«Personne n'est à l'abri»

La tuerie de dimanche soir dans une mosquée... (Le Soleil)

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La tuerie de dimanche soir dans une mosquée de Québec s'ajoute à une longue série d'événements terroristes qui démontrent sans l'ombre d'un doute que la barbarie peut frapper à n'importe quel coin de rue.

Le Soleil

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La tuerie de dimanche soir dans une mosquée de Québec s'ajoute à une longue série d'événements terroristes qui démontrent sans l'ombre d'un doute que la barbarie peut frapper à n'importe quel coin de rue.

Le Centre culturel musulman de Shawinigan n'a jamais perçu de menace comparable depuis son ouverture au printemps 2015, mais quatre incidents ont néanmoins été rapportés à la Sûreté du Québec.

Quelques semaines après l'inauguration du lieu de culte, les policiers avaient été saisis d'un mémo avec une insulte envers la communauté musulmane. L'écrit ne comportait toutefois aucune menace.

Dans la même période, une personne avait étendu des excréments sur la porte de la mosquée. La SQ avait associé cet événement à une «mauvaise blague» et l'affaire n'avait pas eu de suite.

L'an dernier, au moins deux épisodes de distribution de tracts ont été recensés dans l'environnement de la mosquée du quartier Saint-Marc. À chaque fois, ils reprenaient des articles du site Point de bascule, qui se définit comme un défenseur contre l'islam radical.

Certains articles établissaient des liens entre le président du Centre culturel musulman de Shawinigan, Philippe Bégin Garti et le Conseil musulman de Montréal et son controversé président Salam Elmenyawi. Ces tracts ne contenaient toutefois aucune menace envers qui que ce soit.

«Une fois, nous en avions reçu un à la mosquée et une autre fois, quelqu'un nous l'avait amené parce que ça avait été mis dans des boîtes aux lettres», raconte Abdoulaye Souley, membre de la communauté musulmane à Shawinigan.

«On ne sait pas qui a fait ça. On s'entend que c'est minime par rapport à ce qui s'est passé (dimanche à Québec). Jusqu'à preuve du contraire, on ne sent pas que notre sécurité soit menacée.»

Annie Thibodeau, agente d'information à la SQ, mentionne que ces quatre incidents «ont été enquêtés et se sont soldés sans conséquence», donc sans arrestation. Elle ajoute que les forces de l'ordre n'ont reçu aucune plainte du voisinage concernant les activités de la mosquée, ni des musulmans qui la fréquentent.

Ouverture

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, rentrait chez lui après son match de hockey du dimanche soir lorsqu'il a été happé par l'horreur.

«J'étais un peu sans mot, sans voix en voyant ça», raconte-t-il. «On pense aux familles... Il y a des gens qui sont morts, là-dedans. Des blessés aussi, des gens qui seront marqués à jamais. On veut créer un sentiment d'insécurité. La dernière chose à faire, c'est de succomber à la peur et à la panique.»

Pour M. Angers, cet événement insupportable cristallise l'importance d'organiser des initiatives pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants. À Shawinigan, la Ville a agi en pionnière en instaurant, en 2013, une politique favorisant l'accueil, l'intégration et la rétention des personnes immigrantes. La campagne Shawinigan carrément Panda! du Service d'accueil aux nouveaux arrivants s'est aussi démarquée depuis 2015.

L'arrivée de CGI, au centre-ville, incite le conseil municipal à favoriser une intégration harmonieuse puisque cette multinationale embauche des employés issus d'une multitude de communautés.

«Shawinigan se positionne comme une ville d'ouverture», mentionne le maire. «Les événements de dimanche soir ne doivent, d'aucune façon, altérer quoi que ce soit. La population shawiniganaise ouvre les bras aux différentes communautés et ça devra renforcer notre lien.»

L'information demeure le meilleur bouclier aux attaques racistes ou à caractère religieux. Shawinigan l'a vécu elle-même en 2015, lorsque devant la pression populaire, le conseil municipal avait dû refuser une demande de modification de zonage pour établir une mosquée dans le parc industriel Albert-Landry. Le Centre culturel musulman s'est finalement établi sur l'avenue Saint-Marc.

M. Angers rappelle que les attentats chez Charlie Hebdo avaient semé un climat particulier à Shawinigan à ce moment. «On s'entend que la réaction était très conjoncturelle», fait-il remarquer.

Le maire ne se fait toutefois pas d'illusion. Malgré tous les efforts de sensibilisation, impossible de se prémunir contre les gestes d'un désaxé.

«Personne n'est à l'abri, on s'entend là-dessus», convient-il. «Je ne vois pas ce qu'on pourrait faire de plus, si ce n'est de continuer à faire la promotion de la cohabition et de l'ouverture.»

L'hôtel de ville a mis ses drapeaux en berne lundi, pour signifier son appui à la communauté musulmane dans cette tragédie. En début de soirée, M. Angers se rendait à la mosquée pour exprimer de vive voix la solidarité de Shawinigan dans cette épreuve et pour réitérer l'ouverture à l'autre de ses concitoyens.

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