Fidel est mort mais pas son système économique

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Habitué des séjours de travail humanitaire à Cuba, Sylvain Pinet croit que le système économique cubain se transformera doucement, mais sans grande révolution.

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(Trois-Rivières) Cuba ne devrait pas connaître de très grands chambardements, maintenant que Fidel Castro est décédé. Habitué des séjours de travail humanitaire dans ce pays socialiste, Sylvain Pinet croit que le système économique cubain se transformera doucement, mais sans grande révolution.

Depuis 1999, Sylvain Pinet a vécu, par séquences, l'équivalent de deux ans en sol cubain. Il a développé au fil des ans et des voyages une bonne connaissance de cet État singulier. 

«On peut s'attendre à une certaine forme de continuité des réformes qui sont en branle présentement. C'est-à-dire à un régime qui permet à de petits entrepreneurs privés de pallier ce que le gouvernement n'arrive plus à combler», affirme Sylvain Pinet, le coordonnateur des stages à l'international du Comité de solidarité/Trois-Rivières. 

«Par exemple, lors de l'ouragan Matthew, des municipalités ont été rasées au complet du côté de la province de Guantánamo. Pour essayer de répondre aux besoins locaux, le gouvernement a exempté les petits commerçants de payer des taxes afin qu'ils puissent vendre à la population des matériaux de construction. Le gouvernement voulait que la reconstruction aille plus vite. D'avoir le droit de faire du commerce, c'est déjà quelque chose.»

Jean-Claude Landry, le président du conseil d'administration du Comité de solidarité/Trois-Rivières, estime que les dirigeants cubains ne souhaitent pas ouvrir les marchés comme la Chine l'a fait. Cela aurait pour conséquence, selon lui, de creuser les inégalités sociales.

«C'est une dimension importante. Cuba est sensible aux inégalités. L'ouverture des marchés ouvre la porte aux inégalités. En Chine, on a vu l'émergence d'une classe très riche, alors que plusieurs sont très pauvres», soutient-il. 

Déjà, la société cubaine a plusieurs classes sociales. Sylvain Pinet souligne que depuis l'ouverture de l'île au tourisme, certains Cubains se sont enrichis avec des petits commerces. 

«Ils doivent payer une taxe à l'État, mais déjà on voit qu'ils ont une bien plus belle maison que les autres. Quelque part, il y a quand même de la richesse qui se crée», précise le coordonnateur aux stages internationaux du Comité de solidarité. 

Depuis le retrait de Fidel Castro de la vie politique en 2008, plusieurs changements ont été apportés au système. Voyant le rythme plutôt lent de ces réformes, Sylvain Pinet indique que les Cubains sont conscients que les choses changent lentement.

«Ils ne s'attendent pas à ce que les choses changent du jour au lendemain. Ils peuvent donc être patients», précise-t-il.

«Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de Cubains qui veulent retourner à la situation d'avant, à l'économie de casino qui appartenait aux Américains. Ils sont très fiers d'avoir pu résister aussi longtemps à ce système économique.»

Pourquoi les Cubains veulent-ils que les changements se fassent si lentement? Sylvain Pinet croit que la population doit s'adapter à de nouvelles responsabilités civiles, comme de payer des impôts.

«Dans le système cubain d'avant, la personne n'était presque pas payée pour le travail qu'elle faisait. Mais l'État ne collectait pas d'impôt», note-t-il. 

«L'instauration de la nouvelle façon de voir les choses, c'est qu'on permet à des individus d'avoir des droits économiques, individuels, mais en contrepartie, ces individus doivent payer de l'impôt à l'État. Pour nous, ça va de soi. Mais pour un Cubain qui ne paie pas d'impôt depuis trois générations, c'est un apprentissage.»

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