qui justifiait le fait que les femmes étaient moins bien payées que les hommes parce qu'on savait qu'une partie d'entre elles allait éventuellement partir en congé de maternité», remarque la juge Lewis.

Après une tentative d'explication qualifiée par la juge «d'argumentation circulaire», Me Laplante a poursuivi ses plaidoiries en insistant sur les conséquences qu'a l'emploi d'étudiants sur l'organisation du travail dans l'entreprise. La procureure est revenue sur des éléments de preuve et a démontré que les étudiants sont trop peu formés pour faire partie de la rotation des postes à laquelle participent les employés occasionnels et réguliers. 

«J'ajoute deux personnes de plus par équipe parce qu'ils [les étudiants] ne peuvent pas faire le même travail que les réguliers. Quand je fais ma rotation, je change mes étudiants et après je change mes réguliers en prenant en compte le changement des étudiants. Les étudiants sont stabilisés au poste où ils sont formés et la rotation des autres employés se fait en conséquence », témoignait un responsable de l'organisation du travail à l'ABI cité par Me Laplante.

Prenant le relais, Me Caroline Jodoin a soutenu que la différence de salaire se justifie en raison de l'écart d'expérience entre les étudiants et les employés occasionnels. En effet, l'entreprise requiert un minimum de trois ans d'expérience pour les employés et une formation professionnelle alors que les étudiants n'ont qu'à présenter une preuve de retour aux études et avoir 18 ans. «Le nombre d'étudiants ne doit pas dépasser le nombre d'employés réguliers dans une équipe. Cela traduit une préoccupation liée à leur manque d'expérience», soutient Me Jodoin.

La procureure de l'ABI a aussi soutenu que même si la cour conclut que les travaux sont équivalents au sens de la loi, cette inégalité salariale doit, pour être corrigée, avoir été faite en raison de la condition d'étudiant des salariés. Selon l'avocate, la Commission n'a jamais fait la preuve à cet égard.

Les plaidoiries se poursuivront jeudi alors que la défense va tenter de convaincre la cour de rendre le syndicat aussi responsable en cas de défaite. Me Jodoin soutient notamment qu'en tant que cosignataire des conventions collectives ayant rendu possible l'écart salarial, le syndicat doit aussi être tenu de rembourser le manque à gagner aux étudiants. Rappelons que certains d'entre eux seraient éligibles à des remboursements de 35 000 $.

Une réplique des avocats de la Commission devrait clore le procès jeudi après-midi. La décision de la juge Lewis ne sera toutefois pas rendue avant un délai de six mois.




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