Une colonie de gnomes à Bécancour

Michel Marchand montre ici une des habitations de... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Michel Marchand montre ici une des habitations de gnomes construite à même une grosse fissure dans un arbre vivant. L'artisan espère que le quartier atteindra une vingtaine d'habitations.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Bécancour) Au parc écologique Godefroy, à Bécancour, dans le fond du stationnement où se trouvent de grands pins, une colonie de gnomes est en train de s'installer.

Une à une, de minuscules portes colorées et toutes croches, qui épousent parfaitement les crevasses irrégulières des vieux troncs d'arbres, commencent à apparaître.

Pour l'instant, seulement trois familles de gnomes y ont aménagé. Leur entrepreneur en construction, l'artisan Michel Marchand, prévoit que le quartier des gnomes atteindra une vingtaine d'habitations dans un avenir rapproché.

Dans ce minuscule développement résidentiel unique en son genre, pas d'aqueduc ni d'électricité, encore moins de collecte des déchets. Les gnomes sont en symbiose avec la nature, et n'ont pas besoin des services municipaux. M. Marchand n'a donc pas eu de difficulté à obtenir l'approbation de la Ville pour construire ces résidences.

Certains gnomes vivront dans des arbres vivants. L'artisan leur fabriquera une dizaine de portes, des fenêtres et des sorties de cheminées, tandis que d'autres ont choisi de s'installer dans des souches évidées.

D'ailleurs, depuis que les gens de son entourage savent que Michel Marchand travaille à ce projet, plusieurs personnes, même la Municipalité, lui ont apporté des troncs afin qu'il poursuive ce développement résidentiel surnaturel.

L'idée de fabriquer des maisons pour les petits êtres aux chapeaux rouges et pointus est apparue à Michel Marchand, un homme bien connu à Bécancour pour ses magnifiques cadrans solaires, lorsqu'un ami lui a fait don d'un gros tronc d'arbre dont il ne savait pas quoi faire. Il l'a finalement transformé en cathédrale de gnomes.

«Les gens arrêtent chez nous pour voir ça», dit-il. Les enfants sont parmi les plus grands admirateurs de la mignonne petite construction. «Ça crie quand ils voient ça», dit-il.

En se promenant dans les bois, M. Marchand a constaté que plusieurs troncs de vieux arbres comprennent des cavités assez importantes. «Je me suis dit qu'on pourrait mettre une petite porte là-dessus», raconte-t-il. Après tout, l'hiver est arrivé et les gnomes aussi veulent se garder au chaud. 

Ce talentueux artisan, gagnant d'un prix du Conseil des métiers d'arts en 2008, vient ainsi de plonger à pieds joints dans un univers qui fait rage dans le monde, celui des gnomes, des elfes et des fées et de leurs mignonnes petites demeures naïves imaginées par les artisans de nombreux pays.

Le plus bel exemple de cette fascination est le célèbre ouvrage encyclopédique Les Gnomes écrit en 1981 par le Néerlandais Wil Huygen et illustré magnifiquement par l'artiste peintre Rien Poortvliet. Ce volume empreint d'humour, de poésie et de sagesse demeure un succès international en librairie après toutes ces années.

En 2015, le film documentaire The Gnomist (http://www.thegnomistfilm.com) a aussi remporté de très nombreux prix pour avoir raconté l'histoire vraie d'une artisane qui avait fabriqué et aménagé des maisons de gnomes dans un parc et de l'impact profond de son geste sur certains visiteurs.

Alors qu'en Islande le gouvernement et les entreprises consultent les elfes, par le biais de médiums, pour s'assurer que les projets de constructions routières ne viennent pas perturber le territoire de ces petites créatures mythiques, le Québec risque plutôt d'apprécier le petit monde des gnomes pour sa très grande beauté traduite par des artisans comme Michel Marchand.

Le fait que les petites demeures soient intégrées à même les éléments naturels des boisés explique leur charme irrésistible. Elles sont comme des pages en 3D du village de Bilbo le Hobbit.

M. Marchand a mis de petites boîtes à messages dans ses maisons de gnomes et des enfants ont déjà commencé à lui laisser de petits mots.

«Une fillette de 8 ans m'a écrit: Cher Gnome, je sais, je ne peux pas vous voir, mais je peux vous donner des messages d'amour. Je vous aime comme tout l'univers», raconte-t-il.

«Ma blonde et moi on va là tous les jours et on espère avoir des messages», confie Michel Marchand, impressionné par ces premières réactions du public. Il souhaite que sa nouvelle oeuvre, qui ne sera terminée qu'au fil des prochains mois, soit en lien avec des milieux hospitaliers et qu'elle puisse apporter du réconfort aux enfants malades.

Ces derniers pourraient alors visualiser, par Internet, les maisons et les recettes des gnomes ainsi que leurs sages pensées qui seront mises en ligne.

Il espère obtenir une subvention du CALQ pour réaliser sa vingtaine de maisons. S'il n'obtient rien, il en fabriquera quand même huit bénévolement. «J'ai trop de plaisir à recevoir des messages des enfants», dit-il.

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