Delastek: deux ans en grève... et toujours l'impasse

La roulotte des grévistes de Delastek est occupée... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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La roulotte des grévistes de Delastek est occupée 24 heures par jour et les messages s'accumulent à l'extérieur depuis 24 mois.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) «C'est comme dans la vie, il y a des hauts et des bas. Mais on garde le moral. Et ce qu'on veut, c'est le respect».

Deux ans de conflit de travail chez Delastek.... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.1

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Deux ans de conflit de travail chez Delastek.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Voilà comment l'un des syndiqués de Delastek traduit, sous le couvert de l'anonymat, l'état d'âme des troupes, et ce, deux ans après le déclenchement de la grève.

D'ailleurs, la roulotte, située à proximité de l'usine, est devenue une sorte de seconde maison pour la cinquantaine de travailleurs concernés. Ils s'y relaient par petit groupe, à tour de rôle, 24 heures par jour, sept jours sur sept.

«On s'aperçoit qu'on est une famille», lance-t-il, dans un environnement devenu plutôt confortable.

Amorcé le 1er avril 2015, ce conflit est le deuxième plus long qui soit en cours au Québec. Vingt-quatre mois plus tard, le président Claude Lessard dit évaluer toutes les possibilités pour l'avenir de sa production à Shawinigan alors que les négociations sont «au point mort».

«C'est sûr que je ne peux pas rester en grève comme ça ad vitam aeternam. Est-ce leur point de m'étirer pour me faire plus de torts tantôt? Je n'aime pas le terme déménager la production. Présentement, la mondialisation des marchés nous force à baisser nos coûts pour être plus compétitifs. On n'a pas le choix, on est face à ça.

Une fois le conflit réglé, on va évaluer les besoins qu'on a au niveau de la production, et à partir de là, on va rappeler le monde qu'on a besoin. Je ne m'en cache pas que ça peut arriver qu'il y en ait moins. Sinon, je ne serai pas plus compétitif», a-t-il indiqué en entrevue au Nouvelliste.

Non seulement s'attendait-il à un règlement plus rapide, depuis le 1er avril 2015, mais il pensait également que la question salariale serait au coeur du litige. «Il fallait renégocier les salaires, mais ils n'en ont pas parlé en deux ans», fait remarquer le grand patron.

C'est que le différend se situe plutôt au niveau du départage entre le moment où le travail de recherche et développement commence et où il se termine pour passer en mode production. 

Or, Claude Lessard s'en remet à un jugement qui, dit-il, confirme la bonne façon de faire de l'entreprise.

«Ils ne veulent pas le prendre alors qu'on veut intégrer une espèce de formulaire, un outil de communication, qui leur dit où est rendue la pièce, quand elle est en production et quand elle doit retourner en recherche et développement s'il y a des modifications.

Cela aurait été réglé une fois pour toutes. Moi, je veux me protéger par rapport à ça, vu que le jugement était clair. Ça ne me le dit pas d'être en conflit tout le temps. D'habitude, je suis un gars de solution et j'essaie d'avancer», poursuit-il.

Celui-ci dit avoir l'impression que «ce n'est plus un combat entre Delastek et ses employés, mais la recherche et développement au Québec versus la syndicalisation».

«J'ai l'impression que le débat est rendu là. Veulent-ils en faire un exemple, une porte d'entrée? J'essaie d'analyser ça de tous les bords parce que je trouve ça tellement illogique. J'ai l'impression qu'ils gardent le monde en otage. Mais ce n'est pas à moi à en décider. J'aimerais bien qu'on puisse progresser, mais ils tiennent mordicus à la recherche et développement», ajoute le dirigeant de Delastek.

Rappelant que la cinquantaine de personnes présentes à l'intérieur de l'usine du secteur Grand-Mère étaient là avant la grève, M. Lessard précise que «ce sont des produits en développement, pas finalisés».

«On parle davantage d'une production à l'automne, ça dépend toujours comment ça va. Présentement, on produit la production avec nos cadres et le développement se fait comme dans les 30 dernières années. On l'a toujours fait de la même façon, ce qui permet de passer à travers. On a aussi resserré notre modèle d'affaires. On faisait beaucoup de choses, mais on en a donné certaines en sous-traitance, ce qui a libéré mes cadres pour pouvoir travailler sur des pièces qui sont plus notre core business», explique-t-il.

Par ailleurs, ce dernier se défend bien de recourir à des briseurs de grève. «L'autre fois, ils ont fait leur show médiatique, mais ça n'a rien donné. Ils voient des chars dans le stationnement, mais j'ai une cinquantaine de personnes à l'intérieur. Je ne sais plus comment leur dire que c'est la majorité de mes pièces qui sont en développement», martèle l'homme d'affaires.

Depuis 24 mois, Delastek poursuit tout de même sa croissance via, entre autres, un bureau en Chine. «Malgré tout, ça va relativement bien même si ce n'est pas tout le temps rose. On a peut-être mauvaise presse au Québec à cause du conflit, mais à l'international, c'est le fun parce que ça bouge. Mais c'est du long terme», souligne M. Lessard.

Selon lui, l'impasse dans les pourparlers l'empêche d'être optimiste par rapport à un dénouement prochain.

«Je l'ai dit il y a deux ans, ce n'est pas moi qui ai décidé de tomber en grève, c'est eux autres qui sont sortis. J'ai probablement mes torts, mais à un moment donné, il faut mettre de l'eau dans notre vin et se parler. Présentement, il semblerait qu'on n'en soit pas là.

J'ai une volonté de progresser dans ce dossier et j'aimerais ça le mettre en arrière de moi. Si, pour eux, c'est juste une question de syndicalisation, d'après moi, on n'y arrivera jamais. Voudront-ils rester là encore des années? Qu'ils isolent leur roulotte et qu'ils se mettent l'air climatisé cet été. Le beau temps arrive, peut-être voudront-ils rester dehors pour se faire griller», a-t-il conclu.

Claude Lessard, president de Delastek.... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 2.0

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Claude Lessard, president de Delastek.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

«C'est hyper désolant»

«Après deux ans, c'est hyper désolant. On va continuer à soutenir nos travailleuses et travailleurs de Delastek pour solutionner ce conflit.» Voilà comment le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné, a souligné les deux années de grève à l'entreprise de Shawinigan.

Selon lui, les donneurs d'ouvrage sont les vrais coupables en soutenant une compagnie qui «continue à produire avec des scabs».

«Si les donneurs d'ouvrage voulaient que ce conflit se règle, ils mettraient la pression nécessaire sur Delastek pour qu'il s'assoit à une table de négociation afin qu'on mette fin à ça. Comment peux-tu installer des pièces sur la CSeries et prétendre aux inspecteurs que c'est en recherche et développement lorsqu'on sait que nos confrères, les machinistes, les installent», fait-il remarquer.

Déjà en février dernier, les représentants syndicaux s'expliquaient mal comment Bombardier arrive à construire un appareil avec des pièces qui en seraient, selon les dires du sous-traitant Delastek, à l'étape de la recherche et du développement. Ils voulaient alors se servir du géant de l'aéronautique pour démontrer le recours à des briseurs de grève à l'usine du secteur Grand-Mère et forcer un règlement.




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