Il y a 25 ans, le ciel tombait sur Maskinongé

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L'abbé René Thisdel était le curé de Maskinongé lors de la tornade de 1991 durant laquelle le clocher de l'église s'est écroulé.

François Gervais

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Maskinongé) «Je ne veux pas revivre ça.»

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La tornade de Maskinongé a fait la première page de l'édition du mercredi 28 août 1991 du Nouvelliste.

Le mardi 27 août 1991, René Thisdel se trouvait dans son presbytère, en train de préparer les activités commémorant les 100 ans de l'église de Maskinongé qui allaient être célébrés la fin de semaine suivante. Mais vers 17 h 25, les plans du curé volent en éclats: une tornade de force F3 arrive de Saint-Justin et fonce tout droit vers la localité de 2300 habitants, détruisant en 27 secondes une quarantaine de maisons et causant quelques blessés. Et pour témoigner de la force des vents qui ont soufflé jusqu'à 300 kilomètres, le clocher de l'église de Maskinongé s'est retrouvé au sol, complètement arraché de la structure de la bâtisse. L'image de l'église amputée de son clocher est gravée dans la mémoire collective.

«Le ciel s'est assombri, se souvient l'abbé Thisdel, aujourd'hui âgé de 79 ans. Mon chat était dehors et il a grimpé sur le bord de la fenêtre, les yeux exorbités. Il voulait entrer. Je l'ai fait entrer et j'ai eu toutes les misères du monde à fermer la porte. Je suis descendu dans la cave, car j'avais vu un reportage à la télévision qui disait comment réagir à une tornade. Il y a eu un grondement. Je n'avais jamais entendu quelque chose de pareil. Le bruit de ce vent, ce n'est pas comparable à ce qu'on entend habituellement.»

Selon l'abbé Thisdel, le bruit du vent était tellement fort qu'il n'a jamais entendu le clocher s'écrouler même si le presbytère de Maskinongé est collé sur l'église.

«En sortant du presbytère, j'ai vu le clocher au sol! On ne peut pas s'imaginer que le clocher tombe.»

L'abbé Thisdel a aussitôt pris la direction de l'église pour constater qu'une verrière située à l'arrière de l'autel avait été détruite. La sacristie avait aussi été touchée. L'eau de la rivière Maskinongé, qui coule devant l'église, avait aspergé le temple catholique à la suite du passage de la tornade. Des morceaux de toitures de maisons voisines avaient atterri dans la bâtisse. Le constat était renversant.

«Les fils électriques avaient été arrachés et l'obscurité s'était installée plus à bonne heure qu'à l'accoutumée. Ça ne m'intéressait pas de rester seul. J'ai marché dans la rue. Il y avait des fils, de l'eau partout à cause de l'orage. J'ai vu un endroit qui était éclairé avec des chandelles. J'ai frappé à la porte, il y avait deux ou trois familles rassemblées, qui étaient là pour se rassurer, se consoler. On a dit un chapelet ensemble pour se calmer. Ça a fait du bien, car j'ai vraiment eu peur», témoigne l'abbé Thisdel, qui, durant un certain temps, devenait craintif aussitôt que le vent soufflait fortement.

Même s'il était affecté par une tendinite au... (Archives Le Nouvelliste) - image 2.0

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Même s'il était affecté par une tendinite au bras gauche, le député et ministre Yvon Picotte (deuxième à gauche) avait participé à des travaux de nettoyage après la tornade. Il avait par ailleurs survolé le village en hélicoptère pour ensuite déclarer: «J'invite ceux qui ne croient pas aux miracles à venir à Maskinongé».

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Se retrousser les manches

Malgré l'aspect dramatique de l'événement, René Thisdel retire quelque chose de positif de la tornade de Maskinongé. Les citoyens ont démontré une solidarité hors du commun afin de reconstruire leur patelin.

«Au lieu de s'écraser, les gens se sont pris en main: le lendemain, les familles réparaient les toitures. Des voisins s'entraidaient. En quatre mois, tout était revenu à la normale, ou presque. Tout le monde était étonné de voir la rapidité avec laquelle le village s'est relevé. On a senti la solidarité dans le village.»

Yvon Picotte, alors député de Maskinongé et ministre au sein du gouvernement Bourassa, avait survolé les lieux le lendemain matin de la tornade. Lui aussi se souvient de la dévastation, comparant le tout à «un champ de guerre», mais il se rappelle également l'élan d'entraide qui a suivi.

«Maskinongé, c'est une population spéciale, un milieu tissé serré. La tornade a accentué la solidarité. Les gens étaient déjà habitués de travailler ensemble. Avec la tornade, ça a été supérieur», analyse M. Picotte, qui avait contribué à l'adoption d'un décret gouvernemental pour venir en aide à la localité.

L'écroulement du clocher de l'église de Maskinongé est... (Archives Le Nouvelliste) - image 3.0

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L'écroulement du clocher de l'église de Maskinongé est une image marquante de la tornade de 1991. 

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Un sujet sensible

La tornade de Maskinongé a beau dater de 25 ans, le sujet demeure sensible, croit Roger Michaud.

L'administration municipale a été approchée par certaines personnes pour savoir si une activité commémorative allait être organisée afin de souligner les 25 ans de cette tragédie. Le maire de Maskinongé confirme qu'il ne se passera absolument rien.

«On en a parlé aux citoyens et la réponse est non. Les gens ne veulent pas en parler. Ils n'aiment pas parler de la tornade. Et c'est normal. C'est une expérience que tu ne veux pas revivre. Les gens qui ont eu ça une fois, ils en ont assez eu. Et quand le temps devient noir, il y a encore du monde qui checke leur porte. Des gens sont restés craintifs», déclare M. Michaud.

Ce dernier accepte toutefois de partager ses souvenirs du 27 août 1991. Alors conseiller à la Paroisse de Maskinongé, il revenait de Sorel en fin d'après-midi lorsqu'il a commencé à réaliser l'étendue des dommages à son arrivée à Maskinongé.

«En arrivant à la route Guinard (qui joint la route 138 dans la partie ouest de Maskinongé), j'ai vu un poteau électrique à terre. Mais plus j'avançais, oups!, ce n'était plus pareil: il n'y avait plus de toit au bureau municipal, les routes étaient remplies de poteaux et d'arbres. C'était un désastre.»

Le conseil municipal du village et celui de la paroisse ont rapidement tenu une réunion d'urgence. Les pompiers étaient déployés un peu partout pour vérifier si des gens étaient en mauvaise posture. Les employés municipaux ont aussi mis l'épaule à la roue pour dégager les routes.

L'ampleur des dégâts témoignait de la violence de la tornade. La bonne nouvelle est que personne n'a été tué, un fait qui relève du miracle, estime Roger Michaud.

Plaque historique

Si Maskinongé n'organise pas de cérémonie spéciale pour les 25 ans de la tornade, ce drame fera probablement partie du projet de parc intergénérationnel que prépare le conseil municipal. Ce parc, qui prendra place entre les terrains de la fabrique et ceux du centre communautaire, va afficher des panneaux d'interprétation rappelant les grands moments de l'histoire de la localité.

Le projet de 280 000 $ comprend entre autres l'aménagement de sentiers et la pose d'équipements récréatifs pour les jeunes et moins jeunes. C'est à cet endroit que les bustes de Marie-Anne Gaboury et de Louis Riel doivent être installés.

La Municipalité souhaite obtenir du gouvernement fédéral une subvention de 120 000 $ à 140 000 $ pour réaliser le parc dès 2017. Si le gouvernement canadien refuse de soutenir Maskinongé, la Municipalité devra répartir le projet sur deux ans pour le terminer en 2018.

L'architecte Michel Bigué a participé à la réparation... (François Gervais) - image 5.0

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L'architecte Michel Bigué a participé à la réparation du clocher de l'église de Maskinongé.

François Gervais

Reconstruction du clocher: un travail de routine

Hormis le côté spectaculaire de la chute du clocher de l'église de Maskinongé à la suite de la tornade, sa reconstruction a somme toute représenté un travail peu compliqué pour ses artisans.

Lorsque la fabrique de Maskinongé a été confrontée à la réalité de réparer l'église, elle a reçu l'appui du diocèse de Trois-Rivières qui a suggéré l'embauche de la compagnie de construction Henri St-Amant. L'expérimenté entrepreneur de Trois-Rivières, aujourd'hui décédé, était un expert dans la réparation d'églises.

«Le dossier de Maskinongé n'était pas si compliqué, se souvient Louise St-Amant, alors responsable de l'administration de l'entreprise familiale et aujourd'hui présidente de la compagnie. On avait déjà eu des contrats pour des réparations de clochers, car mon père était le spécialiste. Quand on répare un clocher, il faut le couper, on le descend, on le répare et on le remonte. Là, la tornade avais mis le clocher à terre. On a fait une nouvelle structure, en acier, on a assemblé le clocher et on l'a monté avec une grue.»

Une petite surprise attendait toutefois les constructeurs: ils ont dû travailler sur une structure sans plan.

«Tout ce qu'on avait était une photo de l'église qui avait été prise une semaine avant la tornade, se souvient l'abbé René Thisdel. On n'avait pas les plans.»

L'architecte Michel Bigué est arrivé dans le dossier avec le mandat de réaliser le plan du clocher avec une photo comme seul guide.

«On n'a pas pu prendre des mesures sur les pièces du clocher décomposé au sol: le député s'était chargé de nettoyer les terrains aussi vite que la tornade a passé et le clocher était rendu au dépotoir!, commente cet architecte trifluvien. Mais on peut prendre des mesures assez précises avec des photos. C'est ce que j'ai fait et on a réussi à le refaire presque identique. La seule différence est qu'on a fait une structure en acier au lieu d'une structure en bois. On a fabriqué des ancrages dans la structure de l'église. Avec une grue, on a hissé le clocher et on l'a déposé sur les colonnes d'acier insérées dans la structure de l'église et on l'a boulonné.»

Le nouveau clocher de l'église de Maskinongé a été installé le 26 juin 1992. Selon Louise St-Amant, le chantier s'était bien passé.

«Il n'y a eu aucun pépin, car c'est ce qu'on faisait habituellement chez nous. On a travaillé à l'église de Louiseville à la suite d'un feu, on a fait le clocher de l'église de Saint-Léon-le-Grand, on a refait les clochers à Sainte-Thècle. Mon père avait tellement d'expérience».

Michel Bigué ajoute lui aussi que ce dossier ne fait pas partie des plus complexes qu'il a traités. Mais il retire visiblement une certaine fierté.

«C'est agréable de faire ça, car ce n'est pas des choses qu'on fait tous les jours. C'est une construction bien particulière. C'est une église, pas un bungalow. C'était super intéressant.»

La fabrique de Maskinongé avait une assurance de 1,25 million $ pour sa propriété. Les assurances ont réglé la somme totale de la police et la somme a servi non seulement à réparer le clocher et à acheter de nouvelles cloches, mais aussi à réparer la toiture de la sacristie, la verrière abîmée derrière l'autel, la clôture entourant le cimetière, etc.

Quelques faits...

- La tornade de force F3 a duré 27 secondes

- Le nuage qui a provoqué la tornade avait 54 000 pieds de haut

- La ligne d'orage a démarré à partir du réservoir Gouin pour prendre de la force à la hauteur de Saint-Justin avant de s'échoir au sud du lac Saint-Pierre, causant des dommages à Saint-Justin et aussi à Notre-Dame-de-Pierreville

- 550 maisons ont été endommagées, dont 40 ont été démolies

- 100 gros arbres ont été déracinés

- 6,5 km de fils électriques ont été détruits

- Jusqu'à 80 monteurs de ligne d'Hydro-Québec ont travaillé jour et nuit pour rétablir le courant au bout d'environ 72 heures

- Lorsque le courant est revenu, les citoyens ont lâché leur marteau pour applaudir

- 35 employés de Bell Canada ont contribué à rétablir le service auprès des quelque 600 abonnés privés de téléphone durant au moins 48 heures

- De nombreux bénévoles, dont des Chevaliers de Colomb et les résidents de la Maison Carignan, ont travaillé au nettoyage du village

- Les dommages totaux de la tornade sont évalués à 21,5 millions de dollars

- Les quatre cloches endommagées à la suite de l'écroulement du clocher ont pris la route des Carillons touristiques à Rivière-du-Loup

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