Fermeture de PFCP: 25 ans après le séisme...

La fermeture de l'usine de Produits forestiers Canadien Pacifique... (Francois Gervais)

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La fermeture de l'usine de Produits forestiers Canadien Pacifique il y a 25 ans avait sonné le début de la fin pour le complexe industriel situé en bordure de la rivière Saint-Maurice. Le lieu, rasé au milieu des années 2000, porte aujourd'hui le nom de Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

Francois Gervais

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Il y a 25 ans aujourd'hui, plus de 1000 travailleurs apprenaient qu'ils allaient perdre leur emploi avec la fermeture de l'usine Produits forestiers Canadien Pacifique (PFCP) de Trois-Rivières, l'ancienne Canadian International Paper (CIP). Un quart de siècle plus tard, la région vit toujours à l'heure de la reconversion industrielle alors que le site est méconnaissable, avec le développement de Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

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Avant sa fermeture il y a 25 ans, la PFCP employait plus de 1000 travailleurs.

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«L'économie de la région est en processus de diversification. Nous avons touché le fond autour de 2015. Depuis, les annonces de fermeture de grandes entreprises ont cessé. En contrepartie, nous avons plutôt des annonces de création d'emplois, avec un taux de chômage en diminution. C'est vrai qu'il ne reste plus beaucoup de grandes entreprises. Mais nous avons l'apparition de nouveaux leaders régionaux tels que Marmen, La Fernandière, Epsilia, FAB 3R, Cogeco, pour ne nommer que ceux-là», commente le professeur en économie de l'UQTR, Frédéric Laurin, tout en soulignant la tradition de compétences de la main-d'oeuvre dans le secteur manufacturier.

Selon lui, le passé industriel offre même son lot d'opportunités avec un héritage de sites et de bâtiments encore utilisables, donnant l'exemple de Nemaska Lithium et du Digihub, à Shawinigan. «Mais je pense que nous sommes encore très conservateurs par rapport à la conversion des anciens sites industriels, si on exclut le succès du Digihub. Quand on regarde ce qui se fait en matière de créativité urbanistique et architecturale sur d'anciens sites industriels ailleurs dans le monde, on se dit qu'on pourrait peut-être être un peu plus ambitieux», confie le spécialiste.

Si le parc industriel de Bécancour fait toujours partie de l'équation pour l'industrie lourde et la grande entreprise, M. Laurin ne cache pas que les PME sont en train de prendre le relais.

«Mais nous sommes vraiment au tout début d'un processus qui prendra au moins dix ans. C'est toute une culture entrepreneuriale qu'il faut changer: développer le goût pour l'entrepreneuriat chez les jeunes, ne pas avoir peur de la prise de risque, apprendre à coopérer, s'entraider et échanger de l'information collectivement dans le milieu des affaires, développer une cohérence locale et régionale dans les stratégies de développement économique, être plus proactif», croit-il.

Celui-ci place dans la balance des institutions de recherche et d'enseignement qui peuvent avoir été liées aux pâtes et papiers et aux industries traditionnelles, mais qui se diversifient aujourd'hui. Et il évoque ces entreprises qui, nées grâce à l'industrie traditionnelle ou des pâtes et papier, ont réussi à se diversifier.

«Et nous pouvons utiliser aujourd'hui les infrastructures de transport découlant de notre héritage industriel pour inscrire la Mauricie sur l'échiquier des plateformes multimodales de l'Est de l'Amérique du Nord», ajoute M. Laurin.

Pour sa part, l'économiste régional indépendant, Jules Bergeron, est aussi d'avis que la diversification économique de Trois-Rivières suit son cours. «L'emploi total progresse depuis quelques années. Il se maintenait en deçà de 65 000 personnes au travail lors de la seconde moitié des années 90. Au cours des années 2000, il a augmenté à 68 000, puis 70 000 et même 73 000 en 2015», a-t-il énuméré. Selon les plus récentes statistiques publiées vendredi dernier, ce chiffre dépasse même les 75 000.

Mais, note l'ancien professionnel chez Emploi-Québec Mauricie, le taux de chômage trifluvien avait amorcé une tendance à la hausse bien avant la fermeture de PFCP, pour dépasser 16 % en 1992. Un quart de siècle plus tard, ce taux se situe à 7,3 %.

Par contre, l'emploi manufacturier est quasi toujours en recul continuel, étant passé de 11 700 en 2001 à seulement 9000 en 2015.  «L'emploi papetier a fortement contribué à ce recul. Pour l'ensemble de la Mauricie, l'effectif se chiffrait à 5000 personnes en 1999, puis 4400 en 2001, 4000 en 2005 et moins de 1500 en 2015», précise-t-il.

Quant à la relance économique trifluvienne, elle s'est faite, dit-il, à partir de quelques branches industrielles bien ciblées, mais surtout d'activités de services dont la santé et les services sociaux, les services aux entreprises ainsi que l'hébergement et la restauration.

«Néanmoins, les épisodes de fermetures d'entreprises manufacturières de grande taille ont mis en évidence la trop grande dépendance d'alors de l'économie locale et même régionale sur des secteurs économiques traditionnels, fabriquant un produit dont la demande était déjà en baisse, dans un contexte aussi de désinvestissement qui condamnait

d'avance l'avenir des usines, mais aussi des travailleurs», observe M. Bergeron.

Finalement, ce dernier considère que le reclassement des travailleurs mis à pied fut difficile, étant donné plusieurs facteurs, dont la récession en cours.

«Les coûts sociaux et humains furent élevés. Pour demeurer actifs sur le marché du travail, les travailleurs âgés et expérimentés mais surtout sans spécialisation de métier, ont dû accepter des postes moins rémunérés, quand ils ne furent pas obligés de quitter la région pour pouvoir travailler.  Les gens de métier furent moins pénalisés, allant travailler dans la construction, entre autres. Pour les plus jeunes, le retour aux études fut possible, pour d'autres, Tripap constitua une planche de salut.  Mais invariablement, un pilier de l'économie trifluvienne venait de s'écrouler et rapidement», a-t-il conclu.

Le complexe industriel était la propriété de la Canadian International Paper (CIP) jusque dans les années 80 alors que l'entreprise avait été acquise par Produits forestiers Canadien Pacifique (PFCP). L'utilisation du nom CIP est toutefois demeurée dans les usages.

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