Abou Fofana a été déporté

La conjointe d'Abou Fofana, Geneviève Trottier, que l'on... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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La conjointe d'Abou Fofana, Geneviève Trottier, que l'on voit ici avec leurs trois enfants, a été en mesure de passer un moment en compagnie de ce dernier lundi après-midi.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Malgré les nombreuses démarches entreprises par sa famille, son avocat et le député de Trois-Rivières Robert Aubin, le Trifluvien d'origine ivoirienne Abou Fofana a été déporté lundi soir vers la Côte d'Ivoire.

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Abou Fofana

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Ses proches, qui ont espéré jusqu'à la dernière seconde un revirement de situation, ont dû se résigner au pire scénario qu'ils avaient envisagé.

Jusqu'à la dernière minute, son avocat ainsi que le député de Trois-Rivières, Robert Aubin, et son collègue libéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound, ont tenté de faire renverser cette décision.

Une demande de sursis, qui avait été envoyée la semaine dernière, avait été rejetée vendredi en fin de journée par la Cour fédérale, ce qui ne fait aucun sens du point de vue des droits internationaux de son client, estime l'avocat de M. Fofana, Stewart Istvanffy.

Ce dernier reproche à la Cour fédérale d'avoir même refusé d'entendre son argumentaire avant de rendre sa décision sur le sursis, qui était réclamé en attendant que sa nouvelle demande pour raisons humanitaires, déposée il y a six mois, soit évaluée par Citoyenneté et Immigration Canada.«Pourquoi la Cour fédérale n'a pas attendu de voir ce qu'on avait à dire avant de rendre une décision? Il y a là violation des droits fondamentaux», croit Me Istvanffy.

Pour tenter de faire renverser la décision, Me Istvanffy a notamment fait valoir une décision du Comité des droits de l'homme qui soutient que le bien-être absolu de l'enfant doit primer sur le reste, ce qui s'appliquerait selon lui à ce père de famille qui a dû laisser trois jeunes enfants au Canada.

Sa conjointe, Geneviève Trottier, a pu aller lui rendre visite, lundi après-midi, quelques heures avant sa déportation. Jointe au téléphone en soirée lundi, elle était inconsolable et peinait à trouver les mots afin d'exprimer la tristesse qu'elle ressentait. Elle était notamment déçue de n'avoir pu passer qu'une heure en sa compagnie.

«C'était plein d'émotions. Je n'ai pas amené les enfants car c'était trop difficile. C'était dans la même salle que d'habitude. Il n'y a pas eu d'extra. Je n'ai pas pu l'accompagner à l'aéroport», a-t-elle confié d'une voix tremblotante.

Malgré que les chances que son conjoint puisse revenir auprès des siens un jour sont de moins en moins grandes, Mme Trottier continue d'espérer et se console en sachant qu'il n'aura plus à vivre derrière les barreaux.

«Il va enfin être un homme libre», a-t-elle laissé tomber.

L'avocat de M. Fofana a tenté jusqu'à lundi après-midi d'obtenir une communication avec le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté John McCallum pour que ce dernier use de son pouvoir discrétionnaire afin de faire renverser la décision de Citoyenneté et Immigration quant à la déportation de son client.

En soirée lundi, Me Istvanffy a indiqué au Nouvelliste qu'il avait appris que le bureau du ministre aurait refusé d'intervenir dans le dossier car M. Fofana aurait avoué avoir participé à de l'extorsion, ce qui est totalement faux, selon lui.

Le député de Trois-Rivières, Robert Aubin, a lui aussi tenté jusqu'au bout d'avoir une communication avec le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

«J'ai tenté de parler au ministre jeudi et vendredi afin de m'assurer que notre demande soit traitée en priorité, sur le haut de la pile. Mais je n'ai pas eu de réponse à savoir s'il allait renverser la décision», expliquait-il lundi matin.

Rappelons qu'Abou Fofana est soupçonné de crime de guerre lors de la guerre civile ivoirienne, ce qu'il a toujours nié. L'homme aurait travaillé à un barrage routier à l'entrée du nord de la Côte d'Ivoire, se contentant de fouiller des voitures pour vérifier leur contenu ce qui, selon son avocat, relève davantage d'une fonction gouvernementale que d'une activité criminelle.

Me Istvanffy soutient d'ailleurs que Citoyenneté et Immigration Canada n'a jamais pu faire la démonstration qu'il possédait la moindre preuve contre lui. «Ils n'ont rien contre lui parce qu'il n'a aucun dossier, ce ne sont que des soupçons qui ne sont fondés sur absolument rien», clame-t-il.

L'avocat de M. Fofana ne mâchait pas ses mots quant à la situation, lui qui martèle que les droits de son client et de sa famille ont été violés. «C'est honteux ce qui se passe présentement, tout simplement honteux», a-t-il ajouté.

Le Nouvelliste a tenté d'obtenir des commentaires du bureau du ministre John McCallum, lundi après-midi, mais on nous a indiqué ne pouvoir répondre à aucune question en raison de la confidentialité du dossier.

Avec la collaboration de Mathieu Lamothe

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