Le silence des morts d'ailleurs

Des dizaines d'attentats ayant causé davantage de morts... (Photo: Wikipedia)

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Des dizaines d'attentats ayant causé davantage de morts qu'à New York passent inaperçus en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie.

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Le monde vu d'ici

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Le monde vu d'ici

Texte sur l'actualité internationale du Comité de solidarité de Trois-Rivières. »

Carolane Babineau
Le Nouvelliste

(Comité de solidarité Trois-Rivières) Ce n'est pas d'hier que des vagues de terrorisme inondent ici et là les quatre coins de la planète. Afrique, Amérique, Europe, Asie et Océanie, aucun continent n'est épargné. Le 13 novembre 2015, Paris tremblait sous l'assaut des soldats affiliés à l'État islamique. Le 22 mars 2016, la capitale européenne, Bruxelles, était frappée à son tour. Puis Nice le 14 juillet dernier. Trois événements qui ont soulevé une marée de sympathies internationales.

À pareille date, ailleurs dans le monde, des dizaines d'attentats ont également touché d'autres pays - Somalie, Libye, Turquie, Irak, Afghanistan, etc. - avec, en bout de piste, des centaines de morts. Alors que les attentats commis en territoire occidental ont défrayé les manchettes, les médias ont très peu parlé des bombes qui ont explosé au sud de l'Équateur. Une théorie journalistique relativement simple explique ce phénomène: la mort kilométrique.

LA MORT KILOMÉTRIQUE

Les citoyens sont davantage interpellés par ce qui se passe géographiquement près d'eux. Proximité émotive oblige, un malheur qui s'abat sur notre pâté de maisons touchera davantage que ledit malheur à l'autre bout du monde. Idem en matière de tragédies internationales. La mort kilométrique est d'ailleurs enseignée dans les écoles de journalisme pour jauger la pertinence d'une nouvelle. Le calcul est simple: il faut diviser le nombre de morts par le nombre de kilomètres qui distancent l'événement de l'auditoire. Il faudrait donc 100 morts en Afrique pour en égaliser un ici...

À la lumière des statistiques compilées par la firme d'analyse média Influence Communication, la scène internationale a occupé moins de 4 % de l'actualité québécoise en 2015, à peine plus de 7 % au Canada. En retour, les sports ont fait couler beaucoup d'encre, soit plus de 16 % au Québec et 11 % au Canada. À quelques exceptions près en provenance des États-Unis, de la France et de la Belgique, les nouvelles à saveur québécoise et canadienne occupent quasiment tous les barreaux de la courte liste des 50 nouvelles les plus courues en 2015.

De l'avis du président d'Influence Communication, Jean-François Dumas, les nouvelles internationales coûtent cher aux groupes médiatiques canadiens et intéressent peu l'auditoire. Selon lui, «le Québec demeure [...] la région occidentale où il y a le moins d'informations internationales.» «Nous sommes profondément québecentriques», ajoute M. Dumas.

Cela dit, les Québécois ne détestent pas lorgner de l'autre côté de l'Atlantique, vers la France, pour voir de loin ce qui s'y passe. Ce qui explique que l'attentat de novembre 2015 survenu à Paris est la deuxième nouvelle qui a eu le plus d'écho dans l'histoire contemporaine des médias québécois, après la tragédie de Lac-Mégantic. «La France est le pays qui génère le plus d'intérêt dans les médias québécois, davantage même que les États-Unis», remarque M. Dumas.

On parle ici de la loi de proximité, qui côtoie de près le concept de mort kilométrique. Si l'on s'intéresse davantage à notre voisin immédiat qu'au continent voisin, l'on s'attache plus facilement à celui qui nous ressemble, celui avec qui l'on partage une culture, une langue similaire. Par exemple, les médias québécois auraient-ils repris en boucle les attentats perpétrés au Burkina Faso en janvier dernier si six Québécois n'étaient pas tombés sous les balles? En retour, qui se souvient de l'attentat du 7 janvier 2015 en Libye qui a fait 50 morts ou bien l'attaque du 15 janvier en Somalie où des dizaines de personnes sont décédées?

SAFETY CHECK

Le Safety check semble également régie par le concept de mort kilométrique. Le service permet de connaître en temps réel la situation des usagers lorsqu'ils se trouvent au coeur d'une catastrophe. Entre autres, la vérification Safety check fut lancée par Facebook lors des attentats de Paris le 13 novembre, mais pas la veille lors d'une attaque similaire à Beyrouth qui a fait une quarantaine de morts. Un «choix» kilométrique qui avait soulevé une certaine controverse.

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