Des milliers de grévistes de la construction dénoncent la loi spéciale

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Une manifestation de travailleurs de la construction s'est tenue autour du parlement de Québec.

Le Soleil, Yan Doublet

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Caroline Plante
La Presse Canadienne

Les quelque 155 000 grévistes de la construction devront retourner au travail mercredi, comme le prévoit la loi spéciale du gouvernement Couillard, qui était en voie d'être adoptée lundi.

Le projet de loi 142 mettra donc fin à sept jours de grève dans le secteur de la construction. Il reconduit les conditions de travail actuelles des ouvriers, tout en leur accordant une augmentation de salaire annuelle de 1,8 pour cent. De plus, il relance les négociations en prévoyant une période de médiation de cinq mois, suivie d'un arbitrage en cas d'échec.

La pièce législative a été attaquée de toutes parts, lundi, alors que des centaines de travailleurs de la construction ont convergé à Québec pour protester.

Un imposant cordon policier anti-émeute était d'ailleurs en place dans le périmètre de l'Assemblée nationale pour prévenir les débordements. La foule, qui était par moments survoltée, a lancé plusieurs projectiles en direction des policiers sans jamais toutefois les heurter. Les manifestants se sont dispersés peu après avoir reçu des appels au calme de la part de leurs représentants syndicaux.

«Je pense que les parties devraient s'asseoir très sérieusement et prendre ça très au sérieux, cette seconde période de négociation», a déclaré la ministre du Travail, Dominique Vien.

La ministre a averti les parties syndicale et patronale qu'elles avaient jusqu'en octobre pour s'entendre, à défaut de quoi elle choisira elle-même les sujets litigieux qui seront soumis à l'arbitre.

Il n'en fallait pas plus pour que les deux parties se déclarent lésées, les syndicats jurant de contester la loi «inconstitutionnelle», tandis que les patrons dénonçaient les «cadeaux» faits aux travailleurs.

«On juge que c'est inéquitable», a lancé Éric Côté, porte-parole de l'Association de la construction du Québec (ACQ).

L'association, qui représente environ 17 000 entreprises privées, a indiqué que les patrons avaient fait de nombreuses concessions, entre autres sur la reprise volontaire des travaux le samedi à taux simple en cas d'intempérie et la conciliation travail-famille.

«Le processus dans lequel on est plongé par la suite devient très complexe et à notre avis, vient limiter notre possibilité de librement négocier des conditions», a ajouté M. Côté.

Le porte-parole de l'Alliance syndicale de la construction, Michel Trépanier, a affirmé qu'au contraire, la loi spéciale désavantageait les travailleurs.

«La loi est contestable et on va la contester. (...) Deuxième constat, dans la loi, il y a des vices sur le processus d'arbitrage. On donne des (orientations) à l'arbitre; pour nous c'est inacceptable», a-t-il déclaré, en ajoutant, sous le ton de la menace, que les travailleurs allaient s'en rappeler aux élections de 2018.

Enfin, l'augmentation de salaire fixée dans la loi se situe «en bas» des demandes des syndicats, qui étaient plutôt de l'ordre de 2,6 pour cent par année, a-t-il dit.

Clairement irrité d'avoir à intervenir dans un conflit privé, le premier ministre Philippe Couillard a fait part lundi de son intention d'aller éventuellement plus loin, et de revoir le processus de négociation dans le secteur de la construction.

«Il est clair que le processus est vicié. Le processus est vicié. Pourquoi? Parce qu'au fil des années, les parties en présence ont développé l'habitude, si je peux utiliser une expression bien de chez nous, de s'asseoir sur leurs mains et d'attendre que le gouvernement règle pour eux. Bien, ce coup-là, ce n'est pas de même que ça va se terminer», a-t-il dit en Chambre.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a quant à lui critiqué l'approche du gouvernement. Celui-ci a échoué à amener les parties à un règlement, a-t-il affirmé.

«La façon dont le gouvernement a trop tôt évoqué la menace d'une loi spéciale n'a pas incité les gens à régler. Alors c'est un gâchis, c'est une autre crise mal gérée par le gouvernement Couillard et par la faiblesse de son équipe gouvernementale», a-t-il dit.

Selon M. Lisée, le gouvernement a réussi à «doubler son échec» en présentant un projet de loi qui n'est pas équilibré. Le chef du PQ a assuré que son parti votera contre le projet de loi à moins que des amendements soient apportés.




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