Maskimo à Pointe-du-Lac: des citoyens au bout du rouleau

Colette Salvas et Jean-Guy Ruest en ont assez... (Stéphane Lessard)

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Colette Salvas et Jean-Guy Ruest en ont assez de subir les désagréments du site appartenant à Maskimo, sur le Chemin des Petites-Terres à Pointe-du-Lac.

Stéphane Lessard

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(Trois-Rivières) Des résidents du secteur Pointe-du-Lac n'en peuvent plus de vivre à proximité du site de fabrication d'asphalte appartenant à l'entreprise Maskimo, sur le Chemin des Petites-Terres. Le bruit des camions, les odeurs et les opérations bruyantes sur le site ont aussi incité ces personnes à porter plainte au ministère de l'Environnement, qui a dû intervenir le 13 septembre dernier pour ce que les voisins croient être un non-respect du permis d'exploitation du site.

En effet, selon Colette Salvas et Jean-Guy Ruest, les opérations se seraient poursuivies sans interruption du dimanche 11 septembre en soirée jusqu'au mardi 13 septembre, et ce, sans aucune pause, même la nuit. Or, le permis d'exploitation du site limite l'entreprise à des opérations de 10 h par jour pour l'usine de béton bitumineux. Le ministère de l'Environnement confirme être intervenu en lien avec cette plainte et étudie présentement le dossier afin de savoir si une sanction sera ou non imposée à l'entreprise. En date de mercredi, des vérifications étaient toujours en cours dans ce dossier.

Il faut dire que si le ministère décide d'imposer une sanction, ce ne serait pas la première du genre, alors que cinq autres plaintes portées contre ce site ont mené à cinq sanctions du ministère depuis les dernières années. «À la suite de ces plaintes, des inspections ont été réalisées et des avis de non-conformité ont été signifiés. Une sanction administrative pécuniaire d'un montant de 2500 $ a été envoyée. Quatre avis de non-conformité ont été signifiés pour des manquements reliés au non-respect du certificat d'autorisation et pour des activités réalisées sans autorisation, notamment du tamisage de terre végétale. La sanction administrative pécuniaire a été envoyée pour ne pas avoir respecté toutes les conditions liées au certificat d'autorisation», confirme Geneviève Lebel, coordonnatrice aux relations avec les médias au ministère de l'Environnement. 

Mais pour Colette Salvas et Jean-Guy Ruest, cette situation est tout simplement intolérable. «L'été ici, c'est insupportable. Il n'est pas rare les jours où nous quittons carrément la maison pour aller passer la journée ailleurs et attendre que les opérations se terminent tellement ça sent mauvais. Ce n'est pas normal qu'on doive quitter notre maison pour espérer avoir un peu de tranquillité», martèle Mme Salvas, qui ajoute que le bruit causé par les camions et les opérations ne fait qu'empirer les choses.

«Ils utilisent leur frein moteur dans la bretelle de sortie d'autoroute avant de tourner vers le site, et ça mène un train d'enfer», ajoute M. Ruest. Le couple, qui estime avoir fait preuve de patience pendant de nombreuses années, ne sait plus vers qui se tourner pour espérer jouir un peu de la tranquillité qu'ils étaient venus chercher, il y a plus de 25 ans, alors que le secteur était encore zoné entièrement agricole.

Chez Maskimo, on estime faire tout ce qu'il est possible de faire pour minimiser les impacts pour le voisinage. Lorsque contactée par Le Nouvelliste pour commenter le dossier, l'entreprise nous a référé à une firme de relations publiques afin de répondre à nos questions.

Daniel Granger, président de ACJ Communication, explique que les sanctions reçues par le ministère de l'Environnement n'ont jamais eu de lien avec le bruit et les odeurs du site, mais plutôt en lien avec des changements technologiques que la compagnie effectue pour réduire les émissions, et pour lesquels elle est présentement en attente d'une modification de la part du ministère à ses certificats d'exploitation. «Le processus est déjà régularisé dans certains cas, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils obtiennent toutes les autorisations nécessaires», explique-t-il.

Quant au bon voisinage, M. Granger assure que Maskimo fait tout en son pouvoir pour réduire les impacts sur la vie des gens autour. «Ils ont construit des dunes afin de couper le bruit et réduire la pollution sonore. Des affiches ont été posées à l'entrée du site pour aviser les camionneurs de ne pas utiliser les freins moteur et des directives ont été données aux partenaires en ce sens. Mais il est difficile pour Maskimo de contrôler ce que font ces partenaires à l'extérieur de son site. Il y a eu des analyses de bruit l'an dernier sur le site, et elles respectaient toutes les limites autorisées, de jour comme de soir», soutient M. Granger.

Maskimo dit demeurer très attentive aux commentaires du voisinage, mais assure qu'à tout moment, la limite de 10 heures d'exploitation par jour a été respectée, ce que réfutent Colette Salvas et Jean-Guy Ruest, qui encore cette semaine disent avoir enregistré plusieurs journées où les opérations se poursuivaient au-delà de douze heures consécutives.

«Un illogisme d'urbanisme»

Lorsque Jean-Guy Ruest a acheté sa propriété du Chemin des Petites-Terres, vers la fin des années 80, tout le secteur était zoné agricole, ce que l'homme souhaitait. Quelques mois après avoir emménagé dans cette résidence pour sa retraite, l'homme a su que l'ancienne Municipalité de Pointe-du-Lac entendait faire un projet de parc industriel à proximité de sa résidence. Un avis de réserve de deux ans lui a d'ailleurs été signifié, alors que la Municipalité désirait l'exproprier.

Or, un fort mouvement d'opposition au projet de parc industriel a forcé le conseil municipal à abandonner l'idée. Selon les archives du Nouvelliste de l'époque, pas moins de 800 personnes avaient signé un registre pour bloquer le changement de zonage, soit deux fois plus que le nombre nécessaire de signataires. Le projet avait été abandonné, selon les archives.

Or, Jean-Guy Ruest explique que par la suite, le projet d'implantation de Maskimo à cet endroit ne devait qu'être temporaire. «On nous avait dit que c'était pour cinq ans. J'imagine que c'est pour ça qu'ils ont réussi à faire le changement de zonage», constate l'homme. «C'est un illogisme d'urbanisme qu'une telle entreprise puisse s'installer aussi près de maisons et de quartiers résidentiels», ajoute Colette Salvas, qui tient également le conseiller municipal du secteur au courant de ses démarches.

Selon Jean-Guy Ruest, certaines journées d'été, il a pu compter tout près de 100 camions passant devant sa résidence pour faire la navette entre l'autoroute et le site de production. Maskimo explique qu'en moyenne, lors des périodes de production, ce sont 50 véhicules par jour qui circulent à cet endroit. «Ça va dépendre de la production en lien avec les commandes. Des journées, ça peut être 20 camions. Mais 50, c'est une moyenne», explique Daniel Granger de ACJ Communication, répétant que Maskimo a mis plusieurs mesures en place pour limiter les inconvénients causés au voisinage. Il rappelle d'ailleurs que d'autres entreprises se trouvent également dans le secteur. 

À la Ville de Trois-Rivières, il n'a pas été possible d'avoir plus de détails sur les décisions prises par l'ancienne Municipalité de Pointe-du-Lac. Or, on assure que Maskimo respecte le règlement municipal en ce qui concerne le zonage et les activités autorisées dans ce secteur, et qu'aucune plainte n'a été portée à leur attention concernent ces opérations. «On ne peut pas exiger d'une compagnie de déménager, surtout si elle respecte le zonage», soutient Yvan Toutant, porte-parole de la Ville.

Pour Jean-Guy Ruest, c'est toutefois illogique que la Ville ait autorisé des développement domiciliaires tout autour dans les dernières années. «Moi, il y a 25 ans, je me suis fait avoir. Je cherchais la tranquillité, j'avais pris ma retraite jeune pour pouvoir en profiter. Mais je me suis fait avoir. Je ne souhaite à personne de venir s'installer ici», lance-t-il.

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