Nutrition des jeunes athlètes: les entraîneurs devraient être mieux formés

Les doctorants Sébastien Rojo et Maud Bonanséa de... (Stéphane Lessard)

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Les doctorants Sébastien Rojo et Maud Bonanséa de l'UQTR s'intéressent à la nutrition des jeunes athlètes.

Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Certains jeunes athlètes sont prêts à suivre des régimes alimentaires excessifs à répétition ou font plus d'exercice physique que nécessaire dans l'espoir de remporter des honneurs. Ils sont à la recherche d'un rapport poids / performance optimal pour gagner. Ils veulent perdre du poids pour courir plus vite ou sauter plus haut ou encore grossir le plus vite possible pour entrer dans une catégorie de compétition. Certains vont s'affamer, se déshydrater, voire recourir aux stéroïdes anabolisants pour une médaille.

Ces comportements chez les étudiants athlètes intéressent de près Sébastien Rojo et Maud Bonanséa, deux doctorants et chercheurs affiliés au Loricorps de l'UQTR, un laboratoire qui se spécialise dans l'étude des troubles du comportement alimentaire.

Eux-mêmes issus du milieu de la compétition sportive de très haut niveau, ils constatent qu'il existe des «canons de beauté sportifs chez les athlètes. On a l'image d'une marathonienne et ça a ce gabarit-là, donc je dois ressembler à ça», illustre Sébastien Rojo.

Or, les techniques de contrôle du poids pour y arriver sont pathogènes, car elles mènent à des dérives qui peuvent créer des impacts très négatifs sur la santé à long terme, indique Maud Bonanséa: «Fractures à répétition, lésions ligamentaires, état de fatigue générale, difficultés à dormir et après ça, la performance ne suit plus», illustre-t-elle.

«Il arrive un certain point où l'athlète dégringole et il est trop tard, finalement. On est déjà entré dans le cycle du trouble du comportement alimentaire», résume la chercheuse.

Selon Sébastien Rojo, très peu d'entraîneurs sont au courant de ce problème. «Il existe une culture sportive qui fait qu'on va valoriser, des fois sans le vouloir, certains de ces comportements», ajoute Mme Bonanséa. «Comme on n'est pas formé pour détecter les signes précurseurs», dit-elle, on tombe dans le piège des troubles du comportement alimentaire. «Presque 60 % de la population sportive est à risque par rapport à 30 % dans la population générale», signale-t-elle.

Le plus bel exemple, c'est le poids de la ballerine ou de la patineuse artistique qui doit permettre à cette dernière d'être suffisamment légère pour être portée par son partenaire de danse, illustre M. Rojo.

«Les entraîneurs vont aussi dans ce sens-là, par méconnaissance, mais des fois volontairement aussi», dit-il.

«Il y a eu des problèmes dans les sports d'arts martiaux mixtes où ils doivent perdre du poids pour entrer dans la catégorie, mais le regagner tout de suite juste après la pesée. Physiologiquement, c'est un stress énorme pour le corps de perdre et de regagner et il y a eu des cas où les personnes sont décédées de déshydratation», raconte-t-il.

«L'anorexie mentale est une des causes de décès les plus fréquentes, quand on est dans des cas extrêmes», précise Mme Bonanséa, parce qu'elle engendre de la malnutrition et un sous-poids.

«Les étudiants-athlètes qui ne sont pas dans les hauts niveaux prennent un peu tout ce qu'ils voient. Soit un collègue l'a référé ou ils vont sur Internet et ils se retrouvent parfois avec des substances très néfastes», ajoute M. Rojo.

Les deux doctorants sont présentement au beau milieu d'une collecte de données auprès d'étudiants en sports-études du Collège Laflèche.

Les deux chercheurs veulent examiner la connaissance qu'ont les équipes de ces risques. Au niveau des étudiants, les premières personnes aptes à intervenir pour éviter ce glissement vers les troubles du comportement alimentaire sont les personnes qui encadrent les étudiants-athlètes, signale Mme Bonanséa, notamment l'entraîneur. Or, il y a très peu d'études à ce sujet au Québec et au Canada, dit-elle.

Les deux chercheurs veulent donc dresser un portrait des caractéristiques de ces étudiants et des éléments sur lesquels il faudrait «être plus attentif, quand on va faire notre entraînement, quand on va dispenser notre matière pour éviter de venir renforcer, sans le vouloir, les facteurs de risques qui sont déjà présents», explique Mme Bonanséa.

Sébastien Rojo a notamment constaté qu'au «Programme national de formation des entraîneurs canadiens, au plus haut niveau, on ne touche pas à cette problématique-là. Dans tout le cursus de formation des entraîneurs, on parle très, très rarement des problématiques liées aux troubles du comportement alimentaire. On va parler de tout ce qui est produits dopants et ainsi de suite, mais jamais en lien avec ces problématiques-là», constate-t-il.

À ses yeux, l'attention à la nutrition devrait être portée dès le début, chez les jeunes athlètes, afin de prévenir les troubles. «C'est tout l'intérêt d'avoir une équipe interdisciplinaire autour de l'athlète incluant nutritionniste et psychologue», estime Mme Bonanséa. «Les fédérations n'ont pas toujours l'argent pour ça», rappelle M. Rojo, d'où l'importance, dit-il, de mieux former les entraîneurs à cette question.




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