La controverse d'Hérouxville, 10 ans plus tard

L'ancien conseiller municipal auteur du Code de vie... (Sylvain Mayer)

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L'ancien conseiller municipal auteur du Code de vie d'Hérouxville, André Drouin.

Sylvain Mayer

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(Hérouxville) En janvier 2007, Hérouxville s'est retrouvée au centre de l'actualité. Son fameux Code de vie présenté par un conseiller municipal interdisant notamment l'excision et la lapidation était sur toutes les lèvres, ici comme ailleurs. Dix ans plus tard, son auteur estime que notre société accueille encore mal ses immigrants. André Drouin croit même que le multiculturalisme canadien est un terreau fertile pour l'intégrisme religieux et la violence xénophobe.

«On régresse», soutient d'emblée André Drouin lors d'une entrevue à son domicile d'Hérouxville. 

«Regardez la France, l'Italie et la majorité des pays européens. Ils ne sont pas officiellement multiculturels comme le Canada, mais ils le sont dans les faits. L'Angleterre est le pire pays au monde. C'était un beau pays à l'époque, mais plus aujourd'hui. Pas à cause des immigrants, à cause des politiciens qui n'ont pas été capables de réaliser qu'on aurait peut-être un problème un jour en mélangeant toutes les religions, toutes les cultures et toutes les langues.»

Les sociétés multiculturelles entraînent, selon André Drouin, des climats de violence et de terrorisme. «Je ne pourrais jamais m'associer à un groupe anti-musulmans. Ces gens-là, je comprends qu'ils sont en furie, mais ils sont contre. Ils n'ont pas de solution. [...] Moi je veux que les gens puissent vivre ensemble en harmonie. Mais lorsque vous mélangez toutes sortes de cultures, ce n'est pas péjoratif ce que je dis, et qu'en plus vous mettez l'État, vous êtes sur la meilleure voie imaginable pour créer le chaos et l'anarchie», affirme-t-il. «Dans ce contexte social, il serait temps que quelqu'un fasse quelque chose. Ici, il n'y a pas d'émeute... il n'y en a pas encore. Soyez patient. On a tous les éléments pour que ça se produise.»

André Drouin estime que les choses n'ont pas beaucoup changé depuis dix ans. Il soutient que le projet de loi 62 de Québec, soit la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements religieux dans certains organismes, ne va pas suffisamment loin. «Les politiciens discutent si les hommes et les femmes vont se promener à visage couvert dans la fonction publique», affirme M. Drouin. «L'État doit être complètement séparé de toutes les religions.»

L'auteur du controversé Code de vie continue de penser que le Canada et le Québec accueillent mal leurs immigrants. André Drouin croit que les nouveaux arrivants ne sont pas suffisamment guidés en ce qui concerne les valeurs communes de la société. «On devrait peut-être leur dire que les hommes et les femmes se baignent dans la même piscine», tonne-t-il. «Il faut informer les gens avant qu'ils arrivent ici. La plupart des immigrants quand ils arrivent ont une connaissance du pays limitée: ils connaissent l'assistance sociale et le multiculturalisme. C'est ça qu'on enseigne aux immigrants. [...] Ils viennent ici, demandent un accommodement et ils l'ont. C'est parce qu'on leur a dit qu'on est multiculturel.»

Un tsunami médiatique

Lorsque le fameux Code de vie d'Hérouxville a été adopté, le Québec était en pleine psychose des accommodements raisonnables alors que certains cas relayés par les médias choquaient une partie de la population. Rapidement, le Code de vie est devenu la risée des uns et la voie à suivre pour d'autres. 

André Drouin avoue, dix ans après les événements, avoir reçu plusieurs menaces et poursuites à la suite de la présentation du Code de vie. Si bien qu'une surveillance policière avait été rendue nécessaire. «J'avais des policiers pratiquement avec des mitraillettes qui étaient constamment devant la maison.»

C'est dans ce contexte québécois que quelques semaines plus tard, le premier ministre Jean Charest a annoncé le 8 février la création de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, plus connue sous le nom de Commission Bouchard-Taylor.

«M. Charest avait déclaré qu'Hérouxville était un cas isolé. Ç'a été une de mes grandes surprises. Je savais très bien à l'époque que ce n'était pas le cas», se rappelle-t-il. «Quatre-vingt-cinq pour cent de la population du Québec était d'accord avec Hérouxville. [...] Dix ans plus tard après la commission, il ne s'est rien passé.»

Quelques mois plus tard, le 26 mars, les libéraux de Jean Charest ont formé un gouvernement minoritaire en obtenant 48 sièges, contre 41 pour l'Action démocratique du Québec (ADQ) de Mario Dumont qui est alors devenue l'opposition officielle pour la seule fois de son histoire. L'ADQ avait alors abondamment abordé les questions d'accommodements raisonnables lors de la campagne électorale teintée par les questions identitaires.

Même si quelques municipalités québécoises avaient alors suivi l'exemple de la petite localité de la MRC de Mékinac, Hérouxville est devenu pour plusieurs «l'exemple du Québec profond xénophobe». Le groupe humoristique RBO s'en est donné à coeur joie lors du Bye Bye 2007 avec son célèbre sketch Hérouxtyville. Infoman était lui aussi revenu sur ces événements dans son spécial de fin d'année de 2007. Vêtu d'une burqa, Jean-René Dufort s'était rendu dans ce village pour acheter une caisse de bière. Le chanteur Mononc'Serge, reconnu pour ne pas avoir la langue dans sa poche, avait utilisé une photo de lui et de ses musiciens habillés de costumes religieux plus ou moins traditionnels prise devant les panneaux du village pour son spectacle Mononc'Serge et les accommodements raisonnables. Bref, le Code de vie d'Hérouxville a marqué les esprits en 2007.

Des extraits du Code de vie

À propos des femmes

«Une femme peut, entre autres; conduire une voiture, voter librement, signer des chèques, danser, décider par elle-même, s'exprimer librement, se vêtir comme elle le désire tout en respectant les normes de décence démocratiquement votées et les normes de sécurité publique, déambuler seule dans les endroits publics, étudier, avoir une profession, posséder des biens, disposer de ses biens à sa guise.»

À propos des festivités

«Vers la fin de l'année civile nous décorons, individuellement ou collectivement, un sapin ou une épinette avec des boules et quelques lumières. (...) Ces festivités sont autorisées autant dans les lieux publics, écoles ou institutions que les lieux privés.»

À propos des soins de santé

«Les responsables des soins n'ont aucune permission à demander à qui que ce soit pour effectuer une transfusion sanguine si leur jugement et leur savoir en indique la nécessité pour la santé ou la survie de leur patient.»

«Depuis plusieurs années les futurs pères assistent leurs épouses à l'accouchement. Des cours dits prénataux sont donnés. Les hommes et les femmes y assistent ensemble.»

À propos de l'éducation

«Les enseignants et enseignantes accomplissent leurs fonctions à visage découvert.»

«Dans nos écoles, les enfants ne doivent porter aucune arme ou semblant d'arme, que ces armes soient chargées ou non, réelles ou fausses, symboliques ou non.»

«Depuis plusieurs années, en vertu de la laïcisation de nos écoles, aucun local n'est fourni pour les prières ou toutes formes d'incantations. D'ailleurs, dans plusieurs de nos écoles, il n'y a plus aucune prière.»

«(...) un arbre ou décorations de Noël peuvent y être vus. Aussi, les enfants chantent ensemble des chants dits de Noël.»

«De même dans nos écoles, l'histoire nationale du Québec est enseignée. La biologie aussi.»

À propos des sports et loisirs

«Vous verrez des garçons et des filles se baigner ensemble dans la même piscine par exemple.»

À propos de la sécurité

«Il est aussi à propos de se montrer à visage découvert, en tout temps, dans les lieux publics pour mieux faciliter notre identification. La seule exemption possible à cette règle se produit à l'Halloween.»

À propos des lieux de travail

«Aucune convention de travail ne commande actuellement à nos employeurs d'assurer à leurs employés ni des lieux réservés aux prières ni des moments pour le faire durant les heures de travail.»

À propos des commerces

«D'autres commerces offrent à leur clientèle des lieux et de l'équipement pour faire des exercices physiques. Ces lieux offrent généralement une vitrine pour que la clientèle puisse regarder dehors et la clientèle est composée d'hommes et de femmes qui portent les vêtements appropriés pour faire de l'exercice.»

À propos des familles

«Si les enfants mangent de la viande de boeuf, à titre d'exemple, ils ne chercheront pas à savoir la provenance du boeuf, qui l'a tué, à quel endroit, de quelle façon ou quel jour. Dans nos familles, ce qui est ingurgité par la bouche sert exclusivement à nourrir le corps. L'âme se nourrit autrement.»

Autres

«Vous saurez voir quelques croix du chemin témoignant de notre passé. Ils sont partie intégrante de notre histoire et de notre patrimoine et doivent être considérés comme tels.»

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