Une révolte contre les élites

Francis Langlois, membre associé de l'Observatoire sur les... (Archives Le Nouvelliste)

Agrandir

Francis Langlois, membre associé de l'Observatoire sur les États-Unis.

Archives Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les déclarations fracassantes et controversées de Donald Trump tout au long de la campagne présidentielle semblent avoir «canalisé une espèce de révolte, aux États-Unis, contre les élites traditionnelles, les élites politiques, financières et médiatiques.»

C'est ce qui aurait contribué à le propulser à la Maison-Blanche, analyse Francis Langlois, enseignant au Cégep de Trois-Rivières et membre associé de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

«Il est aussi allé chercher une base que personne n'avait osé courtiser, c'est-à-dire la base ouvertement raciste, antiféministe et contre les changements sociaux engendrés notamment par l'immigration», constate M. Langlois.

Le taux de participation à l'élection a été très bas, ajoute-t-il. «Ce n'est pas une élection qui a mobilisé tant que ça, même si le vote par anticipation était très élevé, ça n'a pas levé tant que ça», dit-il.

Pour ce chercheur, la qualité des deux candidats à la présidence y est pour beaucoup. «Aucun des deux candidats n'était particulièrement apprécié par la population», rappelle-t-il.

Hillary Clinton représentait l'élite politique qui, de toute évidence, a été rejetée par les Américains. «Elle et son mari ont transformé, depuis les années 1990, le Parti démocrate en parti Clinton. Ils ont orienté le Parti démocrate vers l'élite financière et industrielle. Or avant, le Parti démocrate était le parti des petits, de la classe ouvrière et des syndicats», note-t-il.

«Elle est là depuis au moins 30 ans, sinon plus. Juste le fait que Bernie Sanders ait pu lui mener une lutte aussi solide à l'intérieur même du Parti démocrate montre qu'elle ne soulevait pas l'enthousiasme.»

Francis Langlois n'a pas passé une partie de la nuit devant sa télé à attendre le résultat final de l'élection présidentielle, mardi. «Je me suis couché vers 10 h 30 parce que lorsque j'ai vu les marges par lesquelles Mme Clinton perdait là où Barack Obama avait gagné haut la main dans les États dits de la Rust Belt, je me suis dit qu'à moins d'un revirement, c'était fini», raconte-t-il.

Francis Langlois, comme la plupart des experts, avoue humblement qu'avec un président comme Donald Trump, les pronostics sont impossibles.

«Étant donné que le Parti républicain contrôle le Sénat, la Chambre des représentants et la présidence, dès le départ, il va nommer au moins un juge de la Cour suprême et un juge de la Cour suprême, ça influence les États-Unis pendant 30 ans. D'après moi, il va en nommer deux ou trois, au moins. Il va influencer le destin des États-Unis juste à ce niveau-là. Pour le reste, on verra. Je pense qu'il va décevoir. Il a promis trop de choses qui ne tiennent pas la route», estime l'analyste.

Donald Trump est un partisan des énergies fossiles alors qu'ailleurs dans le monde, des efforts sont mis pour changer de direction. «Le charbon est moins rentable qu'avant», illustre M. Langlois. «C'est une vague de fond qui ne pourra pas changer. Alors je ne sais pas comment il va faire. Il va décevoir son électorat», prévoit-il.

«Je pense que ça va faire une catastrophe dans la mesure où il va prendre des initiatives, un peu comme George W. Bush qui a fait erreurs par-dessus erreurs», analyse-t-il.

L'expert prévoit que cette présidence va «déstabiliser beaucoup les relations entre les pays.» Déjà, les indices boursiers ont réagi fortement à la baisse. M. Langlois se souvient de la tentative de campagne électorale, en 1988.

«Quand il est allé à Oprah Winfrey, il a dit exactement les mêmes choses que cette année concernant l'OTAN et la politique étrangère. Il parlait de détruire l'État islamique, de bombarder, mais en même temps, il parlait de retirer les troupes. Il a aussi mentionné, en passant comme ça, l'idée d'utiliser les armes nucléaires et pourquoi pas? Sinon pourquoi on en a? En parler comme si c'était une arme conventionnelle, ça montre un manque de maturité, de conscience», estime-t-il.

Il semble n'y avoir qu'un seul point positif, dans toute cette affaire, indique Francis Langlois à la blague. «Les Américains ont voté plusieurs lois qui vont les aider à passer à travers les prochaines années», dit-il. «C'est le cas notamment de quatre États qui ont décidé de légaliser la marijuana.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer