Une octogénaire qui compte 248 descendants!

Kokom Marianne est entourée d'une partie des membres... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste)

Agrandir

Kokom Marianne est entourée d'une partie des membres de sa famille, Noella, Lucie, Laurianne et Célina Petiquay.  @PHOTO-bas de vignette:

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(La Tuque) Kokom (qui signifie grand-maman en atikamekw) Marianne a eu 80 ans au début du mois. Ce n'est pas rien. Originaire de Manawan, c'est à Wemotaci que Marianne Dubé-Petiquay a fait la plus grande partie de sa vie avec son défunt mari. Elle y a élevé ses 15 enfants.

Depuis, la famille s'est rapidement agrandie de 92 petits-enfants, 113 arrière-petits-enfants et 28 arrière-arrière-petits-enfants. Rencontre avec une dame d'exception et une petite partie de la famille.

«Quand je vois mes enfants, mes petits-enfants, ça me donne de l'énergie», lance-t-elle dans sa langue maternelle, l'atikamekw.

Rien de surprenant quand on a un arbre généalogique aussi remarquable qu'étonnant. Marianne a d'ailleurs fait le plein dans les derniers jours, elle s'est rendue à l'hôpital pour serrer dans ses bras le petit dernier, tout juste après la grande fête qu'on lui avait organisée pour son 80e anniversaire. Elle est toujours aussi excitée de voir ses arrière-petits-enfants. «Je suis très contente et je l'ai pris très longtemps dans mes bras», témoigne-t-elle.

«À un certain moment, je suis allée la voir. Elle pleurait. Elle m'a dit, j'ai tellement de petits-enfants que je ne sais pas quoi leur donner en cadeau. Je lui ai répondu que le plus beau cadeau qu'elle pouvait leur donner, c'est de l'amour. C'est ce qu'elle fait», a ajouté Célina Petiquay, la fille de Marianne.

La dame de 80 ans habite aujourd'hui dans la maison des aînés de Wemotaci et elle se réjouit de vivre encore une fois le temps des Fêtes. Mais avant d'en arriver là, l'Atikamekw en a traversé des périodes depuis 1936. Marianne, son mari David et toute sa famille ont été nomades jusqu'en 1972.

«On se réveillait tous les matins dans une tente. On était bien, on était heureux, je ne me voyais pas ailleurs. On se réveillait, il faisait froid, mais on allait quand même à la toilette dehors. On ne savait pas qu'il y avait d'autres habitations où l'on pouvait être mieux», souligne Lucie Petiquay.

Puis est arrivée la première maison, plusieurs souvenirs entourent d'ailleurs ce moment. Souvenirs qu'on se plaît à raconter.

«La première fois qu'on a vécu dans la maison avec trois chambres et une toilette, on a pris la grande chambre et on a tous couché dedans. On était tellement habitué d'être ensemble dans la même pièce», raconte Lucie.

Elles se souviennent aussi de la première table (une vieille table de réunion du Conseil de bande), de l'émerveillement devant la première laveuse (après ces années de lavage à la main et à la chaîne), des 10 livres de patates à chaque repas... «On avait l'eau courante... On courait pour aller chercher l'eau», lance en riant Noella. 

Durant toute sa vie, Marianne s'est donnée corps et âme à la transmission du savoir, des traditions et de la culture atikamekw. «La plus belle chose que j'ai donnée à ma famille, c'est la fierté et d'être bien en dedans de soi», a-t-elle ajouté.

Marianne et son mari David ont aidé leur prochain plus souvent qu'à leur tour, jeunes et moins jeunes.

«C'était souvent mon père qui s'occupait des familles dans le besoin. Je pense que mes parents nous ont transmis l'importance d'aider les autres», assure Lucie Petiquay. 

Mais il y a eu toutes les périodes difficiles aussi. La famille Petiquay n'a pas été épargnée. Le temps entourant les pensionnats n'a pas été facile, vraiment pas. Trois de ses enfants y sont allés, dont Célina. «Ça l'a beaucoup affectée. Elle m'en parle souvent», affirme-t-elle.

On se souvient du départ, de la façon dont ça s'est fait, de la tristesse qu'on vivait, mais on n'entre pas dans les détails préférant les souvenirs plus joyeux.

La famille n'a pas non plus été épargnée par la problématique du suicide dans les communautés autochtones. «Ç'a n'a pas toujours été facile. Il y a eu des suicides dans la famille. Dans les enfants, les petits-enfants aussi, ce sont des étapes très difficiles», avoue Laurianne Petiquay, une des petites-filles de Marianne.

C'est un sujet qu'on aborde peu en famille, le sujet est sensible et la tristesse est bien présente. «On ne s'en remet jamais d'une certaine manière, avoue Laurianne. On essaie plutôt d'apprendre à vivre avec ça. C'est un passage difficile.»

Mais ils sont passés au travers, comme tout le reste. D'ailleurs, l'amour et le lien qui les unissent transpercent la pièce où Le Nouvelliste les a rencontrées.

Puis on espère que Marianne sera vivante pour longtemps encore et qu'elle donne des nouvelles un peu plus régulièrement sur Facebook. «Quand on lui parle de son Facebook, elle dit qu'elle l'a laissé dans l'ordinateur à La Tuque», a souligné en riant Noella.

On aimerait écrire l'histoire de sa vie. C'est le souhait de plusieurs membres de sa famille pour qu'on se souvienne de la femme pendant encore plusieurs générations.

Marianne s'est également prêtée au jeu pour un vidéoclip de Samian. On ne cache pas qu'elle a été fortement impressionnée par le montage!

Marianne tient dans ses bras son dernier arrière-arrière-petit-fils,... - image 2.0

Agrandir

Marianne tient dans ses bras son dernier arrière-arrière-petit-fils, Jacob. Ils sont accompagnés des parents (à l'arrière) Brandon Petiquay Michel et sa copine Marie Soleil Rannou.

«Je pense que ça s'en va du bon bord»

Le débat sur les autochtones, surtout les femmes autochtones, ne cesse d'alimenter les discussions depuis des mois. Le Nouvelliste a profité de sa rencontre avec les cinq femmes de générations différentes pour connaître leur point de vue sur le sujet.

«Ils commencent à nous écouter et ils commencent à réaliser que les choses qu'on a vécues n'ont pas à être cachées. On a vécu beaucoup de choses vous savez», souligne Célina Petiquay.

«Je travaille aux Escoumins, je me suis bien moulée dans la gang. Maintenant, les gens me disent qu'ils percevaient les autochtones comme ci ou comme ça... Je me rends compte qu'ils ont plus d'ouverture. Je pense que ça s'en va du bon bord. [...] Mon père disait toujours quand tu coupes quelqu'un en deux, on est tous pareils à l'intérieur. Quand tu rencontres quelqu'un, il a quelque chose à te montrer et toi aussi. C'est ça la vie», ajoute sa soeur Noella.

On soutient par contre qu'il y a encore des préjugés, de part et d'autre.

«Des préjugés, il va toujours y en avoir. Il y en a aussi chez les autochtones. Parfois les autochtones ont des préjugés envers d'autres nations. C'est quelque chose qu'on ne peut pas vraiment changer. C'est un cercle vicieux», lance Célina Petiquay.

Par ailleurs, on peut tenter de réduire le problème. Beaucoup d'efforts sont mis sur la prévention, notamment, au centre d'amitié autochtone de La Tuque. «Il y a du travail à faire, mais je suis certaine qu'on peut travailler ensemble. On va être capable de s'unir un jour! J'y crois et c'est dans cet esprit-là qu'on travaille ici», a commenté Laurianne Petiquay. 

«Moi, mon idole féminine, c'est ma grand-mère», a-t-elle conclu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer