Les pourvoyeurs à genoux

Les pourvoyeurs du lac Saint-Pierre sont maintenant confrontés... (Francois Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

Les pourvoyeurs du lac Saint-Pierre sont maintenant confrontés à un second moratoire de 5 ans annoncé, mardi, par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Francois Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Louiseville) Après avoir subi un moratoire de cinq ans sur la perchaude, puis une interdiction d'utiliser des menés vivants pour la pêche sportive, il y a quelques semaines, les pourvoyeurs du lac Saint-Pierre sont maintenant confrontés à un second moratoire de cinq ans annoncé mardi par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Plusieurs ne peuvent en encaisser davantage. Ils sont à genoux.

Tiré de l'avis du Comité scientifique sur la... - image 3.0

Agrandir

Tiré de l'avis du Comité scientifique sur la gestion de la perchaude, ce graphique montre l'évolution timide des stocks de perchaude depuis 2002.

«Je ferme, c'est définitif» annonce Yvan Paulhus qui, à Pierreville, avait pris avec son frère la relève de la Pourvoirie Paulhus fondée par leur père, Raymond, décédé il y a quelques jours.

En hiver, il y avait quelque 400 cabanes à pêche sur la glace, dans cette pourvoirie.

«La première fois qu'ils ont fait un moratoire sur la perchaude, mes revenus ont baissé de 50 %», raconte Yvan Paulhus.

Le coup fatal à l'entreprise familiale, fondée en 1970, c'est quand le gouvernement a annoncé, il y a quelques semaines, un interdit complet sur les menés vivants. Et l'annonce du deuxième moratoire, mardi, «ça a mis le clou dans le cercueil», confie-t-il.

Du côté de la pourvoirie Qui-Mauricie de Yamachiche, Claude Desaulniers ne sait pas encore s'il va fermer, mais il l'envisage très sérieusement. Lorsqu'il capturait des poissons appâts, dit-il, «on n'en finissait plus de démêler les petites perchaudes qu'il y avait dans les sennes».

Le pourvoyeur traîne sur lui des preuves de ce phénomène filmé à partir de son téléphone intelligent. Ce qui se passe sur le terrain, affirme-t-il, n'a rien à voir avec les énoncés des biologistes.

Claude Desaulniers possède 200 cabanes à pêche dont il ne saura probablement plus quoi faire bientôt.

«Le gouvernement a dédommagé les pêcheurs commerciaux» quand il a racheté des permis, il y a plusieurs années. «Je pense que l'industrie de la pourvoirie du lac Saint-Pierre devrait être dédommagée aussi», plaide-t-il. «Ils nous ont démolis», rage ce pourvoyeur de plus de 25 ans de métier.

Claude Desaulniers croit qu'il aurait été bien plus profitable de faire de l'ensemencement de perchaudes dans le plan d'eau et de sauver ainsi une industrie récréotouristique régionale de 10 millions $.

Comme plusieurs autres pourvoyeurs du Québec, il ne lui restait que la capture et la vente des menés vivants pour se faire quelques revenus. «Je venais à bout de survivre avec ça», dit-il. À cause du nouvel interdit sur les menés vivants, son gagne-pain est maintenant chose du passé.

«Je ne verrai plus ça, de la perchaude», raconte de son côté Roger Gladu, pourvoyeur de Saint-Ignace-de-Loyola. À 66 ans, ce dernier estime que «le lac Saint-Pierre est devenu une place de combats».

M. Gladu va tant bien que mal essayer de tirer son épingle du jeu pour quelques années encore, malgré les coups durs qui affligent les pourvoyeurs.

Dans son cas, il estime que l'effort de conservation mené par le ministère doit être fait. «Il faut donner une chance à la ressource», estime-t-il.

Le pourvoyeur espère toutefois de tout coeur que le gouvernement mettra bel et bien de l'argent pour restaurer les sites de reproduction de la perchaude. «Il faut qu'ils le fassent», insiste-t-il.

Une pétition de 8425 noms a été déposée, mardi, à l'Assemblée nationale par les députés Sylvain Roy, porte-parole de l'Opposition officielle en matière de forêts, faune et parcs, Stéphane Bergeron (Verchères) et André Villeneuve (Berthier).

Le député Roy a fait valoir que l'Ontario s'est assuré, en modernisant sa réglementation, que l'industrie du poisson appât ne soit pas affectée. Ici, au Québec, le ministre n'a même pas consulté les intervenants au dossier avant d'imposer sa décision qui affecte six régions, déplore-t-il.

L'avis du Comité scientifique sur la gestion de la perchaude du lac Saint-Pierre, rendu public cette semaine et qui a mené à la décision du ministre, indique que «le déclin de l'espèce, amorcé au milieu des années 1990, a pu être arrêté».

Selon ce document, ceci est dû à la réduction de la pression de pêche appliquée en 2008 (rachat de permis commerciaux) et à la protection des géniteurs par le biais du moratoire imposé en 2012.

«Malgré ces résultats positifs, la perchaude du lac Saint-Pierre et de son archipel demeure fragile», indique le rapport. Les perchaudes de 4 ans et plus subissent un taux de mortalité élevé malgré le moratoire et l'abondance des perchaudes de 1 et 2 ans «a diminué depuis 2002 par un facteur de 2 à 6, selon le secteur». L'aire de répartition est aussi très réduite, résume le comité.

Ces données s'appuient sur des pêches scientifiques à des endroits géoréférencés sur le fleuve entre 1971 et 2016 et sur des pêches commerciales supervisées par le ministère entre 2004 et 2016.

La population de perchaudes «est actuellement dans un processus de lente reconstruction et demeure dans un état préoccupant», indique le rapport qui parle aussi d'un «milieu détérioré» dans lequel les perchaudes évoluent, un milieu qui «nécessite des mesures concrètes» à grande échelle.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer