Alain Piché, dix ans après: un crime qui a marqué la région

Alain Piché avait été arrêté et emmené pour... (Stéphane Lessard)

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Alain Piché avait été arrêté et emmené pour sa comparution quelques heures après que les corps de ses parents eurent été découverts, décapités, dans un congélateur.

Stéphane Lessard

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(Trois-Rivières) Il y a dix ans, se jouait à l'intérieur d'une petite maison de la rue Milot, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, un terrible drame qui est passé à l'histoire des faits divers à Trois-Rivières. Alain Piché, un comptable de profession qui souffrait de schizophrénie paranoïde, a froidement assassiné à coups de hache ses parents, Gaétan et Lucie Piché, avant de les décapiter et de les placer dans un congélateur. C'était le 21 mars 2007.

Julie Martel, la cousine d'Alain Piché, déplore que... (Archives Le Nouvelliste) - image 1.0

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Julie Martel, la cousine d'Alain Piché, déplore que la famille n'ait jamais reçu de soutien dans cette épreuve.

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Ce crime d'une rare violence avait d'ailleurs marqué l'imaginaire de la population dans les mois et les années qui ont suivi, alors que les détails entourant le meurtre allaient être dévoilés tout au long des nombreuses procédures judiciaires qui ont été entreprises contre Alain Piché. L'homme, toutefois, a été reconnu non criminellement responsable de son geste pour cause de troubles mentaux. Il a séjourné au pavillon Sainte-Thérèse de l'hôpital de Shawinigan, puis à l'Institut Philippe-Pinel après avoir été reconnu coupable de crime d'incendies à Sainte-Thérèse. 

En effet, deux ans après son crime et quelque temps après s'être vu refuser, par la Cour d'appel, de pouvoir bénéficier de sorties, il avait mis le feu dans une salle de bain de l'établissement. Son transfert vers l'institut Philippe-Pinel a été fait quelques semaines après ces événements, et son dossier est depuis réévalué chaque année par la Commission d'examen des troubles mentaux. 

Dix ans après les événements, Alain Piché est toujours sous la responsabilité de la Commission d'examen des troubles mentaux, mais ne réside plus à l'Institut Philippe-Pinel. Lors de son dernier passage devant cette commission, le 6 avril 2016, il était toujours soumis à certaines conditions, «considérant que la personne accusée représente, en raison de son état mental, un risque important pour la sécurité du public», indique le jugement.

Ainsi, Alain Piché doit résider dans un endroit approuvé par le responsable de l'hôpital, il doit se conformer au plan de traitement de son médecin, il doit garder la paix et ne peut pas se procurer d'armes. Il ne doit pas, en outre, contacter les membres de sa famille sauf par l'intermédiaire d'un avocat ou d'un notaire.

Selon nos informations, il habite présentement dans une ressource intermédiaire de la région de Montréal.

Famille

Pour les membres de la famille d'Alain Piché, ces conditions sont pourtant loin de suffire à les rassurer. Sa cousine, Julie Martel, est catégorique: même après dix ans, la crainte est toujours aussi présente pour elle, son frère ainsi que ses parents, dont sa mère qui était la soeur de Lucie Piché. «Mes parents ont déménagé depuis le temps pour être certains que mon cousin ne possédait pas leur adresse. Ici, moi, j'ai un bon système d'alarme. Mais ça a beau faire dix ans, nous ne pourrons jamais tourner la page tant qu'il sera encore en vie. Je n'ai jamais pu dormir sur mes deux oreilles depuis que c'est arrivé», confie Julie Martel, qui indique qu'au moment de sa paranoïa, toute son agressivité était tournée vers les membres de sa famille. 

Au cours du procès, il a été établi que M. Piché était convaincu d'être mandataire d'une mission divine lorsqu'il a décapité ses parents. Selon les articles publiés à l'époque, il voulait éviter le génocide de cinq millions d'individus établis au sud de la France et, avant de les rejoindre, il était convaincu de devoir couper tout lien qui le rattachait au Canada.

Depuis ce jour, la famille dit n'avoir jamais pu recevoir l'assurance qu'il ne représentait pas un réel danger pour eux. Mais surtout, jamais, disent-ils, ne se sont-ils sentis écoutés, considérés et respectés dans le processus judiciaire. «Une seule fois, on a pu s'exprimer pendant cinq minutes sur les impacts que ça avait eus sur notre vie, mais notre témoignage n'avait pas été considéré dans la décision. Il n'y a jamais eu de cellule de crise mise en place pour aider la famille. On n'a reçu aucune aide. Nous n'avons jamais été considérés», déplore Julie Martel.

La famille avait d'ailleurs intenté des recours afin qu'Alain Piché ne puisse toucher l'héritage de ses parents, l'estimant indigne de le faire. La Cour supérieure leur avait donné raison, mais un jugement de la Cour d'appel avait renversé cette décision. 

Devant les démarches et les coûts astronomiques que ça pouvait représenter, la famille avait choisi de ne pas porter la cause devant la Cour suprême. Alain Piché a donc hérité de la maison, qui a été vendue en 2011. Il a aussi hérité des voitures et des dizaines de milliers de dollars placés par ses parents au fil des années.

«C'est rien pour nous rassurer, car c'est un malade avec de l'argent. Aujourd'hui, on nous dit qu'il se trouverait dans la région de Montréal, mais nous savons aussi qu'il bénéficie de sorties non supervisées environ 12 heures par jour. Pour un sociopathe comme lui, ce n'est rien pour nous rassurer», constate Julie Martel.

Un individu «qui a évolué»

Le crime qu'a commis Alain Piché le 21 mars 2007 a certainement marqué la carrière du procureur de la Couronne, Jean-François Bouvette, qui a été affecté au dossier alors que l'individu était pris en charge par la Commission d'examen des troubles mentaux, l'année suivant son crime. Toutefois, depuis toutes ces années, le procureur estime que l'individu a évolué positivement, même s'il ne peut être considéré comme complètement réhabilité.

Procureur dans la région depuis 1990, Me Bouvette convient que ce dossier a frappé l'imaginaire collectif et ne se souvient pas d'avoir eu à traiter d'un crime d'une aussi grande violence. «Ça frappe l'imaginaire de par son ampleur, car il y a quand même deux victimes, mais aussi du fait qu'elles ont été décapitées. On voit parfois des dossiers où les victimes ont des blessures par arme à feu ou par arme blanche. Là, c'était particulier», mentionne Me Bouvette.

Par contre, s'il se replace à l'époque et voit l'évolution du dossier de M. Piché depuis ce temps, le procureur estime que l'homme a fait beaucoup de chemin. «Il ne représente plus le danger qu'il pouvait représenter à l'époque. Avec les conditions qui lui sont imposées et la prise de sa médication, la Commission estime qu'il représente un danger assumable. Personnellement, j'ai vu une évolution positive chez cet homme. Son expression est différente, il semble avoir eu une prise de conscience sérieuse de sa problématique», convient Jean-François Bouvette.

Alain Piché aurait mentionné lui-même à la Commission d'examen des troubles mentaux qu'il croit qu'il aura besoin d'un suivi toute sa vie, se souvient Me Bouvette. Preuve, selon le procureur, qu'une certaine prise de conscience a été faite chez l'individu. «Il a souvent dit qu'il ne voulait pas revenir dans la région, que c'était hors de question pour lui. Il ne souhaite pas non plus retourner sur le marché du travail, car ça représentait un élément très stressant pour lui. Il semble aussi conscient que la prise de sa médication est essentielle pour lui. Selon moi, ça demeure une évolution positive pour un individu comme Alain Piché», constate-t-il.

Pour l'instant, l'homme demeure sous la juridiction de la Commission d'examen des troubles mentaux, avec une révision annuelle de son dossier. Il pourrait d'ailleurs en être ainsi toute sa vie, à moins que la Commission en décide autrement, selon l'évolution de sa condition.

Le fil des événements

22 mars 2007: Les corps de Gaétan et Lucie Piché sont retrouvés décapités dans le congélateur de leur résidence de la rue Milot dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Leur fils Alain est arrêté et est accusé du double meurtre de ses parents.

3 août 2007: Piché est déclaré apte à faire face au système judiciaire après une évaluation menée par la médecin-psychiatre Marie-Frédérique Allard.

9 août 2007: Le tribunal ordonne que Piché subisse une évaluation psychiatrique afin de déterminer sa responsabilité criminelle au moment du crime.

4 juillet 2008: Le juge Claude C.-Gagnon déclare Piché non responsable pour troubles mentaux du double meurtre de ses parents. L'accusé croyait qu'il était mandataire d'une mission divine lorsqu'il a commis ce crime. Il est envoyé au pavillon Sainte-Thérèse de Shawinigan.

7 novembre 2008: La Cour supérieure ordonne que Piché ne puisse toucher l'héritage de ses parents à la suite d'une requête présentée par plusieurs membres de sa famille.

Janvier 2009: L'ex-comptable a eu droit à quelques sorties supervisées. Il en a même profité pour retourner à la maison familiale où il a décapité ses parents.

27 février 2009: Piché voit son droit à des sorties supervisées être suspendu par la Cour d'appel.

19 août 2009: La Commission d'examen des troubles mentaux décide que Piché ne pourra plus bénéficier de sorties, supervisées ou non. La Cour d'appel avait suspendu ces sorties plusieurs mois auparavant.

3 février 2010: Piché est reconnu coupable d'avoir allumé un incendie dans une salle de toilette du pavillon Sainte-Thérèse à Shawinigan au cours du mois de mars 2009. Il a obtenu un sursis de sentence pour ce crime.

4 février 2010: La Cour d'appel renverse une décision de la Cour supérieure selon laquelle Piché avait été jugé indigne d'hériter de ses parents.

Mai 2012: La Commission d'examen des troubles mentaux décide que Piché devra demeurer détenu à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal. Il aura cependant droit à des sorties sans accompagnement.

Mars 2013: Après un appel déposé par la Couronne, la Cour d'appel resserre les conditions de détention et de sorties de Piché afin d'assurer la sécurité du public. Dans sa décision, elle a conclu que la Commission d'examen des troubles mentaux avait rendu une décision déraisonnable.




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