L'ancienne Taverne Bellevue: coin chaud de propagande à Shawinigan

Claude Perron s'est fait connaître par la chanson,... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Claude Perron s'est fait connaître par la chanson, mais il veut maintenant utiliser sa voix pour mobiliser les citoyens.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) À l'ère du culte des réseaux sociaux, Claude Perron lance un appel à la mobilisation avec une technique relevant de l'âge de pierre: les bonnes vieilles pancartes installées à un endroit stratégique, tout près de la Plaza de la Mauricie à Shawinigan.

Chansonnier bien connu dans la région, particulièrement pendant la période où il animait les repas à l'ancien restaurant La Boulangère à Saint-Boniface, M. Perron et sa femme ont acquis l'ancienne Taverne Bellevue à l'été 2009. Depuis ce temps, impossible de rater l'endroit, puisque l'homme de 64 ans s'amuse à décorer la façade de son immeuble d'appels à la mobilisation et de messages provocants.

En 2013, la Ville estimait qu'un ménage s'imposait. Une rencontre avait été organisée avec les propriétaires, surtout que l'une des pancartes scandait «Shawinigan, vous dirigez comme des criminels», une insinuation plutôt diffamatoire. 

M. Perron se disait alors victime d'une injustice à la suite de l'harmonisation des règlements de zonage, car il croyait que son immeuble perdait l'usage commercial pour restauration et bar. Pourtant, il bénéficiait d'un droit acquis.

Au fil des mois, M. Perron a modifié ses messages, qui invitent toujours les citoyens à se mobiliser, sans qu'on sache trop pour quelle cause. «Sortons tous nos pancartes», «C'est assez», suggère-t-il à travers ses affiches.

Le sexagénaire n'a pas changé d'opinion au sujet de la gestion de sa ville, mais il a nuancé un peu son message. Ainsi, plutôt que «Shawinigan, vous dirigez comme des criminels», il propose maintenant «Shawinigan, vous dirigez comme des incompétents».

Questionné précisément à savoir pourquoi l'administration municipale mériterait ce quolibet, M. Perron réplique avec des généralités sur les difficultés des commerces.

Puis, il explique que les incompétents trouvent toujours des solutions qui entraîneront des conséquences néfastes, comme des coupes de personnel. Ces conséquences entraîneront de nouveaux problèmes qui demanderont de nouvelles solutions, de sorte que la roue tourne ainsi sans fin.

«Les meilleurs, ils trouvent une seule solution», tranche-t-il.

En réfléchissant un peu, ce moulin à paroles donne l'exemple de la condamnation d'une voie sur le viaduc Saint-Marc. Il ne comprend pas comment le problème n'a pas été réglé en 48 heures. En attendant, le coin est devenu dangereux, fait-il remarquer.

«Je sais que ce ne sont pas de méchantes personnes», indique-t-il, en parlant de l'administration municipale. «Mais elles ne savent plus quoi faire. Et quand on ne sait plus quoi faire, on fait n'importe quoi! Shawinigan est partie de haut et est descendue très bas. Il faut trouver un juste milieu.»

Pèlerinage

Au printemps 2016, M. Perron s'est acheté un minibus, qu'il a décoré en respectant ses appels au soulèvement populaire. Il a pris le volant à travers le Québec et le Nouveau-Brunswick pour stimuler la mobilisation citoyenne. Il compte répéter l'expérience cet été. 

«J'ai fait 8000 kilomètres», raconte-t-il fièrement. «Quand on pense qu'on a des solutions, on a le devoir de le dire.»

M. Perron sait bien qu'il attire parfois des regards amusés, mais il assure que des gens le félicitent de son initiative quand il prend la route. Il appartient à une classe de citoyens désabusés qui ne savent plus trop à qui s'en remettre pour changer la société.

«La seule solution qui nous reste, ce sont les débats», croit-il. «Il faut donner une voix à nos meilleurs! Les élus ne nous entendent pas, ils entendent seulement ceux qui les ont mis là!» Le site privilégié pour ces rassemblements, ça reste nos églises, suggère-t-il.

Par contre, ne comptez pas sur lui pour se lancer en politique, la voie habituellement privilégiée pour propager un idéal.

«Justement, je ne me vois pas là parce que je veux changer les choses», envoie-t-il. «Si j'entre là-dedans, je vais perdre le contrôle.»

«Je n'accepte pas qu'on dise n'importe quoi»

La Ville de Shawinigan peut difficilement empêcher un citoyen d'exprimer son appréciation sur sa gestion, mais le maire, Michel Angers, préfère qu'on l'interpelle directement sur des problèmes plutôt que d'entacher la réputation de l'administration municipale sur des bases fragiles.

Le premier magistrat connaît Claude Perron et son fameux minibus, mais il avoue qu'il n'a pas trop porté attention aux pancartes installées sur son immeuble, au coin de la rue Bellevue et du boulevard des Hêtres. 

«Rien, dans notre réglementation, ne l'empêche de diffuser ces messages», convient M. Angers. «À la suite de la tuerie de Québec, notre premier ministre disait que le choix des mots est important. On ne peut pas dire n'importe quoi.»

«On aura toujours des gens, sur Facebook ou ailleurs, qui diront toutes sortes de choses sans fondement», poursuit-il.

«On peut bien dire qu'on est des incompétents, mais nous, on sait qu'on travaille extrêmement fort. Je veux bien qu'on commente, mais il faut baser son argumentation sur quelque chose de solide. Je veux qu'on m'apporte des faits précis. Quand on me rapporte des choses, je fais des vérifications. Je ne m'attarderai pas sur ceux qui disent n'importe quoi. Qu'on traite la Ville d'incompétente, ce sont des affirmations gratuites.»

Dès sa campagne électorale en 2009, Michel Angers a fait de la fierté un cheval de bataille pour redonner confiance aux citoyens de Shawinigan. Depuis son élection, il prend un soin jaloux à polir l'image de sa ville. L'initiative de M. Perron ne cadre pas vraiment dans cette stratégie.

«C'est sûr que je suis sensible à l'image de la ville», corrobore le maire. «On souhaite être vu comme une organisation qui fait les choses selon les règles de l'art. Nous sommes dans des processus de réflexion pour nous améliorer. On n'a pas la prétention d'être parfaits. Je suis prêt à recevoir les suggestions et les critiques, mais je n'accepte pas qu'on dise n'importe quoi.»

M. Angers cite un sondage selon lequel environ un citoyen sur cinq sera toujours un détracteur, peu importe ce qui lui arrive. «Ça fait partie de la vie», se résigne-t-il. «Mais une grande partie de la population est formée d'ambassadeurs. Les gens ont à coeur leur municipalité.»

«C'est sûr que j'ai la préoccupation d'embellir l'image de la ville», ajoute le maire. «Plus on va embellir l'image de la ville, plus on va attirer les investisseurs et les familles. Cracher sur notre propre communauté, ce n'est pas une bonne idée.»

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