Fluoration: une étude qui fait grincer des dents

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Une étude menée auprès de 1000 élèves de la région sur les effets de la fluoration sur la carie dentaire indispose certains parents opposés à la fluoration.

Francois Gervais, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Alors que la Ville de Trois-Rivières s'apprête à reprendre la fluoration de l'eau potable au cours des prochains mois, une étude visant à évaluer la santé bucco-dentaire des enfants habitant sur le réseau desservi par de l'eau fluorée sera menée dans les prochains mois dans quatorze écoles primaires de Trois-Rivières. Une étude qui n'a pas été sans faire grincer des dents certains parents.

C'est au cours des derniers jours que la communication a été transmise aux parents par le biais de l'agenda des enfants. Le formulaire d'information et de consentement pour la recherche du Dr Christian Caron indique que l'étude sera menée chez des enfants de la maternelle à la deuxième année, et ce, pour une période de cinq ans.

La même étude sera faite auprès d'élèves du même âge de la région de Shawinigan, où l'eau n'est pas fluorée, afin de servir de ville-témoin. Dans le préambule, on indique que peu de données récentes ont été collectées par les chercheurs au Québec sur la fluoration, et que le chercheur aimerait collecter des données à cet effet.

En tout, 1000 élèves de la région feront partie de l'étude, soit 500 enfants à Trois-Rivières et le même nombre à Shawinigan.

Mais pour certains parents, cette étude ne passe tout simplement pas. Bien qu'elle soit optionnelle et que ces parents n'entendent pas donner leur autorisation pour y faire participer leur enfant, ils déplorent aujourd'hui une nouvelle fois le manque d'information entourant la fluoration de l'eau potable. 

Pour Christian Gélinas, il est hors de question que sa fille soit «utilisée comme cobaye». «Il y a eu une pétition de presque 20 000 noms, il y a eu plusieurs interventions à l'hôtel de ville pour essayer d'avoir plus d'informations, et chaque fois on se faisait traiter comme si nous étions des innocents de se poser des questions. Et là, on mène une étude pour justement poser ces questions et savoir si la fluoration est une bonne affaire? C'est presque insultant, et il n'est pas question que ma fille y participe», a-t-il déclaré.

Christian Gélinas dit s'opposer à la fluoration principalement parce qu'il refuse de se faire imposer un tel choix, une manoeuvre qu'il ne juge pas éthique. «Si c'était réellement un enjeu de santé publique, il y aurait un consensus à la grandeur de la province. Là, nous sommes presque seuls de notre bord à fluorer, alors que toutes les municipalités au Québec, ou presque, ont délaissé cette mesure depuis longtemps. On ne peut pas m'obliger à consommer un produit chimique dont l'efficacité réelle est contestée de toutes parts», ajoute-t-il.

Même son de cloche pour Laurence Gauthier, qui n'entend pas inscrire sa fille à cette étude. «Déjà, comment ça nous est présenté, c'est biaisé. On n'explique pas le produit utilisé pour la fluoration. On n'informe pas les parents des nombreuses études qui contredisent l'efficacité de la fluoration», ajoute-t-elle. 

Cette maman de deux enfants, dont un serait visé par l'étude, n'apprécie pas non plus avoir reçu une telle communication par le biais de l'école. 

«On nous vend ça comme des services dentaires gratuits offerts à nos enfants. On dirait presque que c'est un privilège que d'être choisi pour cette étude. Qu'on nous amène ça dans l'agenda ne favorise pas non plus la conversation avec les autres parents, avec la direction de l'école.

Les gens sont mal informés et ce n'est pas avec de tels documents qu'ils vont pouvoir savoir de façon plus éclairée ce que contiendra bientôt l'eau de leur robinet, ce que leurs enfants vont bientôt boire», ajoute Laurence Gauthier, qui avoue se sentir un peu prise en otage dans cette situation et qui magasine déjà les systèmes lui permettant de boire de l'eau de source non fluorée.

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Le Dr Christian Caron

Dans l'intérêt de toute la population

Le Dr Christian Caron s'attendait à ce qu'il y ait de la résistance face à l'étude qu'il s'apprête à mener sur la fluoration de l'eau potable. Le scientifique est conscient que le sujet est sensible à Trois-Rivières. Mais il demeure catégorique: il faut faire la différence entre les décisions politiques et la recherche scientifique qui s'apprête à être menée.

«Ne pas participer à mon étude n'empêchera pas la Ville de fluorer l'eau. On ne doit pas se cacher la tête dans le sable et c'est dans l'intérêt de toute la population de savoir. Les résultats que j'obtiendrai, peu importe ce qu'ils disent, ce sera ce qu'il y aura dans mon rapport. Et même les personnes qui s'opposent à la mesure devraient être en faveur de l'étude, car si elle leur donne raison, ça confortera leur position», mentionne le chercheur.

Du même coup, Christian Caron insiste sur le fait qu'un enfant qui ne boira que de l'eau en bouteille sera aussi le bienvenu à participer à cette étude, puisque de nombreuses données seront mesurées et qu'il permettra des comparaisons intéressantes avec l'enfant qui boira l'eau du robinet.

La recherche du Dr Caron, bien que financée par le ministère de la Santé et le CIUSSS, est menée de façon indépendante, assure-t-il. «C'était primordial pour moi. Le ministère aurait pu piger dans ses dentistes à l'interne, mais ils sont venus chercher une ressource indépendante. J'ai formé moi-même le groupe de chercheurs et personne n'a interféré dans le protocole de 118 pages que j'ai établi», signale Dr Caron.

Au total, ce sont 1500 enfants au Québec qui y prendront part. En plus des 1000 de Trois-Rivières et Shawinigan, 500 enfants de Châteauguay, où l'eau est fluorée depuis fort longtemps, seront aussi évalués, à titre de ville-témoin. En tout, trois mesures seront prises, soit une au début, une après trois ans et une après cinq ans. 

Déjà, après la première mesure, le Dr Caron s'attend à pouvoir divulguer certains résultats, spécialement avec les comparatifs des enfants de Châteauguay. Dès la fin de l'hiver 2017, les premiers chiffres devraient dévoiler certaines informations.

Le protocole propose de mesurer différentes données, dont la carie dentaire, l'hygiène dentaire des enfants, le milieu sociodémographique dans lequel ils évoluent, en plus de la quantité et de la provenance de l'eau consommée par l'enfant, qu'elle soit en bouteille ou du robinet. 

Deux questionnaires sur les habitudes de santé bucco-dentaires et sur les habitudes alimentaires de l'enfant feront aussi partie de l'étude.

Pour assurer la transparence, un comité de suivi citoyen a été formé et compte un représentant de la commission scolaire, un de l'organisme COMSEP, le conseiller municipal Jean-François Aubin en plus de deux citoyens, dont l'un se dit en faveur de la mesure et l'autre en défaveur, explique le Dr Caron.

«Je compte sur eux pour agir comme un comité de surveillance, qui pourra également assurer une communication avec la population s'ils en ressentaient le besoin», mentionne le chercheur.

Ce dernier se dit confiant, malgré une certaine résistance, de réussir à recruter le nombre nécessaire pour former son échantillon. «J'ai confiance en l'intelligence des gens, qu'ils sauront faire la part des choses», conclut-il.

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