Maurice Duplessis: un homme patient

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Cette peinture de Maurice Duplessis est affichée dans le grand salon du Séminaire Saint-Joseph.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Maurice Duplessis a fait preuve de patience afin de parvenir à devenir le politicien qu'il a été.

Le bureau de travail de Maurice Duplessis à... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 3.0

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Le bureau de travail de Maurice Duplessis à son bureau de comté a été légué au musée Pierre-Boucher. 

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Maurice Duplessis était un grand amateur de baseball.... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 3.1

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Maurice Duplessis était un grand amateur de baseball. Il possédait un abonnement de saison qui lui permettait d'assister à n'importe quel match de la Ligue américaine de baseball. Sur la photo, on voit un trophée surmonté d'une balle remis à Maurice Duplessis par l'organisation des Braves de Milwaukee, champions de la saison 1957 du baseball majeur. Cet objet fait partie de l'exposition permanente sur Maurice Duplessis au musée Pierre-Boucher.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Avant d'accéder à la tête de l'Union nationale et de devenir le 16e premier ministre du Québec, Maurice Duplessis a dû faire ses classes pour se faire élire comme député de Trois-Rivières. Le travail en a valu le coup.

C'est en 1923 qu'on assiste à l'entrée en scène de ce fils de juge. Le gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau déclenche des élections rapidement.

À une semaine du scrutin, l'avocat de 33 ans se propose afin d'être le candidat des conservateurs, le parti des Duplessis. Il s'incline devant le député sortant, le libéral Louis-Philippe Mercier, mais la défaite est honorable: Mercier obtient 1612 votes, alors que Duplessis récolte 1328 voix.

«Maurice Duplessis ne perd que par 300 voix après une campagne d'une seule semaine, indique Lucia Ferreti. Il se dit: ''J'ai peut-être une meilleure chance la prochaine fois''. Il va travailler sa chance. En 23 et en 27, il se fait connaître dans toute la ville. 

Il fait de nombreuses modifications à l'organisation conservatrice dans le comté. Il fait entrer des ouvriers, des entrepreneurs à côté des professions libérales. Ça devient un parti qui est présent dans tous les milieux. Et quand l'élection (de 1927) est déclenchée, il fait des assemblées publiques partout. Il n'y a pas de radio à l'époque. Il en fait même en anglais pour séduire les ouvriers irlandais et leurs contremaîtres. Il réussit à gagner l'élection.»

Maurice Duplessis a beau porter les couleurs conservatrices, c'est avec les libéraux qu'il va apprendre en quelque sorte à faire de la politique.

«Il s'était collé sur le père Bettez (Arthur, maire de Trois-Rivières et député libéral fédéral). Il se tenait dans les arénas, les terrains de balle. Il n'était pas le fils du juge Duplessis, il était Maurice, un gars de la place. Il voulait faire populiste, il était dans un courant populiste et c'est probablement ce qui lui a permis de prendre le pouvoir», ajoute François Roy.

Michel Morin souligne le travail effectué par Maurice Duplessis pour renforcer son réseau de contacts afin d'être élu député de Trois-Rivières. Il établit des liens avec des entrepreneurs, mais aussi avec des agriculteurs.

«Il était très instruit, il surveillait sa tenue, son comportement, il aimait les sports, la musique. Mais il voulait ressembler à monsieur et madame Tout-le-Monde. Donc, une petite poignée de main, une petite farce, toujours de bonne humeur, proche du monde. Les politiciens actuels auraient des leçons à tirer de Maurice Duplessis de sa façon qu'il s'impliquait dans le milieu», souligne Michel Morin, qui s'est toujours fait un devoir de demeurer près des gens en tant que député.

Les agriculteurs seront une clientèle fidèle à l'Union nationale. Maurice Duplessis tirera également profit du fait qu'il jouait beaucoup la carte nationaliste.

«Il avait une base chez les agriculteurs, entre autres en amenant l'électricité dans les campagnes, affirme M. Roy. Il était très nationaliste. Pas assez au goût de certains. Lionel Groulx, un grand nationaliste, s'est toujours méfié de Duplessis en disant qu'il se servait du nationalisme à des fins électorales. Il n'avait pas tort, d'ailleurs.

Mais Duplessis et ses organisateurs se disaient toujours: au Québec, il y a 20 % d'agriculteurs, 20 % de conservateurs et 20 % de nationalistes. Si on va chercher ces 60 %, on est au pouvoir de façon illimitée. C'était son calcul électoral, avec Jos-D. Bégin et quelques autres organisateurs, et ça a marché jusqu'en 1959.»

Maurice Duplessis a amorcé sa série de gains électoraux en 1927 par une courte victoire. Le candidat conservateur a obtenu 2622 votes et Louis-Philippe Mercier a mérité l'appui de 2496 électeurs.

La victoire de Maurice Duplessis a été encore plus mince en 1931. Ses 3812 votes ont devancé de justesse le résultat obtenu par le libéral Philippe Bigué (3771). La majorité a été de 41 votes.

Maurice Duplessis devra attendre jusqu'à l'élection de 1935 pour profiter d'une majorité appréciable. Quelque 4873 personnes ont voté pour le député sortant, contre 3671 pour le candidat libéral Léon Lajoie.

Plus de 20 morts à Louiseville

La campagne électorale de l'été 1936 a été marquée par un drame qui a coûté la vie à 22 personnes à Louiseville.

Dans la nuit du 15 août, de nombreux citoyens revenaient d'un débat politique tenu quelques heures plus tôt à Saint-Justin. Un camion avec une quarantaine de personnes à son bord est heurté par un train à la traverse ouest de la ville. L'impact est mortel pour plus de la moitié des passagers.

Le camion appartenait à Edmond Houle et c'est lui qui était au volant. Il a lui aussi été tué dans cet accident avec le train numéro 87 du Canadien pacifique.

Cette nouvelle fait la une de l'édition du 15 août 1936 du Nouvelliste. La façon d'écrire un article de faits divers était très différente à l'époque. Le texte non signé (c'était la coutume) donne de nombreux détails sur l'accident et surtout sur l'état des morts et des blessés.

Voici un extrait de ce qu'on pouvait lire dans cet article.

«Le camion a été absolument réduit en miettes. Les cadavres ont aussi été affreusement mutilés. Un homme avait la tête complètement séparée du tronc. Trois autres avaient le crâne ouvert à la partie supérieure et toute la matière cérébrale en était sortie. Il ne restait rien de la calotte crânienne.»

Plus loin dans l'article, on peut lire que «deux malheureux restèrent emprisonnés entre les roues motrices de la locomotive. Leurs corps déchiquetés furent disséminés sur une distance de mille pieds. Ça et là on remarquait des morceaux de crâne, des pièces de vêtements, des parties de la carrosserie du camion».

L'article donne aussi le nom de certaines victimes, de même que le type d'emplois qu'elles occupaient (restaurateur, boulanger).

Huit des 22 victimes étaient âgées de moins de 21 ans.

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