Perchaude: le moratoire prolongé de 5 ans au lac Saint-Pierre

Le moratoire sur la perchaude sera prolongé pour... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le moratoire sur la perchaude sera prolongé pour cinq autres années au lac Saint-Pierre.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Louiseville) Après cinq ans de moratoire sur la perchaude, le gouvernement du Québec a annoncé, mardi, qu'il prolongera le même moratoire pour cinq autres années encore.

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Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre et Marcel Bouchard, secrétaire.

François Gervais, Le Nouvelliste

Le président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre, Jean Lévesque, était furieux d'apprendre cette nouvelle puisqu'il avait eu l'occasion de plaider sa cause devant le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, jeudi dernier et de mettre en évidence les conséquences économiques graves pour la région d'une telle reconduction de la mesure.

«C'est une industrie de 10 millions $ qui va tomber», prévoit-il. «C'est la mort annoncée des centres de pêche.»

Flanqué du secrétaire de l'association, Marcel Bouchard, Jean Lévesque prévoit que des six pourvoiries qui ouvraient chaque hiver autour du lac Saint-Pierre, il n'en restera plus une seule d'ici à peine deux ans.

Peu à peu, elles ferment parce que la perchaude est interdite. Le nombre de cabanes à pêche a chuté du même coup de 47 %, entre 2013 et 2017, selon l'Association.

L'Association tient à saluer, malgré tout, le travail effectué dans ce dossier par le député Marc H. Plante même si ce dernier n'aura pas gagné sa cause, au bout du compte. Le député a avoué d'ailleurs bien ouvertement au Nouvelliste qu'il est «déçu», lui aussi, de la décision, mais signale que le ministre laisse une porte entrouverte pour une possible réouverture avant cinq ans.

C'est que selon les travaux du professeur Pierre Magnan de l'UQTR, qui préside le Comité scientifique sur la gestion de la perchaude, il y aurait eu une légère augmentation de la perchaude au cours des cinq dernières années. Le moratoire aurait donc eu du bon, mais pas encore assez, constate le député.

«C'est sûr qu'il faut prendre le constat de l'étude qui a été réalisée par M. Magnan. Par contre, je suis un petit peu abasourdi, comme les pêcheurs», dit-il, en ajoutant que si la population de perchaudes s'améliore, il y aurait peut-être possibilité de mettre fin au moratoire avant cette date.

«Je crois que le ministre a bien entendu les revendications des pêcheurs, tant au niveau du cormoran (un très gros consommateur de perchaudes) que d'autres espèces envahissantes qui peuvent nuire à l'habitat de la perchaude. Donc, j'ose croire qu'il y aura peut-être d'autres nouvelles annoncées sous peu au niveau de ce que les pêcheurs ont dit», prévoit le député.

L'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre conteste fermement les données scientifiques qui ont mené à cette décision.

Le Réseau de suivi ichtyologique du ministère prenait des relevés à des périodes de l'année, à des rythmes et à des moments où la perchaude était absente, affirme l'Association des pêcheurs. Sur le terrain, les usagers du lac Saint-Pierre racontent une histoire bien différente de celle des biologistes de ce réseau. 

«Il y a plus de perchaudes au lac Saint-Pierre qu'en 2002», assure pour un Marcel Bouchard qui dit connaître le lac Saint-Pierre au point de pouvoir en dessiner le fond.

En 2013, alors que les biologistes parlaient d'une situation catastrophique pour la perchaude, pas moins de 1168 perchaudes ont été remises à l'eau à la pourvoirie Lemire et 1053 dans la pourvoirie Qui-Mauricie, illustre M. Lévesque en présentant les résultats d'une étude réalisée par son association cette année-là. 

Les quatre autres pourvoiries affichaient toutefois des résultats moins encourageants de 13, 7, 11 et 18 perchaudes capturées, ce qui semble démontrer une variabilité de la distribution de cette espèce.

L'Association avait alors demandé à tous les clients des pourvoiries du lac Saint-Pierre de remplir une fiche sur laquelle ils devaient indiquer des informations comme le nombre de prises, l'espèce, l'endroit de la capture, la longueur et autres.

«On a constaté que le nombre de prises avait augmenté même dans les secteurs où il n'y a pas habituellement de perchaude», raconte M. Lévesque.

L'étude avait aussi démontré qu'en 2012, 50 000 pêcheurs avaient fréquenté le lac Saint-Pierre en hiver et fait des dépenses de 11,29 millions $ tandis qu'en 2016, en plein moratoire, leur nombre avait chuté à 24 500 et les dépenses de pêcheurs, à 5,09 millions $.

L'Association estime connaître mieux la situation que les biologistes du ministère «parce que nous sommes sur le terrain et que nous aussi, nous avons mené nos études», dit-il.

«On demande la suspension du nouveau moratoire», dit Jean Lévesque au nom de son association, persuadé que le ministère «ne connaît pas vraiment la biomasse du lac Saint-Pierre.»

«On veut un portrait réel et réaliste de la situation», dit-il.




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