Les initiations: la mauvaise cible

Sandrine Ricci, coauteure du rapport, était l'invitée lundi... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Sandrine Ricci, coauteure du rapport, était l'invitée lundi du Groupe d'actions femmes de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Lorsqu'elle en viendra à adopter une loi-cadre pour contrer les violences à caractère sexuel dans les milieux universitaires, la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, aura intérêt à ne pas se tromper de cible.

Une étude indépendante réalisée sous la direction de Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal, vient en effet de démontrer que les fameuses initiations sur les campus, qui ont fait les manchettes l'automne dernier, ne comptent que pour 12 % des contextes dans lesquels surviennent les agressions, la coercition et le harcèlement sexuel.

C'est plutôt au cours d'activités sociales, fêtes, 5 à 7 et autres événements du genre (sauf les initiations) qui se déroulent en lien avec l'université qu'on observe le plus de cas de violences sexuelles (47,4 %), indique le rapport Enquête, sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU).

Pas moins de 38,7 % de ces agressions surviennent aussi lors d'activités d'enseignement ou d'études, a souligné lundi Sandrine Ricci, chargée de cours au département de sociologie de l'UQAM et coordonnatrice du Réseau québécois en études féministes.

Fait pour le moins intéressant, ce genre de violence ne survient dans un contexte sportif qu'à 3,6 % (toujours excluant les initiations). Les initiations sportives, elles, ne comptent que pour 1 %.

Mme Ricci était l'invitée, lundi, du Groupe d'actions femmes de l'Université du Québec à Trois-Rivières où elle a présenté une conférence sur cette étude.

Elle a tenu à souligner que six universités avaient été invitées à y participer. Seulement quatre ont collaboré. «Certaines se sont montrées très rébarbatives», a-t-elle indiqué sans toutefois les nommer.

Son université, l'UQAM, a toutefois pris la chose au sérieux, allant jusqu'à envoyer à trois reprises, à la communauté universitaire, le courriel de recrutement pour le sondage qui a mené aux résultats de cette étude, des données difficiles à pondérer, toutefois, à cause de la non-collaboration de deux institutions, dit-elle.

Le sondage a reçu quelque 12 000 réponses. Toutefois, seulement 9284 d'entre elles ont été retenues, les autres n'ayant été remplies que partiellement.

Il en ressort que 46 % des répondants sont des étudiants de premier cycle. La question des violences sexuelles touche aussi les autres étudiants, les professeurs, les employés et même les cadres des campus participants. Plus de femmes que d'hommes ont répondu.

Par violences sexuelles, on entend toute une fourchette d'actions, de l'attitude dégradante au viol en passant par la coercition. Une personne sur trois indique avoir vécu au moins une situation de harcèlement sexuel, de comportement sexuel non désiré ou de coercition sexuelle par une autre personne affiliée à l'université depuis qu'il ou elle y travaille ou y étudie.

Le harcèlement sexuel est la forme de violence sexuelle qui domine chez 36,9 % des répondants.

Depuis leur arrivée à l'université, 58,2 % des répondants ont vécu une forme de violence sexuelle et 34,9 % en ont vécu deux formes.

Les gestes en question ont été commis principalement par les étudiants (70,2 %), comparativement à 25,6 % par des professeurs, 16,6 % par des employés et 5,3 % par des cadres. Le statut hiérarchique de l'agresseur était soit équivalent à celui de la victime (78 %) ou supérieur (30,3 %).

La tendance lourde est de culpabiliser les victimes en leur reprochant de ne pas en parler, raconte Mme Ricci. Il appert en effet que le tiers des victimes ne dévoileront jamais ce qui leur est arrivé et 90 % n'ont fait aucune dénonciation aux instances de leur université. Pendant ce temps, une personne sur six est témoin de ces violences et une sur cinq a reçu des confidences à cet effet.

Cet immobilisme est loin d'être nouveau. Mme Ricci a en effet montré à son auditoire une coupure du journal La Presse datant de 1989 qui titrait, à propos des violences sexuelles sur les campus universitaires, qu'elles sont «un secret bien gardé».

Le rapport ESSIMU se termine avec 15 recommandations en six axes.

Il faut d'abord des lois, tant fédérales que provinciales, et des politiques institutionnelles pour lutter contre les violences sexuelles, propose-t-il.

Il faudra aussi assurer un environnement physique sécuritaire sur le campus. Des campagnes de sensibilisation devront être tenues et de l'éducation dispensée. Les personnes appelées à intervenir dans ce genre de situation devraient être formées et une ressource spécialisée devrait être mise à la disposition de l'ensemble de la communauté universitaire.

Le rapport ajoute qu'il faut responsabiliser les individus qui commettent ces gestes et financer les groupes de recherche en milieu universitaire qui se consacrent à l'étude du phénomène des violences sexuelles.




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