À vendre... sans haute vitesse!

Nancy Marchand et François Major aimeraient bien pouvoir... (Sylvain Mayer)

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Nancy Marchand et François Major aimeraient bien pouvoir vendre rapidement leur maison, mais l'absence du service Internet haute vitesse est un véritable handicap pour eux.

Sylvain Mayer

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(Saint-Maurice) Nancy Marchand, une résidente de Saint-Maurice, a eu une bien mauvaise surprise en début de semaine lorsqu'elle a appris que la vente de sa maison n'aboutirait pas parce que l'acheteur venait de réaliser qu'il n'était pas possible, à cette résidence, de s'abonner à un réseau offrant une connexion Internet haute vitesse.

La maison de Nancy Marchand, située sur le rang Saint-Félix à Saint-Maurice, est à vendre depuis deux ans. Récemment, un acheteur sérieux a manifesté de l'intérêt. En tout début de semaine, l'offre d'achat était sur le point de se remplir lorsque l'acheteur s'est finalement retiré. «Mon agente avait préparé les papiers. Mais à la dernière minute, il n'y a pas eu d'offre. La personne travaille de la maison et avait besoin de pouvoir se connecter à un service haute vitesse. Sauf qu'ici, nous n'avons pas ce service», explique Mme Marchand.

Très déçue de voir la vente ne pouvoir se conclure que sur ce détail, Mme Marchand a commencé des démarches afin d'obtenir des réponses de la part des différents fournisseurs du service Internet haute vitesse. Aucun n'offre le service à cet endroit, et l'Internet de base accessible grâce à une antenne demeure la seule option disponible. Même Bell, qui a étendu récemment son réseau de fibre optique à plusieurs régions du Québec, a arrêté son service à 1,1 km de la maison de Nancy Marchand. «Ils ne peuvent pas me dire s'ils vont oui ou non continuer un peu plus loin dans le futur. On n'a aucune garantie», explique-t-elle.

Pour la propriétaire, qui attend depuis deux ans de vendre sa résidence, cette situation est totalement illogique et incompréhensible. «On est en 2017! On envoie des humains sur la lune, mais on ne peut pas me connecter à Internet haute vitesse dans mon rang», déplore-t-elle.

Pas avant 2018

Vérification faite auprès de Bell Canada, le service n'est effectivement pas disponible à cet endroit, pas plus que pour Vidéotron d'ailleurs. Les résidents de cet endroit pourraient cependant obtenir le service en 2018 avec la fibre optique de Bell.

«Bell a investi près de 50 millions $ pour déployer son réseau de fibre optique jusqu'au domicile (FTTH) dans la région de la Mauricie. Une grande partie du territoire est déjà couvert et nos équipes continuent leur travail pour brancher la majorité de la population de la région. En raison des coûts élevés du déploiement dans certains secteurs, certains endroits, comme une partie du rang Saint-Félix à Saint-Maurice, seront desservis en 2018», a fait savoir Caroline Audet, responsable des relations avec les médias chez Bell.

À la Municipalité, le maire Gérard Bruneau indique qu'il comprend la déception de la dame, et rappelle d'ailleurs qu'un projet est actuellement à l'étude au niveau de la MRC des Chenaux, en collaboration avec Cogeco, pour évaluer la possibilité d'étendre le service aux secteurs qui ne sont pas couverts par Internet haute vitesse. Une subvention serait possiblement disponible auprès du gouvernement fédéral pour y parvenir, mais le projet est encore à l'étude et on est loin de la coupe aux lèvres, précise-t-il.

«À Saint-Maurice, nous sommes une des municipalités les plus couvertes, pourtant. Vidéotron couvre près de 70 % de notre territoire. Avec l'arrivée de Bell Fibe dernièrement, d'autres secteurs ont aussi été connectés. Mais en effet, cette portion de la municipalité n'est pas couverte, et c'est bien dommage pour les résidents de cet endroit. Je comprends la déception de la dame», indique le maire, qui précise que les entreprises privées ont toujours le choix de cesser d'offrir un service là où ils jugent que la rentabilité ne sera plus au rendez-vous.

Immobilier

À la Chambre immobilière de la Mauricie, on constate que la présence d'Internet haute vitesse peut être un enjeu qui fasse la différence au moment de la vente d'une propriété. Selon son président, Hassan Chellah, les documents relatifs à la déclaration du vendeur ont d'ailleurs été modifiés en ce sens il y a environ 7 ans.

«En 2010, les documents ont été changés, et maintenant le vendeur doit inscrire le fournisseur du service Internet dans la déclaration du vendeur. Ça fait partie des informations essentielles à connaître au moment de l'achat. Personnellement, je n'ai jamais vu une vente être annulée à cause de ça, mais bien souvent c'est que la personne ne se rendra tout simplement pas à l'offre d'achat si elle constate que le fournisseur ne lui convient pas», précise-t-il. Selon son expérience, il y a encore plusieurs secteurs en Mauricie et au Centre-du-Québec qui se retrouvent dans cette situation. «De plus en plus de gens travaillent à partir de la maison, à temps plein ou en partie, et ont besoin de ce service. Ça entre dans la liste de leurs priorités lorsqu'ils visitent une propriété», ajoute-t-il.

Service de base

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a tranché, en décembre, que le service Internet haute vitesse devait désormais être considéré comme un service de télécommunication de base pour tous les Canadiens. La Fédération québécoise des municipalités (FQM) dit d'ailleurs suivre de très près cette problématique et a mis en place un comité, en juin dernier, afin de faire la recension de la couverture Internet et cellulaire dans les régions. «Pour plusieurs municipalités, il s'agit clairement d'un problème, d'un frein au développement», soutient Mathieu Le Blanc, porte-parole de la FQM. 

Des investissements ont eu lieu depuis les dernières années par le fédéral et le provincial, rappelle M. Le Blanc, mais pas assez aux yeux de la FQM. 

«À notre avis, il faudrait 100 M$ par année pour les cinq prochaines années seulement au Québec pour parvenir à pouvoir rendre le service accessible pour tous», constate celui qui rappelle qu'Ottawa a proposé 100 M$ par année sur cinq ans, mais pour l'ensemble du pays. Québec, de son côté, a investi 100 M$ sur les cinq prochaines années, soit 20 M$ par année.




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