«On joue la survie du festival»

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Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite.

François Gervais, Le Nouvelliste

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(Saint-Tite) Le directeur général du Festival western, Pascal Lafrenière, n'est pas dupe: l'accident survenu dimanche lors de la finale canadienne de l'IPRA pourrait donner de nouvelles munitions à l'instigateur de la demande d'injonction visant à faire interdire le rodéo de Montréal et, du même coup, faire reconnaître les rodéos comme ne respectant pas la loi sur le bien-être et la sécurité des animaux.

Toutefois, M. Lafrenière se dit confiant que l'ensemble du protocole en vigueur prouvera à la cour que la loi est respectée et que l'activité se tient dans les règles législatives, en respectant le bien-être des animaux.

La demande d'injonction a été présentée une première fois lundi matin, au palais de justice de Montréal, et sera débattue le 16 juin.

Cette procédure judiciaire intentée par le professeur en droit de l'Université de Montréal Alain Roy visait d'abord la tenue du rodéo dans le cadre des fêtes du 375e anniversaire de Montréal, mais pourrait faire jurisprudence pour l'ensemble des rodéos sur le territoire québécois. À Saint-Tite, la fin des rodéos voudrait carrément dire la fin du festival.

«On veut préserver le sport, notre culture et une industrie qui génère 50 M$ de retombées économiques seulement pour Saint-Tite, mais aussi l'activité économique de 25 rodéos ailleurs au Québec. On joue la survie du festival. S'il n'y a plus de rodéos, il n'y a plus de Festival western de Saint-Tite. Ce sont 50 M$ de retombées économiques qui peuvent partir de la région», a fait savoir Pascal Lafrenière, en appelant notamment à une mobilisation régionale, mais également de toutes les associations équestres du Québec, de même que de toutes les organisations dont les activités mettent en valeur l'animal dans leurs activités et qui pourraient aussi être touchées par le jugement qui serait rendu.

«Nous sommes confiants que le juge entendra raison, comprendra qu'on respecte la loi. Lors du dépôt de l'étude du projet de loi, le ministre de l'époque Pierre Paradis nous a cités dans les audiences comme étant un précurseur, que la loi ne touchait pas les rodéos. Ça va nous aider», croit Pascal Lafrenière, qui reconnaît que l'accident de dimanche sera certainement utilisé comme nouvel argumentaire dans le cadre de ce débat juridique.

«Ça peut donner des munitions. Par contre, on n'a jamais dit que ça ne pouvait pas arriver. Mais c'est tellement rarissime comme blessure», rappelle M. Lafrenière, qui ajoute que ce sera au demandeur de faire la preuve que dans le cadre d'un rodéo, les animaux subissent de la maltraitance et que, du coup, le Festival western contrevient à la loi.

Alain Roy, professeur en droit de l'Université de... (La Presse photo Bernard Brault) - image 2.0

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Alain Roy, professeur en droit de l'Université de Montréal.

La Presse photo Bernard Brault

Alain Roy

De son côté, l'instigateur de la démarche judiciaire dit avoir appris avec tristesse l'événement survenu dimanche à Saint-Tite. Joint à Montréal lundi après-midi, Alain Roy indique cependant que l'événement ne change pas grand-chose à la demande, puisqu'il se disait déjà très conscient des risques de blessures associés au rodéo et que, de façon concrète, ces risques se sont tout simplement matérialisés dimanche.

«Ça s'ajoute aux données statistiques et à l'expertise du docteur Peggy Larson. On dénombre 80 décès d'animaux depuis 1986 au Stampede de Calgary. Plus de 150 vétérinaires au pays ont dénoncé la pratique. Ce n'est pas une démarche militante, mais qui relève d'une base scientifique», a commenté le professeur.

Alain Roy expose qu'à l'intérieur même du projet de loi, l'article 7 permettait de soustraire certaines activités aux dispositions de la loi, comme par exemple les activités de recherche, d'enseignement ou d'agriculture, y compris les foires agricoles. «Si on avait voulu soustraire le rodéo à cette loi, ça aurait été facile de l'inscrire dans le cadre de la loi», plaide-t-il.

Le professeur de droit comprend que les défenseurs de cette pratique invoquent le bon traitement et l'amour qu'ils portent aux animaux, mais croit que la société est tout simplement rendue ailleurs.

«Ce n'est pas la question de juger qui que ce soit, mais de réévaluer la pratique en fonction de nouveaux paramètres législatifs. Et qu'on plaide l'importance des retombées économiques de l'activité ne peut pas primer à partir du moment où une société se dote de normes d'ordre public comme une loi. La survie économique ne peut pas justifier qu'on contrevienne à cette loi», ajoute-t-il.

M. Roy soutient toujours que la pratique du rodéo exploite la peur de l'animal, notamment en surstimulant l'animal avec des attaches qui peuvent simuler, dit-il, l'attaque d'un prédateur.

«On nous dit que c'est arrivé dans son mouvement naturel, mais il n'y a pas un cheval qui va courir ou ruer comme ça seul dans un champ, sans aucune stimulation. Peu importe les précautions, les bonnes pratiques, il continuera d'y avoir des animaux blessés comme il y en a eu dans le passé, et ce, pour du divertissement», rappelle-t-il.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, affirme quant à lui que cela ne remet pas en question l'événement prévu au mois d'août.

«Ça ne change rien, mais on va attendre de voir ce qui a causé la mort de l'animal, mais on me dit que c'est très rarissime, [...] il peut y avoir des incidents aussi quand on fait du saut olympique avec les chevaux», a-t-il déclaré à Radio-Canada.




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