Survivre à la mort

Sylvain Michaud avec la tête de l'aigle qui... (Olivier Croteau)

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Sylvain Michaud avec la tête de l'aigle qui doit couronner la totem commencé avec sa conjointe, Chantal Berthiaume.

Olivier Croteau

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(Trois-Rivières) Le 15 juillet 2015 est une journée noire dans la vie de Sylvain Michaud. L'artiste travaillait en plein air dans un stationnement d'un commerce de la rue Royale à Trois-Rivières sur une oeuvre avec sa conjointe Chantal Berthiaume lorsque tout a basculé. Une remorque tirée par un véhicule s'est détachée avant de poursuivre son chemin vers les deux artistes, quelques dizaines de mètres plus loin, infligeant des blessures mortelles à Chantal Berthiaume.

«C'était une magnifique journée d'été. Chantal travaillait sur notre oeuvre lorsqu'elle m'a souri parce qu'elle était heureuse. Nous étions un à côté de l'autre. C'est à ce moment qu'elle a été heurtée par la remorque et qu'elle est décédée», se souvient avec émotions Sylvain Michaud. «L'impact, le bruit, les odeurs... ça reste. Ceux qui disent que la mort a une odeur, ils ont raison. C'est vrai... je peux le dire.» 

Depuis ce jour, la vie n'est plus la même pour l'artiste endeuillé et traumatisé par ces événements. Sans divulguer tous les détails, les blessures subies par Chantal Berthiaume étaient très importantes, extrêmement difficiles à voir et fatales. 

Sylvain Michaud a été blessé physiquement, notamment au niveau du dos et des dents, mais surtout psychologiquement. «Ce que je fais depuis, c'est d'essayer de survivre à tout ça», confie-t-il. «Je suis conscient maintenant que la vie c'est éphémère.»

Depuis, Sylvain Michaud consulte un psychologue et un physiothérapeute payés par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ). «Je consulte un psychologue, mais ce n'est pas évident. Je ne m'attends pas à avoir des dédommagements plus que ça», précise-t-il. «Par contre pour mes dents cassées, je dois défrayer des coûts. La SAAQ paye un pourcentage des frais, mais pas entièrement. Je ne suis pas assuré, alors je dois attendre pour me faire réparer les dents. Pour me faire payer par la SAAQ, je devrais passer par un avocat, mais c'est une guerre que je n'ai pas la force mentale de faire.»  

Conséquence de son traumatisme, ses activités professionnelles sont au ralenti depuis l'accident. «L'inspiration a pris un coup. Avant je faisais énormément de photos, maintenant je n'en fais plus parce que je n'ai pas vraiment d'inspiration», souligne l'artiste Sylvain Michaud. «Je pense à bien d'autres choses que de prendre des photos.»  

Le compagnon de Chantal Berthiaume affirme que des policiers de Trois-Rivières lui ont dit que l'enquête était terminée et qu'il s'agissait d'un bête accident de la route. Rappelons que le véhicule venait de franchir le passage à niveau de la rue Royale, près de la rue Benjamin Sulte, lorsque la remorque s'est détachée.

Chantal Berthiaume devant une de ses toiles.... (Archives Le Nouvelliste) - image 2.0

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Chantal Berthiaume devant une de ses toiles.

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Sylvain Michaud n'est pas d'accord avec les conclusions des policiers. Pour lui, il y a eu négligence de la part de l'automobiliste, cette fameuse journée de juillet 2015. La principale raison de cette négligence, c'est que la remorque n'était pas reliée au véhicule par des chaînes de sécurité, dit-il. Pourtant, la Société de l'assurance automobile du Québec est claire à ce sujet (article 245 du Code de la sécurité routière). Un dispositif de sécurité, par chaîne ou câble de sûreté, doit être utilisé afin de prévenir la perte d'une remorque si jamais le dispositif d'attelage a un problème.

«J'ai déjà été camionneur professionnel. En tant que camionneur, si je n'attache pas correctement mon chargement, je mets la vie de tout le monde en danger. Je ne peux pas faire ça», dénonce Sylvain Michaud. «Il y a eu selon moi négligence de la part du conducteur du véhicule. [...] Selon moi, il y avait un problème avec sa boule, il n'était pas chaîné et il avait une basse pression d'air dans un pneu. Si on n'appelle pas ça de la négligence, qu'est-ce que c'est? Mais est-ce que je vais m'obstiner avec la police? Ça ne me tente pas.»

Lorsque l'accident est arrivé, les deux artistes travaillaient sur un projet de totem en plein air. Ils s'étaient installés pour quelques semaines dans le stationnement du commerce Aux milles et une fêtes. L'objectif était de créer dans un lieu public pour que les résidents du quartier puissent voir l'évolution de leur projet et ainsi démocratiser, en quelque sorte, le travail des artistes.

Interrompue durant une bonne période, la réalisation du totem a repris. Sylvain Michaud poursuit seul cette oeuvre monumentale. Il a d'ailleurs réparé les marques laissées par l'accident. «C'était extrêmement difficile de le réparer», note l'artiste. «Même peindre c'est devenu compliqué.»

Quelques projets artistiques sont en cours afin d'immortaliser la mémoire de Chantal Berthiaume. L'artiste était connue et reconnue par la communauté artistique de la région. Son décès prématuré avait attristé tous ses confrères et consoeurs artistes. Sylvain Michaud travaille notamment sur une exposition des oeuvres de sa compagne afin de contribuer, comme il le peut, à immortaliser sa mémoire.

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