Grande Noirceur?

Maurice Duplessis... (Archives La Presse)

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Maurice Duplessis

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'Union nationale traîne la mauvaise réputation d'être le parti responsable de la Grande Noirceur. Maintenant que les décennies ont passé, est-ce que le regard historique du Québec sur ce parti doit rester le même ou devrait-il changer?

La Grande Noirceur est cette période qualifiée de sombre par plusieurs en raison notamment d'un certain niveau de conservatisme affiché par les dirigeants politiques et l'influence encore puissante de l'Église catholique qui réprimaient les nouvelles idées et les revendications plus libérales. Mais selon Lucia Ferretti, la Grandeur Noirceur est un mythe. La professeure au département des sciences humaines de l'UQTR estime que le Parti libéral du Québec a créé ce mythe de toutes pièces. Le but était de chasser Maurice Duplessis du pouvoir, en insistant sur des éléments réels mais caricaturés de son pouvoir, que ce soit sa relation avec l'Église, le patronage et les présumés pots-de-vin versés durant les campagnes électorales, par exemples.

«Ce qu'on peut reprocher à Duplessis, c'est non pas ce que les libéraux de l'époque lui ont reproché et qui a coloré la mémoire collective, analyse Mme Ferretti. Ce qu'on peut lui reprocher, c'est d'avoir sous-développé l'État québécois (fonction publique, rôle de l'État dans la société) pour pouvoir garder une autorité discrétionnaire. Il y a eu beaucoup de développement au Québec dans les années 1944-1959, mais Duplessis voulait toujours avoir l'air de celui qui accordait une faveur. Il a surdéveloppé la fonction politique du gouvernement au détriment de la fonction administrative de l'État.»

François Roy... (François Gervais) - image 2.0

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François Roy

François Gervais

Yves Dufresne... (Sylvain Mayer) - image 2.1

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Yves Dufresne

Sylvain Mayer

«Le génie du Parti libéral est d'avoir fait croire que la corruption a commencé avec Duplessis et s'est terminée avec Duplessis, soutient l'historien François Roy. Les journalistes répètent ça, les professeurs répètent ça dans les écoles, alors qu'on sait très bien qu'avant Duplessis, les moeurs électorales, le financement électoral des libéraux, c'était la même chose. C'était peut-être même pire. Après Duplessis, c'était simplement plus subtil. Gomery (la Commission) nous l'a montré, Charbonneau nous l'a montré.» 

Le dentiste Yves Dufresne était un proche de Maurice Duplessis, ayant épousé sa nièce, Berthe Bureau. Juste le fait d'évoquer le terme de la Grandeur Noirceur semble faire grimper sa pression.

«La Grande Noirceur... Mon grand chum Pierre Elliott (Trudeau, avec qui il a étudié à Montréal) nous a placardés avec ça pendant des années. La Grande Noirceur, c'est faux! Duplessis a ouvert 850 écoles, deux universités. Les gens devenaient de plus en plus diplômés. La Grandeur Noirceur? Heille. Des ponts, des hôpitaux, 15 budgets balancés», énumère le sympathique nonagénaire.

Le contrat signé avec l'Iron Ore, permettant aux Américains de mettre la main sur du fer à «une cenne la tonne», a été une autre histoire que les opposants ont galvaudée à gauche et à droite, selon M. Dufresne.

«Pendant des années, Trudeau et Lévesque (René) nous ont rendus fous avec ça: «C'est-tu écoeurant? On donne nos biens pour une cenne la tonne». Mais ils ne disaient pas qu'on a reçu des millions: les gars de la Iron Ore ont mis 700 millions de dollars pour faire le chemin de fer pour se rendre à Sept-Îles. Ils ont fait le port à Sept-Îles, ils ont construit des maisons pour les employés, ils ont fait travailler des milliers de Québécois, ils ont payé des taxes et des impôts. Et tout ça ne nous a rien coûté.»

Michel Morin... (François Gervais) - image 3.0

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Michel Morin

François Gervais

Lucia Ferretti... (Stéphane Lessard) - image 3.1

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Lucia Ferretti

Stéphane Lessard

Michel Morin a bien connu l'Union nationale. Son père était un organisateur bleu à Saint-Célestin, il a travaillé au bureau de comté de Clément Vincent. Selon cet ex-député péquiste, la machine électorale de l'Union nationale à la fin du règne de Duplessis était tout simplement trop forte, ce qui a nui à sa réputation.

«Il faut faire attention pour que nos organisations ne deviennent pas plus puissantes que le député. Le danger est là. Si tu as une bonne machine, il faut que tu la contrôles bien. Si elle te contrôle, c'est un défaut et c'est ce qui est arrivé avec l'Union nationale: les organisateurs tiraient trop. Tu ne peux pas nourrir juste ceux qui sont de la «bonne» couleur. Quand t'es élu, t'es élu pour tout le monde. On dit que la caisse électorale de l'Union nationale en 1959 avait 18 millions de dollars. Pensez à ça. Martineau (Gérald), qui gérait la caisse électorale, il en avait-tu, du contrôle? Avec la Commission Charbonneau, on a vu que ça existe encore. Il ne faut plus que ça existe. Il ne faut plus donner en retour de quelque chose.»

Qualifiant Maurice Duplessis de «ratoureux» et rappelant que ce dernier exerçait un immense contrôle sur son parti, Michel Morin croit que le «Chef» ne pouvait donner de leçon à personne en matière de moeurs politiques. Mais cette caractéristique n'est pas le propre de l'Union nationale.

«Les libéraux de Taschereau n'avaient pas de leçon à donner à personne non plus! Avec la venue de Jean Lesage, l'assainissement s'est fait assez bien et c'était beaucoup moins pire. C'était fini, le temps de mettre de l'asphalte (sur le chemin) devant les organisateurs bleus et de la garnotte devant les organisateurs rouges, et vice versa.»

La venue de l'équipe du tonnerre du PLQ en 1960 lancera la période de la Révolution tranquille. Selon François Roy, l'Union nationale a joué un rôle fort important dans cette période charnière du Québec même si le parti avait été chassé du pouvoir.

«Duplessis a été au pouvoir trop longtemps. Après trois mandats, il aurait pu céder sa place. Il a fait deux autres mandats plus ou moins heureux, ce qui fait qu'on n'a pas un très bon souvenir. Mais la grande réalisation de Duplessis est d'être allé chercher l'impôt provincial. Il a pu faire ses propres mesures et ça a servi pour la Révolution tranquille. Il a laissé les coffres pleins pour financer les grands projets.»

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