Chrétien défend Justin Trudeau

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Jean Chrétien en compagnie de Fidel Castro lors d'une visite officielle du premier ministre du Canada à Cuba en 1998.

La Presse AFP

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(Trois-Rivières) L'ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, se porte à la défense de Justin Trudeau grandement critiqué à la suite de ses propos concernant Fidel Castro, décédé vendredi. Celui qui a dirigé le Canada de 1993 à 2003 estime que l'actuel premier ministre a fait l'éloge du révolutionnaire Cubain, car il était après tout un ami de son père, Pierre Elliott Trudeau.

«Justin Trudeau le connaissait. Il était un très grand ami de son père. Ce n'était pas une question de faire de la politique, c'était une question d'être civilisé», affirme l'ancien premier ministre du Canada en entrevue au Nouvelliste

«Les deux familles se connaissaient. C'était assez unique. Justin Trudeau est allé rencontrer son frère, Raúl Castro, dernièrement à Cuba. Et les journalistes disent que Fidel Castro ne l'a pas reçu. C'est évident qu'il était dans le coma. On fait des histoires avec rien de nos jours.»

Rappelons qu'au lendemain de l'annonce du décès du père de la révolution cubaine, Justin Trudeau avait salué les forts liens entre le Canada et Cuba, en plus d'évoquer son amitié pour le défunt de même que sa profonde tristesse. Reconnaissant dimanche que Fidel Castro était un dictateur, Justin Trudeau a malgré tout essuyé plusieurs critiques ce week-end. 

Alors que le premier ministre du Canada a invité les pays participant au Sommet de la Francophonie à faire progresser les droits de la personne, notamment ceux des femmes et de la communauté LGBT, nombreux ont soulevé le caractère contradictoire de sa déclaration sur Fidel Castro. Lors de la clôture du Sommet dimanche, Justin Trudeau a dit comprendre «tout à fait» que sa déclaration ait pu choquer les détracteurs du régime castriste. 

«Il y a des gens qui ont bien des souvenirs, qui ont vécu des réalités extrêmement difficiles par rapport à l'histoire de Cuba. Et je ne suis pas du tout en train de minimiser ça», a-t-il souligné.

«J'étais en train de reconnaître l'impact que cet homme a eu pendant longtemps dans ce pays, et certainement reconnaître que c'est un pays avec qui le Canada a des liens profonds et de longue durée», s'est-il justifié.

Fidel Castro et Jean Chrétien, alors premier ministre... (Archives, La Presse) - image 2.0

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Fidel Castro et Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, lors des funérailles de Pierre Elliott Trudeau en 2000 à Montréal.

Archives, La Presse

Des relations diplomatiques particulières

Jean Chrétien a rencontré à cinq occasions le père de la révolution cubaine. Il se souvient d'un personnage politique «imposant» qui était en quelque sorte plus grand que nature.

«C'est un homme qui a pris beaucoup plus de place que l'importance de son pays. Il a dominé les nouvelles durant près de 50 ans. C'est un grand personnage. C'est un homme qui a été bien admiré et bien critiqué qui disait ce qu'il pensait», se souvient l'ancien premier ministre du Canada qui avait été à l'époque le premier leader d'un pays occidental à rencontrer Fidel Castro en dix ans. 

Ses rencontres avec Fidel Castro ont toujours été courtoises et très intéressantes, se rappelle l'ancien député de Saint-Maurice. Fidèle à sa réputation, Castro aimait beaucoup parler de politique surtout après le coucher du soleil. 

«Les réunions avec lui étaient toujours très longues. Il aimait parler. Il aimait parler la nuit à part de ça. Il fallait se préparer. Quand on rencontrait Castro pour le souper, ça finissait très tard dans la nuit», précise Jean Chrétien. «C'était toujours très intéressant. Il était au courant de bien des choses, ce n'était pas ennuyant du tout de discuter avec lui.»

Même si Jean Chrétien croit en un système politique et économique à l'opposé de celui mis en place par Fidel Castro, il a toujours suivi le modèle diplomatique multilatéral canadien instauré par Lester B. Pearson. «Évidemment, on n'était pas toujours d'accord avec lui», affirme l'ancien premier ministre du Canada. 

«Nous avions des désaccords, mais ça se passait toujours de façon civilisée. [...] Il avait ses idées à lui, il était un communiste. Je lui ai même dit un moment donné qu'il était le dernier communiste dans le monde, parce que les Chinois ont adopté un système économique pratiquement capitaliste. Castro a répondu qu'il en était bien fier.» 

La relation entretenue avec Cuba se compare à celle que le Canada a avec la Chine. Les deux nations ont des systèmes politiques diamétralement opposés, ce qui n'empêche pas d'avoir des relations diplomatiques. Malgré tout, Jean Chrétien a abordé avec Fidel Castro la question des droits de la personne. 

«J'ai essayé de lui faire signer la Charte des droits des Nations unies, mais je n'ai pas réussi», mentionne-t-il. «Il disait que Cuba n'avait pas besoin d'unions, parce que c'est ''moi'' qui représente les unions. ''C'est moi le patron des unions, je représente tous les ouvriers''.» 

Jean Chrétien reconnaît que le père de la révolution cubaine a permis d'importantes avancées pour son peuple, notamment au niveau de l'éducation et la santé. Il estime toutefois que cela s'est fait au prix du sacrifice des libertés individuelles. 

«Il a fait l'égalité par en bas, par la pauvreté», croit l'ancien premier ministre du Canada. 

Avec la collaboration de la Presse Canadienne

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