Le poids des mots de Jono

Jono Lancaster et Jannie-Karina Gagné, ont visité la... (François Gervais)

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Jono Lancaster et Jannie-Karina Gagné, ont visité la classe de Laurie Gagnon au CMI.

François Gervais

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(Trois-Rivières) C'était jour de fête, vendredi, pour la petite Laurie Gagnon, qui a pu accueillir son idole Jono Lancaster dans sa classe de première année au Collège Marie-de-l'Incarnation. Le Britannique qui, comme la petite Trifluvienne, souffre du syndrôme de Treacher-Collins, est venu livrer un témoignage inspirant et surtout un message positif à trois classes d'élèves qui étaient tous accrochés aux paroles du conférencier.

Les petites mains ne se levaient pas rapidement lorsque l'interprète et amie de Jono, Jannie-Karina Gagné, a demandé aux enfants de la classe de Laurie de lui indiquer ce qu'il avait de différent. «Il a de petites oreilles, il a un appareil auditif», pouvait-on entendre murmurer, avant qu'une petite fille ose dire «il n'a pas le même visage que nous, les mêmes yeux que nous». Plus tard, cette même fillette, avec toute la délicatesse du monde, avouera au groupe et à Jono qu'elle ne voulait pas le dire parce qu'elle avait peur de lui faire de la peine.

C'est là une partie du message que l'homme, qui prononce aujourd'hui des conférences dans des écoles à travers le monde, a livré à des enfants de première et de cinquième années. Le poids des mots que l'on prononce peut être si fort dans la vie d'une personne qu'il vaut mieux prendre le temps de bien choisir ce qu'on dit de l'autre, et ce qu'on dit à l'autre.

Pour Jono qui a vécu beaucoup d'intimidation et qui s'est isolé de nombreuses années de sa vie, chaque enfant devrait croire en lui et adopter une attitude positive, peu importe le défi qu'il doit surmonter. À son entrée à l'école, Jono a été le sujet de plusieurs moqueries, et n'a plus osé se confier à sa mère adoptive le jour où il a compris que l'idée que son fils vivait de l'intimidation lui faisait de la peine. Il a, pendant de nombreuses années, évité les miroirs pour fuir ce qu'il savait qu'il ne pouvait pas changer. Jusqu'à ce que certaines personnes rencontrées au fil du chemin lui fassent comprendre sa véritable valeur, sa beauté et la richesse de son existence.

«J'ai compris à un moment de ma vie que ce n'était pas mon visage le problème, c'était moi et mon attitude. Ce n'était pas mon visage qui allait m'empêcher d'avoir un emploi, de me marier, de vivre mes rêves, c'était la façon dont j'abordais la vie et les intentions que je prêtais aux gens avant même qu'ils aient fait quoi que ce soit», fait-il savoir, tout en encourageant les enfants à ne jamais tolérer aucune forme d'intimidation.

Pour la maman de Laurie, Marie-Hélène Bélisle, cette visite était d'autant plus importante puisque sa fille a pu tisser une belle amitié avec une personne pouvant lui donner beaucoup d'espoir et d'ambition. «On ne voulait pas que ce soit centré sur Laurie, cette rencontre. On voulait que Jono puisse apporter le même message à tous les enfants, que ce soit un message positif, constructif pour chacun d'eux et que ça puisse laisser une trace dans leur vie», explique-t-elle.

C'est d'ailleurs ce qui a manqué à Jono Lancaster, dans son enfance, de pouvoir s'accrocher à un modèle qui lui aurait fait voir qu'il peut lui aussi vivre une vie normale malgré sa différence. «J'ai besoin de leur dire qu'il faut croire en ses rêves et se faire confiance. Si quelqu'un comme moi avait pu me le dire quand j'étais jeune, ça aurait changé beaucoup de choses et je n'aurais pas mis autant de temps avant de foncer dans la vie», explique celui qui tisse des liens avec des centaines d'enfants souffrant de différences crânio-faciales à travers le monde.

Il termine d'ailleurs sa tournée québécoise ce samedi à l'hôpital Sainte-Justine, avec de nombreuses familles qui partagent le même défi et qui ont pu se joindre grâce à un groupe d'entraide sur Facebook. «J'ai très hâte de pouvoir tous les rencontrer. Et ma présence ici n'est qu'une excuse pour ces gens de se rassembler, de se rencontrer et de parler ensemble, de pouvoir s'aider à travers tout ça. Car quand ça arrive dans une famille, on a souvent l'impression qu'on est les seuls à vivre ça», souligne celui qui a été abandonné à l'hôpital par ses parents biologiques, lorsqu'il n'était âgé que de 2 jours. «On ne devrait jamais laisser personne changer qui nous sommes», conclut-il.

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