Insectes piqueurs à Shawinigan: «C'est un appel d'offres dirigé»

Les entreprises spécialisées dans le contrôle des insectes... (Sylvain Mayer)

Agrandir

Les entreprises spécialisées dans le contrôle des insectes piqueurs s'attaquent aux larves pour éviter leur prolifération.

Sylvain Mayer

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Pour la deuxième fois en trois ans, une entreprise de Saguenay ne parvient pas à obtenir le pointage minimal à la Ville de Shawinigan pour être considérée dans l'octroi du contrat pour le contrôle des insectes piqueurs. La direction de Conseillers forestiers Roy soupçonne une manoeuvre pour laisser le champ libre à un compétiteur.

À sa séance régulière du 14 février, le conseil municipal a adopté une résolution qui confirme l'octroi du contrôle biologique des insectes piqueurs en 2017 à GDG Environnement, pour la somme de 806 989 $, ou 927 835 $ en incluant les taxes. Depuis les balbutiements de ce service en 2012, la firme trifluvienne a toujours été retenue par la Ville de Shawinigan, sauf évidemment en 2015, alors que le conseil municipal avait décidé de suspendre l'épandage du larvicide biologique en raison de contraintes budgétaires. 

Pour cette année, un autre soumissionnaire avait démontré son intérêt pendant le processus d'appel d'offres. Au cours de la période de questions à la dernière assemblée publique, André Grosleau a voulu en savoir un peu plus long sur cette deuxième proposition, afin de connaître la différence de prix.

Impossible, lui a répondu le greffier, Me Yves Vincent, car l'entreprise en question n'a même pas obtenu le pointage minimal de 70 % pour se qualifier. Ainsi, l'enveloppe qui contenait le prix de cette soumission n'a jamais été ouverte. 

Pour l'obtention de services professionnels, les municipalités peuvent appliquer un système de pondération pour mesurer, au préalable, l'expertise du soumissionnaire. De cette façon, elles ne sont pas uniquement liées à l'offre la plus basse. Des critères de qualité, de modalités de livraison ou d'expérience, par exemple, peuvent entrer en ligne de compte. Cette possibilité est prévue dans la Loi sur les cités et villes.

Un comité de sélection d'au moins trois membres doit évaluer chaque soumission sans en connaître le prix. Ce renseignement apparaît dans une enveloppe distincte, qui ne sera ouverte que si le soumissionnaire obtient un pointage «intérimaire» de 70 sur 100. Sinon, la proposition est tout simplement retournée à l'expéditeur, sans plus d'explication. Aucun élu ne participe à cette évaluation.

Collusion?

Conseillers forestiers Roy offre le contrôle des insectes piqueurs depuis une dizaine d'années. 

En 2014, l'entreprise de Saguenay participe à l'appel d'offres de Shawinigan. Elle obtient un pointage de 66 et est donc écartée du processus. 

«Cette année, nous avions présenté une équipe vraiment aguerrie, des professionnels avec de l'expérience», confie Antoine Roy, directeur général de Conseillers forestiers Roy. «La Ville a jugé, encore une fois, que nous n'avions pas le pointage suffisant pour ouvrir notre soumission.»

M. Roy ne connaît pas encore son score pour le dernier appel d'offres, mais visiblement, il comprend mal qu'il ne parvienne même pas à franchir cette étape à Shawinigan.

«Les grilles d'évaluation professionnelles, c'est la plus belle façon de revenir à l'ancienne, de cibler le fournisseur qu'on veut avoir», fait-il remarquer. «On s'organise pour ne pas ouvrir les enveloppes des concurrents, en donnant un pointage moins élevé. C'est subjectif et il peut y avoir une commande politique derrière ça, il ne faut pas se le cacher.»

«J'étais convaincu qu'ils allaient au moins ouvrir notre enveloppe de prix», ajoute M. Roy. «La grille d'évaluation a été faite avec un soumissionnaire qui était déjà choisi et on ne se le cachera pas, c'est GDG Environnement. Le danger là-dedans, c'est que ces villes participent à la mise en place d'un monopole. (...) Ce qui se passe à Shawinigan, ça commence à ressembler drôlement à de la collusion. Je n'accepte pas de me faire dire qu'on n'a pas la compétence pour faire un contrat comme celui-là. C'est impossible!»

«Que je n'entende jamais dire que Shawinigan n'a pas d'argent», glisse-t-il. «Ils en ont, puisqu'ils se payent le luxe d'avoir un seul soumissionnaire.»

M. Roy déplore que la Ville de Shawinigan brime ses citoyens pour favoriser une entreprise.

«Écoutez, j'ai vu neiger», laisse-t-il tomber. «C'est un appel d'offres dirigé. Le comité de sélection qui a analysé les soumissions voulait GDG. C'est une commande.»

«Si on était un salon de coiffure, je pourrais comprendre. Mais ça fait douze ans qu'on en fait, partout au Québec. Nous avons des taxonomistes, des entomologistes, des biologistes. Tous des gens avec de l'expérience.»

Le montant de cette soumission aurait-il permis une économie par rapport à la proposition de près de 807 000 $ de GDG Environnement? M. Roy ne veut pas répondre à cette question.

«Je ne veux pas que mon concurrent connaisse mon prix», justifie-t-il. «Tout ce que je peux dire aux citoyens de Shawinigan, avec ce que je sais, avec l'expérience que j'ai, c'est que je trouverais ça totalement inacceptable (à leur place). Si toutes les villes faisaient comme à Shawinigan, le signal, c'est qu'un monopole, ça ne nous dérange pas.»

Chronologie du contrôle des insectes piqueurs à Shawinigan

2007 - À la suite d'une consultation publique, 80 % des répondants affirment qu'ils refuseraient de payer 50 $ par année pour bénéficier du contrôle des insectes piqueurs.

2012 - Le conseil municipal décide de réaliser un projet pilote pour l'épandage d'un larvicide biologique pour le contrôle des insectes piqueurs. L'expérience sera menée dans le secteur Saint-Gérard-des-Laurentides et GDG Environnement obtient le contrat pour la somme de 150 700 $.

2013 - Après un projet pilote concluant, le conseil municipal de Shawinigan décide d'étendre le contrôle des insectes piqueurs à l'ensemble de la ville. Le service sera financé en partie par le surplus accumulé et le solde est assumé par une taxe spéciale de 19,50 $ par adresse. Le contrat d'un an est attribué à GDG Environnement, au coût de 795 000 $.

2014 - GDG Environnement obtient un contrat de trois ans pour le contrôle des insectes piqueurs à Shawinigan. La Ville prévoit une clause de non-renouvellement pour les deux dernières années.

2015 - Invoquant des contraintes budgétaires, la Ville de Shawinigan suspend son programme de contrôle des insectes piqueurs.

2016 - Le conseil municipal de Shawinigan décide d'offrir à nouveau le contrôle des insectes piqueurs, mais refile entièrement la facture en tarification sur les comptes de taxes. Ces frais passent ainsi de 19,50 $ à 39 $.

2017 - Nouveau contrat de trois ans accordé à GDG Environnement pour le contrôle des insectes piqueurs, avec option de non-renouvellement pour 2018 et 2019.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer