Banques alimentaires: les demandes explosent

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La situation au Québec n'est pas rose avec une augmentation de la fréquentation des banques alimentaires de 5,3 % depuis l'an dernier.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Encore plus de Canadiens ont eu recours aux banques alimentaires cette année, selon le plus récent rapport de Bilan-Faim.

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Les 85 organismes membres de Moisson MCQ, dont le conseil d'administration est présidé par Jean-Guy Doucet, ont desservi mensuellement 4178 personnes de plus.

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Et la région ne fait pas exception alors que les 85 organismes membres de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec ont desservi mensuellement 4178 personnes de plus, pour un total qui frôle les 23 000 bénéficiaires, dont près de 7000 enfants.

«C'est du jamais-vu au niveau du Canada, du Québec et chez nous particulièrement. C'est notre plus forte augmentation», a commenté le président du conseil d'administration, Jean-Guy Doucet. 

À travers le pays, le nombre de personnes qui ont reçu des denrées auprès des organismes d'aide alimentaire a crû de 1,3 % en 2016, pour un total 863 492 personnes aidées. La situation au Québec n'est pas plus rose, avec une augmentation de la fréquentation des banques alimentaires de 5,3 % depuis l'an dernier.

De façon générale, le recours à une telle aide a explosé depuis la crise économique de 2008, avec un bond de près de 28 % depuis cette année difficile au Canada, et de près de 35 % au Québec.

Le rapport du réseau Banques alimentaires Canada survient alors que le gouvernement de Philippe Couillard vient de faire adopter le projet de loi 70, qui coupe de près du tiers la prestation de certains assistés sociaux au Québec. Ainsi, les nouveaux demandeurs d'aide sociale qui refusent de faire des démarches d'emploi verront leur prestation de base mensuelle passer de 623 $ par mois à 399 $.

«Ça va avoir un impact direct. Les politiciens font de la pensée magique en pensant qu'en coupant le revenu, ils vont aller travailler. La plupart des gens qui ne travaillent pas ne sont pas aptes au travail. C'est un raccourci intellectuel», poursuit M. Doucet.

Selon la coordonnatrice générale de COMSEP, Sylvie Tardif, les nouvelles règles vont aggraver la situation. «C'est impossible de vivre avec moins de 400 dollars par mois. Le gouvernement veut sauver 50 millions de dollars, mais ce n'est peut-être pas de la bonne façon. Il ne fait que déplacer le problème. On ne croit pas à la coercition. Les gens sont inquiets», a-t-elle confié.

Déjà, celle-ci n'est aucunement surprise par la hausse de la fréquentation des banques alimentaires. «Nous, ce qu'on constate, c'est que les gens ont de moins en moins d'argent disponible pour manger. Le chèque n'augmente pas alors que tout augmente. En plus, il y a eu des hausses assez épouvantables au niveau des aliments, même des aliments de base habituellement faciles à acheter. Le steak haché, les fruits, les légumes, c'est hors de prix. Ce que font les gens, c'est qu'ils se retournent vers des banques alimentaires pour être capables de mieux s'alimenter», explique Mme Tardif.

Pour Jean-Guy Doucet, une multitude de facteurs font en sorte que les gens n'arrivent plus à joindre les deux bouts. «De 8 % à 10 % de ceux qui viennent chez nous travaillent, mais dans des emplois précaires, ou au salaire minimum», rapporte le dirigeant de Moisson MCQ.

À son avis, il est donc important de leur venir en aide. «Les dons en denrées varient et nous mettons en place des actions pour augmenter les denrées distribuées ainsi que la variété des produits. Grâce au travail de Moisson et de tous les partenaires, chaque 10 $ de don nous permet de distribuer une valeur marchande de 130 $ de nourriture», se plaît-il à indiquer.

Dans son rapport, Banques alimentaires Canada salue certaines initiatives du gouvernement de Justin Trudeau, dont la création de la nouvelle Allocation canadienne pour enfants (ACE) et les importants investissements pour la rénovation des logements sociaux.

«Certes, ces changements ont des incidences positives, mais cela dit, les constatations du Bilan-Faim nous font comprendre qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine», peut-on lire dans le document.

On y recommande notamment de présenter une stratégie nationale de réduction de la pauvreté d'ici octobre 2017, de plancher sur l'idée d'un revenu de base garanti au pays et de repenser l'aide sociale. Le rapport s'appuie sur les données de 4140 organismes de distribution de denrées ou de repas au Canada. Les informations sont recueillies chaque année en mars.

Avec la collaboration de La Presse canadienne

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