L'industrie du taxi fait la grève

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De nombreux chauffeurs de taxi ont fait la grève dans plusieurs villes du Québec, mercredi.

La Presse Canadienne, Graham Hugues

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De nombreux chauffeurs de taxi ont fait la grève dans plusieurs villes du Québec, mercredi, et leurs représentants réclament une rencontre avec le premier ministre Philippe Couillard afin de lui proposer un plan de rachat de leurs permis.

«On se presse pour conclure une entente avec une multinationale (Uber) qui fait de l'évasion fiscale, mais de l'autre côté on n'est pas capable de s'asseoir avec l'industrie du taxi pour établir un plan de rachat», a lancé en point de presse le porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), Benoît Jugand, au moment de lancer une manifestation à Montréal.

L'industrie du taxi conteste la mise en oeuvre prochaine du projet pilote du gouvernement du Québec encadrant les activités du service Uber, estimant que l'entente conclue avec cette entreprise n'a absolument rien à voir avec un projet pilote.

«Un marché ouvert dans 85 pour cent de la concentration des permis, ce n'est plus un projet pilote: ils mettent carrément un marché ouvert dans un cadre qui est fermé par la loi et par le règlement», a pour sa part déclaré le porte-parole du comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT), Guy Chevrette.

Les chauffeurs de taxi dénoncent ainsi ce qu'ils qualifient de «régime à deux vitesses», puisque le projet pilote se trouve à créer un marché ouvert avec des contraintes réglementaires beaucoup moins importantes pour Uber, parallèlement au marché réglementé qui maintient des contraintes très importantes pour les taxis traditionnels.

«C'est dégueulasse, c'est répugnant, c'est inacceptable dans une société où il y a une compétition normale», a renchéri M. Chevrette.

Mais surtout, les chauffeurs de taxi font valoir que l'ouverture du marché réduira à néant la valeur des permis qu'ils ont acquis à des prix pouvant atteindre les 200 000 $ dans certains cas. Le rachat des permis représenterait une facture salée de 1,4 milliard $ pour le gouvernement, mais Guy Chevrette précise qu'il n'est pas nécessaire de faire une telle ponction dans le budget provincial.

«Il y a moyen de ne pas toucher au cadre financier du gouvernement par une mécanique en se servant d'institutions du Québec et ça peut être graduel, sur 10 ans, sur cinq ans, a-t-il assuré. Il n'y a rien qui ne se règle pas quand tu y mets de la bonne volonté.»

À Montréal, les chauffeurs se sont rassemblés dans le nord de la ville et à Laval pour ensuite converger vers le centre-ville, où ils ont paralysé un immense quadrilatère durant quelques heures avant de se réunir en plein coeur du quartier des affaires.

La manifestation s'est déroulée dans le calme et aucune arrestation n'a été effectuée, mais les policiers ont quand même distribué 16 constats d'infraction au Code de la sécurité routière, notamment pour s'être stationné illégalement ou pour avoir bloqué une intersection alors que le feu de circulation avait changé, soit autant de tactiques visant à ralentir le flot des véhicules.

Le projet pilote d'une période d'un an, qui devrait entrer en vigueur le 14 octobre, prévoit qu'Uber se verra octroyer l'équivalent de 300 permis de taxis. La multinationale devra toutefois payer des taxes et impôts en plus de percevoir la TPS et la TVQ, notamment, et de verser des redevances.

Elle devra également contribuer à un fonds de modernisation de l'industrie du taxi et appliquer un tarif minimum de 3,45 $ par course comme c'est le cas pour les taxis traditionnels.

Lundi, le premier ministre Couillard a fermement répété que le projet pilote aura lieu malgré l'opposition des chauffeurs de taxi.

Les représentants de l'industrie tiennent toutefois à le rencontrer; mardi, ils sont sortis bredouilles d'une rencontre avec le ministre des Transports, Laurent Lessard, affirmant que ce dernier n'avait pas de mandat pour négocier afin de faire progresser le dossier.

Le front commun du taxi a récemment tenté deux fois, en vain, de faire suspendre les activités d'Uber par la voie juridique.

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